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Posts Tagged ‘rosace’

Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019




    
Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église.
Ce qu’ils voyaient était extraordinaire.

Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale,
il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers
avec des tourbillons d’étincelles,
une grande flamme désordonnée et furieuse
dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée.

Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise,
deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente
qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure.

À mesure qu’ils approchaient du sol,
les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes,
comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir.
Au-dessus de la flamme,
les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées,
l’une toute noire, l’autre toute rouge,
semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel.

Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre.
La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil.
Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire,
des gargouilles qu’on croyait entendre japper,
des salamandres qui soufflaient dans le feu,
des tarasques qui éternuaient dans la fumée.
Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre
par cette flamme, par ce bruit,
il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps
passer sur le front ardent du bûcher
comme une chauve-souris devant une chandelle.
(Victor Hugo)

 

Recueil: Notre-Dame de Paris
Traduction:
Editions:

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LE BOUQUET (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

parquets

LE BOUQUET

Sur la rosace éclose au centre du parquet
Pose ton pied léger, écoute et sois furtive;
La solitude parle à celle qui arrive;
N’as-tu pas entendu le marbre qui craquait?

La harpe tremble et vibre à ton pas indiscret,
Le lustre se balance et son cristal s’avive;
De ce qui semble mort crois-tu que rien ne vive?
La glace a son fantôme et tout a son secret.

Le temps passe; tout fuit; les choses sont fidèles,
L’invisible silence évente de ses ailes
La poussière pensive et l’ombre transparente;

Et, sur la table nue où le marbre veiné
A quelque chair ancienne et pâle s’apparente,
Effeuille le bouquet que l’Amour t’a donné.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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SOIR RELIGIEUX (Emile van Arenbergh)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



SOIR RELIGIEUX

La vesprée automnale a la paix d’une église.
Çà et là, sous la lune, un astre, au fond du soir.
Scintille ainsi qu’un cierge au pied d’un ostensoir,
Et, tel un flot d’encens, monte une brume grise.

Comme une foule en deuil massée à l’horizon,
Là bas s’étale au flanc des monts la forêt sombre,
Et sa plainte, à travers le mystère de l’ombre,
Longuement psalmodie une sourde oraison.

Tandis qu’en s’étoilant, les tombantes ténèbres
Sèment de pleurs d’argent leurs tentures funèbres,
L’écarlate vitrail du couchant flambe encor ;

Et l’orbe du soleil, de ses lueurs dernières,
Dans les pourpres rubis des célestes verrières,
Fait au loin flamboyer une rosace d’or.

(Emile van Arenbergh)

Illustration

 

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INTÉRIEUR (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



 

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INTÉRIEUR

Le Temps sentencieux et le muet Amour
Se tiennent côte à côte et debout devant l’âtre,
Et l’on voit se croiser dans le miroir verdâtre
La faulx vaine du Temps et l’aile de l’Amour.

L’aile est lasse. Le Temps parfois parle à l’Amour;
La voix douce reprend la voix acariâtre;
L’enfant résiste et le vieillard s’opiniâtre,
Et l’enfant ne veut pas comprendre, étant l’Amour.

Rosaces au parquet et lustres au plafond,
Éclair qui va tonner, roses qui fleuriront!
Le miroir s’interroge et scrute le miroir.

Le meuble se contracte et crispe ses pieds tors;
La porte s’entrebâille et l’on attend l’Espoir
Qui de l’aile de cendre eût fait une aile d’or.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Chaste rosace d’or, d’azur et de cinabre (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Chaste rosace d’or, d’azur et de cinabre,
Va, je viendrai souvent lire en toi, loin du jour,
L’Illusion, plus morne en son chahut macabre,
Et me noyer en toi, crevé, crevé d’amour!

(Jules Laforgue)

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Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les marées d’univers (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Les marées d’univers déferlent en forêts
Aux vertes bleuités en ces contrées lointaines
Comme ces horizons qui nous semblent si près
Qu’ils atténuent parfois l’étendue de nos peines

Alors nous rejoignons les rosaces d’azur
Et nous scandons enfin la métrique infinie
Lorsque les nostalgies redeviennent futures

Et que la musique devient un doux murmure
Les ciels soudainement s’entr’étoilent et luit
Cette immense espérance où s’innaîtraient les nuits

(Jean-Claude Demay)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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REGARD (Emmanuel Ronce)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



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REGARD

Aux pieds nus cendrés de poussière,
fraîcheur des rosaces de pierre.

Parfait dessin, sans rien qui désaltère :
Fleurs sans parfum au fond d’une eau sans heurt,
(eau de graphite, et de hachures composée),
un poli triste, et sûr, et mort à la couleur

et doux comme la main posée.

(Emmanuel Ronce)

 Illustration

 

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Dernier (Bernard Flucha)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016




Dernier

Dernier orfèvre de la nuit
Au matin nu des souvenances
Espoir vaincu serrant l’oubli
Dans le grain bleu de sa naissance

Au fer bleui de l’aventure
J’ai mis le cri j’ai mille forges
Le feu strident de sa blessure
Cautérise toutes mes gorges

Un oeil ouvert face à la mort
Cristal ennui gercé de peur
Un oeil fermé devant l’amour
Pétale rouge de sa fleur

Dernier coron des solitudes
Dans la veine d’un grand charbon
Frère d’éclipse ô négritude
Quand vient gémir l’accordéon

Un acrostiche hume la fête
Mentor de bruit coureur de jour
Rosace-accord sacre de tête
Mon initiale attend son tour

Sous le grand pin de nos aiguilles
Revient l’écume y buissonner
Et dans un verbe sans coquille
Nous conjuguons le temps aimer

Dernier coron des solitudes
Dernier orfèvre de la nuit

(Bernard Flucha)

 

 

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La profonde blessure (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2016




La profonde blessure, c’est toujours la première.
Je sais le silencieux remuement.
L’acacia blême a gercé la plaine,
les courlis s’en vont et les portes-faînes,
mais la glace a fait ses propres étoiles,
elle envie la rose des vents.

Vivre avec elle comme une rosace d’autrefois,
rubis encerclé de plomb,
avec le mouvement du soleil et la visite des oiseaux,
au froid, dans la verdure aux petites amies,
parfois parmi bien davantage,
dans ma durée d’homme.
Vibre et gronde en sourdine, mon intime grondeuse.
Je renais, je ne veux pas encore mourir par toi.

(André Frénaud)

Illustration: Rafal Olbinski

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