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Posts Tagged ‘rose’

Que choisir sur le menu? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Que choisir sur le menu?

1
Je mange chaque midi
Dans un restaurant tranquille
Du lundi au samedi
Au plein coeur de notre ville
Toujours les mêmes visages
Des visages trop connus
Qui sourient car c’est l’usage
Et toujours même menu.

Refrain 1
Que choisir sur le menu?
Poule au riz?
Merlan frit?
Céleri?
Quart de brie ?
Que choisir sur le menu?
OEufs au plat
jambon gras
Je suis las
De tout ça
Que choisir sur le menu?
Aujourd’hui comme hier et demain
Donnez-moi un beefsteak aux pomm’s frit’s et du pain
Quart de vin calé noir
Après j’irai me promener sur le trottoir!

2
Mais hier, événement,
La porte a livré passage
À un visage charmant
Jambes fin’s et beau corsage.
Qui est-elle et que fait-elle?
Quelle est donc cette inconnu(e) ?
Elle est jeune et elle est belle.
Bah! regardons le menu.

Refrain 2
Que choisir sur le menu?
Poule au riz?
Merlan frit ?
Céleri?
Quart de brie?
Que choisir sur le menu?
Il me faut
Du nouveau
Du gâteau
Bon et beau
Que choisir sur le menu?
Aujourd’hui Honoré j’ai grand faim
Donnez-moi du foie gras — Donnez-moi du bon vin
Verr’ d’alcool café noir
Après j’irai me promener sur le trottoir!

3
Elle est sorti(e) derrièr’ moi,
Avec son joli sourire.
Je lui ai parlé ma foi
Sans trop savoir quoi lui dire.
Aujourd’hui tous deux ensemble
Au restaurant revenus,
La même carte me semble
Le plus savoureux menu.
Je choisis sur le menu
—Ce qu’ell’ veut
—C’est bien mieux
—J’ suis heureux
Comme un dieu

Refrain 3
Je choisis sur le menu
—Baisers fous
—Sur son cou
— Et mots doux
—Entre nous
C’est le meilleur des menus.
Ma chérie aujourd’hui comm’ demain
Je préfère aux festins quelque morceau de pain
Partagé avec vous
Et je préfère aux fleurs le rose de vos joues.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier
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Chanson de Régine (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Chanson de Régine

1
J’ai une fleur que j’aime
D’un tendre coeur
C’est un perce-neige
Que j’ai fait naître beige
A côté d’autres fleurs
Ne réponds plus mon coeur
Même à la rose
Reine des fleurs
J’ai une fleur, j’ai une fleur
Que j’aime d’un tendre coeur
D’un tendre coeur
D’un tendre coeur.

2
Voici bien des années
Que dans mon coeur
Ton image aimée
Fidèle est demeurée
Elle est mon seul bonheur
Le trésor de mon coeur
C’est de revoir
Tes grands yeux noirs
Dans un rêve intime et très doux
Qui m’accompagne partout
La nuit le jour
Rêve d’amour.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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L’Enfant démon (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Guillaume Seignac
    
L’Enfant démon

1
La forêt s’endort au flanc des monts
Tu t’endors comme un enfant démon
Tu t’endors comme une pierre
Un petit caillou
Prends bien garde enfant démon le soir
Un fantôme à ce banc vient s’asseoir
Sans yeux sans paupières
Mon enfant démon

Refrain
Caressante
Enfant démon
Quand tu chantes
Enfant démon
Dans tes yeux je vois des roses
Au rosier de tes paupières closes
Sur tes lèvres
Je vois du sang
Et ma fièvre
Va montant
Mon enfant démon
Mon enfant démon
Endors-toi démon bel enfant
Mon bel enfant.

2
Ne t’endors pas là enfant démon
Sous le ciel à travers champs et monts
Ne t’endors pas sur les pierres
Et sur les cailloux
Dans mon lit viens t’endormir ce soir
Viens dormir dans mes bras pleins d’espoir
Ouvre tes paupières
Mon enfant démon.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Papier buvard (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Papier buvard

1

La vie est un’ bobin’ de fil
J’ai eu treize ans au mois d’avril
Et je me sens vieillir très vite
Mais on m’appelle ma petite,
Une petite ?
On me donne encore des bonbons
Et je peux entrer au salon
Mais j’ai gardé mes habitudes,
Je n’aime pas la solitude
Car je voudrais rester toujours
Petite fille.
Jouer à la corde dans la cour,
Ou bien aux billes.
C’est si bon de désobéir.
Ah! cela m’ennuie de vieillir !

REFRAIN :

J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard
C’est bon, c’est doux,
C’est rose et mou.
J’aime boire de l’encre
Et manger du papier buvard.
Cela sèche toute la bouche
Et ça agace les dents
Ça fait rêver d’un rêve ardent
Et farouche !
On oublie tout, on est heureuse
La vie est merveilleuse
Et droite comme un boulevard
En mangeant du papier buvard.

2

Adieu poupée, adieu leçons
Il va falloir fair’ des façons.
Le mois prochain je serai vieille
On m’appell’ra Mademoiselle,
Mademoiselle ?
On m’emmèn’ra danser au bal
Je pourrai sans faire de mal
Mettre du rouge et fair’ des choses,
On me donn’ra des bouquets d’ roses.
Ça m’ennuiera j’aim’ pas les fleurs
Ni le rouge à lèvres.
J’ai mal aux dents, j’ai mal au cœur
Et j’ai la fièvre.
Cette vie est triste à mourir
Ah ! cela m’ennuie de vieillir.

REFRAIN

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Les roses (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Abdalieva Akzhan -   3

Les roses

L’air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
Elle riait du dépit de l’amour :
Il aime l’ombre, et le feu des étoiles,
En scintillant, formait un nouveau jour.

Tout s’y trompait. L’oiseau, dans le bocage,
Prenait minuit pour l’heure des concerts ;
Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu’aux champs quelques jeunes abeilles
Volaient encore en tourbillons légers,
Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.

Ô ma mère ! On eût dit qu’une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

J’écoutais, j’entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs ;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,

Je m’endormis. Ne grondez pas, ma mère !
Dans notre enclos qui pouvait pénétrer ?
Moutons et chiens, tout venait de rentrer.
Et j’avais vu Daphnis passer avec son père.

Au bruit de l’eau, je sentis le sommeil
Envelopper mon âme et mes yeux d’un nuage,
Et lentement s’évanouir l’image
Que je tremblais de revoir au réveil :

Je m’endormis. Mais l’image enhardie
Au bruit de l’eau se glissa dans mon coeur.
Le chant des bois, leur vague mélodie,
En la berçant, fait rêver la pudeur.

En vain pour m’éveiller mes compagnes chéries,
En me tendant leurs bras entrelacés,
Auraient fait de mon nom retentir les prairies ;
J’aurais dit :  » Non ! Je dors, je veux dormir ! Dansez !  »

Calme, les yeux fermés, je me sentais sourire ;
Des songes prêts à fuir je retenais l’essor ;
Mais las de voltiger, (ma mère, j’en soupire,)
Ils disparurent tous ; un seul me trouble encor,

Un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière ;
Son ombre s’approcha de mon sein palpitant :
C’était une ombre, et j’avais peur pourtant,
Mais le sommeil enchaînait ma paupière.

Doucement, doucement, il m’appela deux fois ;
J’allais crier, j’étais tremblante ;
Je sentis sur ma bouche une rose brûlante,
Et la frayeur m’ôta la voix.

Depuis ce temps, ne grondez pas, ma mère,
Daphnis, qui chaque soir passait avec son père,
Daphnis me suit partout pensif et curieux :
Ô ma mère ! Il a vu mon rêve dans mes yeux !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Abdalieva Akzhan

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La jeune fille et le ramier (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Renata Ratajczyk   Sleeping_Beuty_2-imp_backg

La jeune fille et le ramier

Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir ;
Tout tressaille, averti de la prochaine ondée :
Et toi qui ne lis plus, sur ton livre accoudée,
Plains-tu l’absent aimé qui ne pourra te voir ?

Là-bas, pliant son aile et mouillé sous l’ombrage,
Banni de l’horizon qu’il n’atteint que des yeux,
Appelant sa compagne et regardant les cieux,
Un ramier, comme toi, soupire de l’orage.

Laissez pleuvoir, ô coeurs solitaires et doux !
Sous l’orage qui passe il renaît tant de choses.
Le soleil sans la pluie ouvrirait-il les roses ?
Amants, vous attendez, de quoi vous plaignez-vous ?

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Renata Ratajczyk

 

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Ne fuis pas encore (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



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Ne fuis pas encore

Tu crois, s’il fait sombre,
Qu’on ne te voit pas,
Non plus qu’une autre ombre,
Glissant sur tes pas ?
Mais l’air est sonore,
Et ton pied bondit…
Ne fuis pas encore :
Je n’ai pas tout dit !
À qui ce gant rose
Qui n’est pas le mien ?
Quel parfum t’arrose,
Qui n’est plus le tien ?
Tu ris, mais prends garde,
Ta lèvre pâlit…
Moi je te regarde :
Sur ton coeur cachées
Des fleurs vont mourir ;
Les as-tu cherchées
Pour me les offrir ?
Vois ! La lune éclaire
l’enclos interdit…
Paix à ta colère !
Sous la noble allée
Qui s’ouvre pour toi,
La pauvre voilée,
Ingrat ! C’était moi.
Sans cris, sans prière,
Sans voix qui maudit,
Je fuis la première.
Adieu ! J’ai tout dit !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Erte

 

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La rose flamande (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Júlia Fernández Sánchez 9649

Illustration: Júlia Fernández Sánchez
    
La rose flamande

C’est là que j’ai vu Rose Dassonville,
Ce mouvant miroir d’une rose au vent.
Quand ses doux printemps erraient par la ville,
Ils embaumaient l’air libre et triomphant.

Et chacun disait en perçant la foule :
 » Quoi ! belle à ce point ?… Je veux voir aussi…  »
Et l’enfant passait comme l’eau qui coule
Sans se demander :  » Qui voit-on ici ?  »

Un souffle effeuilla Rose Dassonville.
Son logis cessa de fleurir la ville,
Et, triste aujourd’hui comme le voilà,
C’est là !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

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Comme parle et se tait une fille des hommes (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Illustration: Edmond Grandjean
    
Comme parle et se tait une fille des hommes

Comme parle et se tait une fille des hommes
Comme de grands secrets sont formés par son corps
Quel étrange plaisir, à cette heure où nous sommes
Aussi libres de tout que les esprits des morts,

Aussi légers, abandonnés, sûrs de nous-mêmes,
Aussi loin de la vie aux doux yeux égarés,
Bien sages, sans vouloir connaître qui nous aime,
Comme de beaux miroirs souriants et brisés.

J’écoute sommeiller cette rose nombreuse,
Lointaine, en son langage espérant un baiser…
– Mais je retiens mon souffle auprès de l’amoureuse.
Et me garderais bien de la désaltérer.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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SONNET (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Konstantin Razumov

    

SONNET

Je ne vous ferai pas de vers,
Madame, blonde entre les blondes,
Vous réduiriez trop l’univers,
Vous seriez reine sur les mondes.

Vos yeux de saphir, grands ouverts,
Inquiètent comme les ondes
Des fleuves, les lacs et des mers
Et j’en ai des rages profondes.

Mais je suis pourtant désarmé
Par la bouche, rose de mai,
Qui parle si bien sans parole,

Et qui dit le mot sans pareil,
Fleur délicieusement folle
Éclose à Paris, au soleil.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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