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Poésie

Posts Tagged ‘rose’

LE JARDIN (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



LE JARDIN

On la tient
par les épaules
et par les yeux

elle marche
sur la terre
une dernière fois.

Elle passe par ici
ou là

où elle a planté
il y a longtemps
des fleurs
ici et là.
On la tient
par ses épaules
elle se tient par les couleurs

des hortensias

et des roses qui sont rouges
une dernière fois.

On compte sur leurs pétales

pour la ravir
et la ravir de son fauteuil
et de son lit.

On s’arrête
devant chaque nom
qu’elle jette par-dessus le bord

de ses lèvres
une dernière fois.

Elle parle comme un enfant
quand il fait bleu
ou rose

sur ses lèvres
une première fois.

(Yvon Le Men)

Illustration

 

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Sur le fuseau de nacre (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



Sur le fuseau de nacre
Tendant le fil de soie,
Doigts souples commencez
L’envoûtante leçon !

Le flux et le reflux des mains,
Leurs gestes monotones
Comme si tu exorcisais
Je ne sais quel effroi solaire,

Lorsque ta large paume,
Pareille au coquillage flamboyant
Tantôt s’éteint, vers les ombres tombant,
Et tantôt disparaît dans le feu rose !

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vermeer de Delft

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Retouche au cloître (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



Retouche au cloître

prise au désir et mal enclose
le glissement du ciel novice
sous les arcades féminines
fait un scandale de la rose

(Daniel Boulanger)


Illustration


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Pour écrire un seul vers (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Pour écrire un seul vers

il faut se souvenir de cent ans de sommeil
et des vies qui précédèrent, de la piqûre des roses
et de l’aïeule qui voulait voir la mer,
de l’homme au large dos couvert de ventouses
et de ses enfants effrayés par les méduses.
Des objets magiques et des formules
où s’enroulent des fleurs autour des lettres gothiques.

Puis abandonner à son sort
cet homme en nous qui se noie dans ses souvenirs,
pour renouer avec la magie sans accessoires
et la jonglerie sans rien, mais avec des gestes
suspendus en l’air et la réalité
qui se retourne comme un gant.

Avec les êtres et les choses
attirant les mots comme des aimants.

(Gérard Macé)


Illustration: Sylvie Lemelin

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Les roses du jardin (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2020



Les roses du jardin embaument tes deux mains
Qui sont des papillons qui agitent leurs ailes
Et voltigent dans l’air en frôlant les jasmins
Afin de composer des bouquets de fleurs frêles.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Andrzej Malinowski

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Plein air (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2020



 

Annabelle Verhoye 8

Plein air

Ta chevelure, éparpillée,
Enonde et coule en l’herbe verte
Comme un ruisseau clair sablé d’or;
Et, sur ta gorge mi-couverte,
Un vague rayon danse ou dort;
Distraitement, lèvre entr’ouverte,
Tu ris au ciel par la feuillée…

Ô douce chose printanière,
Ô jeune femme, ô fleur superbe,
Épanouis ta nudité
Royale emmi tes soeurs de l’herbe;
L’inconsciente vanité
Rutile sur ta lèvre acerbe
Et rayonne dans ta crinière.

Reste ainsi : l’ombre violette
Se joue aux roses plis des hanches;
Ouvre tes grands yeux puérils
Où rit l’orgueil de tes chairs blanches…
Oh, fut-il en d’autres avrils
Pareille fête sous les branches?
Et qu’elle est vaine la palette!

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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Tout le monde frappe à la porte (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



 

Ernesto Arrisueño 1957 - Peruvian-born Australian painter - Tutt'Art@ (44) [1280x768]

1. Tout le monde frappe à la porte
2. en silence avec une rose

3. La nuit tourne
4. et recommence
5. la lune sur les murs

6. Entrez
7. Il manque une fenêtre
8. Il manque un mur

9. La bouche du puits
10. nous pose la question
11. et nous marie sans témoin
12. devant sa réponse

13. Un oiseau retourne un mort
14. jusqu’à sa porte

15. La maison ferme ses volets

16. Entrez
17. Il manque une fenêtre
18. Il manque un mur

19. Nous avons donné à chacun
20. une loi et une règle

21. Nous avons recouvert la lune
22. d’une figure de plomb

23. Il manque un mur
24. mais la porte s’ouvre
25. et se ferme toujours
26. avec la rose

27. Entrez
28. Il manque une fenêtre
29. Il manque un mur

30. N’Entrez pas
31. la rose est devenue toute
32. la maison

(Serge Pey)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

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Cher frère blanc (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020



 

leopold-sedar-senghor

Cher frère blanc

Quand je suis né, j’étais Noir
Quand j’ai grandi, j’étais Noir
Quand je vais au soleil, je suis Noir
Quand j’ai peur, je suis Noir
Quand je suis malade, je suis Noir
Quand je mourrai, je serai Noir

Tandis que toi, Frère Blanc

Quand tu es né tu étais Rose
Quand tu as grandi, tu étais Blanc
Quand tu vas au soleil, tu es Rouge
Quand tu as froid, tu es Bleu
Quand tu as peur, tu es Vert
Quand tu es malade, tu es Jaune
Quand tu seras mort, tu seras Gris

Alors, de nous deux, qui est l’homme de couleur?

(Léopold Sédar Senghor)

 

 

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Rite de passage (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020


munch.death-sickroom

 

Du ciel vient le son d’une rose qui s’entrouvre.
J’étouffe horriblement… Des vols d’ange.
En fermant les paupières, j’aperçois
plein de personnes dans la chambre,
qui marmottent, qui marmottent
sans me perdre des yeux.
On aura prononcé les paroles qu’il faut,
les vieilles femmes et le prêtre. Des enfants chuchotent
parce qu’une hirondelle joue entre les piliers.
Tout le monde sera là, de la commune et ses écarts,
hormis le voisin, ce vieux chien qui sera damné,
mais je lui pardonne.

(André Frénaud)

 

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Elle est ignorante et libre, (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Manuel Nunez  Hands Lifted [1280x768]

Elle est ignorante et libre,
Et sa candeur la défend.
Elle a tout, accent qui vibre,
Chanson triste et rire enfant,

Tout, le caquet, le silence,
Ces petits pieds familiers
Créés pour l’invraisemblance
Des romans et des souliers,

Et cet air des jeunes Eves
Qu’on nommait jadis fripon,
Et le tourbillon des rêves
Dans les plis de son jupon.

Cet être qui nous attire,
Agnès cousine d’Hébé,
Enivrerait un satyre,
Et griserait un abbé.

Devant tant de beautés pures,
Devant tant de frais rayons,
La chair fait des conjectures
Et l’âme des visions.

Au temps présent l’eau saline,
La blanche écume des mers
S’appelle la mousseline ;
On voit Vénus à travers.

Le réel fait notre extase ;
Et nous serions plus épris
De voir Ninon sous la gaze
Que sous la vague Cypris.

Nous préférons la dentelle
Au flot diaphane et frais ;
Vénus n’est qu’une immortelle ;
Une femme, c’est plus près.

Celle-ci, vers nous conduite
Comme un ange retrouvé,
Semble à tous les coeurs la suite
De leur songe inachevé.

L’âme l’admire, enchantée
Par tout ce qu’a de charmant
La rêverie ajoutée
Au vague éblouissement.

Quel danger ! on la devine.
Un nimbe à ce front vermeil !
Belle, on la rêve divine,
Fleur, on la rêve soleil.

Elle est lumière, elle est onde,
On la contemple. On la croit
Reine et fée, et mer profonde
Pour les perles qu’on y voit.

Gare, Arthur ! gare, Clitandre !
Malheur à qui se mettrait
A regarder d’un air tendre
Ce mystérieux attrait !

L’amour, où glissent les âmes,
Est un précipice ; on a
Le vertige au bord des femmes
Comme au penchant de l’Etna.

On rit d’abord. Quel doux rire !
Un jour, dans ce jeu charmant,
On s’aperçoit qu’on respire
Un peu moins facilement.

Ces feux-là troublent la tête.
L’imprudent qui s’y chauffait
S’éveille à moitié poète
Et stupide tout à fait.

Plus de joie. On est la chose
Des tourments et des amours.
Quoique le tyran soit rose,
L’esclavage est noir toujours.

On est jaloux ; travail rude !
On n’est plus libre et vivant,
Et l’on a l’inquiétude
D’une feuille dans le vent.

On la suit, pauvre jeune homme !
Sous prétexte qu’il faut bien
Qu’un astre ait un astronome
Et qu’une femme ait un chien.

On se pose en loup fidèle ;
On est bête, on s’en aigrit,
Tandis qu’un autre, auprès d’elle,
Aimant moins, a plus d’esprit.

Même aux bals et dans les fêtes,
On souffre, fût-on vainqueur ;
Et voilà comment sont faites
Les aventures du coeur.

Cette adolescente est sombre
A cause de ses quinze ans
Et de tout ce qu’on voit d’ombre
Dans ses beaux yeux innocents.

On donnerait un empire
Pour tous ces chastes appas ;
Elle est terrible ; et le pire,
C’est qu’elle n’y pense pas.

(Victor Hugo)

Illustration: Manuel Nunez

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