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Poésie

Posts Tagged ‘rose’

Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Illustration
    
Pesanteur et tendresse, vos signes sont les mêmes, ô sœurs.
La rose pesante est sucée par guêpes et abeilles.
L’homme agonise. Du sable reflue la chaleur,
Et sur de noirs brancards on emporte l’ancien soleil.

Ah, lourds rayons de miel et tendres rets!
Plus légère est la pierre que ton nom sur mes lèvres.
Il me reste au monde qu’un souci désormais,
Un souci d’or : épuiser le fardeau du temps, sa fièvre.

L’air est trouble, je le bois comme une eau qui s’obscurcit.
On laboure le temps, et même la rose fut terre.
Dans un lent tourbillon les lourdes, tendres roses ainsi,
Les roses pesanteur et tendresse doublement se tressèrent.

***

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé
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ELEGIE D’UN MADRIGAL (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



ELEGIE D’UN MADRIGAL

Je me souviens qu’une après-midi de solitude et d’ennui,
— oh! semblable à tant d’autres! — mon âme était,
sous l’azur monotone, une rivière large et lisse
qui n’avait sur sa rive pas la moindre jonchaie.

Oh! monde sans attrait, indigence sentimentale
qui efface le mystérieux tain du cristal!
Oh! l’âme sans amour qui réfléchit l’Univers
avec un irrémédiable bâillement universel!

*

Le poète voulut se rappeler tout seul
les ondes bien aimées, la lumière des cheveux
que dans ses rimes il appelait blondes vagues.
Il lut… La lettre tue : il ne s’en souvenait…

Et un jour — comme tant d’autres —, en aspirant un jour
le parfum d’une rose épanouie sur le rosier,
jaillit comme une flamme la lumière des cheveux
que dans ses madrigaux il appelait blondes vagues,
car ils avaient le même parfum…

Tout seul il s’éloigna pour pleurer en silence.

(Antonio Machado)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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LE BANC (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



LE BANC

Les myosotis bleus, blancs, roses,
sont mille fois plus séduisants
quand ils éclosent
dans le jardin de vos quinze ans.
Venez, rusées, venez, moqueuses,
poser vos robes sous mes yeux,
vos rubans de rire précieux,
volants, froufrous, jambes agiles
sur la fragilité du banc
bordé de bleu, bordé de blanc…

(Christiane Barrillon)

Illustration

 

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A TOUT RISQUE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



A TOUT RISQUE

Regardez bien,
c’est juste entre ce nuage rose et ce nuage gris,
à la pointe, toute la pointe là-bas.
Elle est blonde, elle est nue et elle nous envoie des baisers.
Vous ne voyez rien. Vous m’énervez.
Moi non plus, sacrebleu, je ne vois rien.
Mais on ne sait jamais.

(Norge)


Illustration: Will Cotton

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Salut au poète (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Salut au poète

Poète
Qui chantes la naissance téméraire de la rose d’azur
Cette jamais rencontrée

Poète
Au seuil des présages
Malgré tes poings en feu
Nous t’avons rejeté et pourchassé de paroles
Le faisceau de nos discordes éloigne
Le fruit essentiel
Que tu appelais

Poète
Nos villes s’endorment en leur écriture de pierre
Satisfaites de ne songer qu’à l’opiniâtre saison
Oublieuses des merveilles qui dévastent les toits
Qui abolissent les routines

Poète
Tu voles le vent pour nos faces
Le clair pour nos yeux
Le sel pour nos lèvres

Tu risques l’étoile
Tu cries notre raison.

(Andrée Chedid)


Illustration: William Blake

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Rose des sables (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Rose des sables

Tourment du rêve ancré
au coeur nacré des sables.
Labyrinthe déclos par les détours du gypse.
Broderie d’erg. En toi, ocres et dures,
recommencent les dunes. Et leurs courbes
effeuillées au derviche des vents.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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ROSE ET GADOUE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018


ROSE ET GADOUE

Rose disait à gadoue:
Tout finira bien, ma soeur,
Feu nous mangera les joues,
Feu nous mangera le coeur.
Serons gaîment vendangées,
Serons gaîment mélangées
Et de nous-mêmes gorgées,
Infiniment propagées.
Ainsi poudre de lumière,
Irons luire pour toujours
A la face délétère
Du Parfait qui nous entoure.

(Norge)

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LES PIEDS (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018


LES PIEDS

Un pied dans la tombe, soit.
Mais l’autre pied vertement planté sur le rocher bleu.
Ah, quel pied.
Ainsi les saisons gloussaient, les fleuves filaient doux.
Le pied dans la tombe attendait toujours ;
le pied sur le roc veillait sur un homme
et les héritiers crevaient de chagrin.
Le pied sur le roc adorait le vin, l’amour et l’argent.
Les chevaux riaient, les vignes chantaient
et la rose aux dents chantait et riait.
Le pied dans la tombe attendait toujours.
il attend encore.

(Norge)


Illustration: Jean Verame

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LE RETOUR (Norge)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



LE RETOUR

Je revenais de la guerre en grand vainqueur,
et de sa fenêtre elle devait me jeter la rose rouge.
Vingt batailles de gagnées, douze blessures,
deux pays conquis, des trésors, des drapeaux.
Elle a gardé la rose rouge â son corsage.
Ce ne serait pas pour cette jambe de bois quand même !

(Norge)

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Le matin (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Le matin

Matin aux lèvres de rose, être bien-aimé,
chante pour moi.
Chante une chanson, intacte et claire comme la rosée,
comme le verre neuf,
une chanson qui transfigure tout.

***

Morgonen
Älskliga varelse, morgon med rosenläppar,
sjung för mig.
Sjung en sång, tidig och klar som dagg, som ungt glas,
en sång som förvandlar allt.

(Pär Lagerkvist)


Illustration: Salvador Dali

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