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LES ÎLES DE L’ENFANCE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



LES ÎLES DE L’ENFANCE

Les îles de l’enfance
Dorment sur l’eau du Temps.
On ne saurait y revenir
Qu’avec des pas d’enfant.
On ne saurait les retenir,
L’eau et le vent
S’en vont devant
Sans emporter un souvenir.

Le calme des eaux,
Le bruit des roseaux,
Le chant des oiseaux
Habitent ma tête.

Les couleurs du Temps,
Les odeurs du Vent,
Les soleils levants
Habitent mon coeur.

Les îles de l’enfance
Dorment sur l’eau du Temps.
On ne saurait y revenir
Qu’avec des pas d’enfant.
On ne saurait les retenir,
L’eau et le vent
S’en vont devant
Sans emporter un souvenir.

puisque c’est ton tour,
Vogue, rêve et cours
Dans les anciens jours
Et remplis ta tête.

Regarde avec soin
Secrets et grands foins…
Prends-en plus que moins
Et remplis ton coeur.

Les îles de l’enfance
Dorment sur l’eau du Temps.
On ne saurait y revenir
Qu’avec des pas d’enfant.
On ne saurait les retenir,
L’eau et le vent
S’en vont devant
Sans emporter un souvenir.

(Gilles Vigneault)

Illustration

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Ce que dit la bouche d’ombre (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2020



 

Illustration: Josephine Wall
    
Ce que dit la bouche d’ombre

Tout parle, l’air qui passe et l’alcyon qui vogue,
Le brin d’herbe, la fleur, le germe, l’élément.
T’imaginais-tu donc l’univers autrement ?
Crois-tu que Dieu, par qui la forme sort du nombre,
Aurait fait à jamais sonner la forêt sombre,
L’orage, le torrent roulant de noirs limons,
Le rocher dans les flots, la bête dans les monts,
La mouche, le buisson, la ronce où croît la mûre,
Et qu’il n’aurait rien mis dans l’éternel murmure ?
Crois-tu que l’eau du fleuve et les arbres des bois,
S’ils n’avaient rien à dire, élèveraient la voix ?
Prends-tu le vent des mers pour un joueur de flûte ?
Crois-tu que l’océan, qui se gonfle et qui lutte,
Serait content d’ouvrir sa gueule jour et nuit
Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit,

Et qu’il voudrait rugir, sous l’ouragan qui vole,
Si son rugissement n’était une parole ?
Crois-tu que le tombeau, d’herbe et de nuit vêtu,
Ne soit rien qu’un silence ? et te figures-tu
Que la création profonde, qui compose
Sa rumeur des frissons du lys et de la rose,
De la foudre, des flots, des souffles du ciel bleu,
Ne sait ce qu’elle dit quand elle parle à Dieu ?
Crois-tu qu’elle ne soit qu’une langue épaissie ?
Crois-tu que la nature énorme balbutie,
Et que Dieu se serait, dans son immensité,
Donné pour tout plaisir, pendant l’éternité,
D’entendre bégayer une sourde-muette ?
Non, l’abîme est un prêtre et l’ombre est un poëte ;
Non, tout est une voix et tout est un parfum ;
Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un ;
Une pensée emplit le tumulte superbe.
Dieu n’a pas fait un bruit sans y mêler le verbe.
Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ;
Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi
Tout parle ? Ecoute bien. C’est que vents, ondes, flammes
Arbres, roseaux, rochers, tout vit !

Tout est plein d’âmes.

(Victor Hugo)

 

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Mille chemins, un seul but (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020




    

Mille chemins, un seul but

Le chasseur songe dans les bois
À des beautés sur l’herbe assises,
Et dans l’ombre il croit voir parfois
Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins
Tout en veillant sur les empires,
Et dans ses souvenirs lointains
Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu
L’heure où son étoile paisible
Va s’épanouir, fleur de feu,
Au bout d’une tige invisible.

Regarde-les, regarde encor
Comme la vierge, fille d’Ève,
Jette en courant dans les blés d’or
Sa chanson qui contient son rêve !

Vois errer dans les champs en fleur,
Dos courbé, paupières baissées,
Le poète, cet oiseleur,
Qui cherche à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots
Implorant la terre embaumée,
Lassés de l’écume des flots,
Et demandant une fumée !

Se rappelant quand le flot noir
Bat les flancs plaintifs du navire,
Les hameaux si joyeux le soir,
Les arbres pleins d’éclats de rire !

Vois le prêtre, priant pour tous,
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.

Vois s’élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprit dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor,
La mère contempler, ravie,
Son enfant, cœur sans ombre encor,
Vase que remplira la vie !

Tous, dans la joie ou dans l’affront,
Portent, sans nuage et sans tache,
Un mot qui rayonne à leur front,
Dans leur âme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur,
Le mot qu’on voit pour tous varie ;
– L’un a : Gloire ! l’autre a : Bonheur !
L’un dit : Vertu ! l’autre : Patrie !

Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même ;
Il y chante ou gémit tout bas ;
Et ce mot, c’est le mot suprême !

C’est le mot qui peut assoupir
L’ennui du front le plus morose !
C’est le mystérieux soupir
Qu’à toute heure fait toute chose !

C’est le mot d’où les autres mots
Sortent comme d’un tronc austère,
Et qui remplit de ses rameaux
Tous les langages de la terre !

C’est le verbe, obscur ou vermeil,
Qui luit dans le reflet des fleuves,
Dans le phare, dans le soleil,
Dans la sombre lampe des veuves !

Qui se mêle au bruit des roseaux,
Au tressaillement des colombes ;
Qui jase et rit dans les berceaux,
Et qu’on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois
Les feuilles, les souffles, les ailes,
La clémence au cœur des grands rois,
Le sourire aux lèvres des belles !

C’est le nœud des prés et des eaux !
C’est le charme qui se compose
Du plus tendre cri des oiseaux,
Du plus doux parfum de la rose !

C’est l’hymne que le gouffre amer
Chante en poussant au port des voiles !
C’est le mystère de la mer,
Et c’est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement éternel
De la seconde des deux Romes,
C’est Foi dans la langue du ciel,
Amour dans la langue des hommes !

Aimer, c’est avoir dans les mains
Un fil pour toutes les épreuves,
Un flambeau pour tous les chemins,
Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c’est comprendre les cieux.
C’est mettre, qu’on dorme ou qu’on veille,
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille !

C’est se chauffer à ce qui bout !
C’est pencher son âme embaumée
Sur le côté divin de tout !
Ainsi, ma douce bien-aimée,

Tu mêles ton cœur et tes sens,
Dans la retraite où tu m’accueilles,
Aux dialogues ravissants
Des flots, des astres et des feuilles !

La vitre laisse voir le jour ;
Malgré nos brumes et nos doutes,
Ô mon ange ! à travers l’amour
Les vérités paraissent toutes !

L’homme et la femme, couple heureux,
À qui le cœur tient lieu d’apôtre,
Laissent voir le ciel derrière eux,
Et sont transparents l’un pour l’autre.

Ils ont en eux, comme un lac noir
Reflète un astre en son eau pure,
Du Dieu caché qu’on ne peut voir
Une lumineuse figure !

Aimons ! prions ! les bois sont verts,
L’été resplendit sur la mousse,
Les germes vivent entr’ouverts,
L’onde s’épanche et l’herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous
Suive ses routes insensées.
Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées !

L’amour, qu’il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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MAI (François Vacher)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020




MAI

Les arbres en fleurs
Fourmillent d’oiseaux.
Une brise effleure
Et plie les roseaux.
Cette haleine douce
Agite les feuilles.
Allons sur la mousse
Nous étendre ! Cueille
Le premier muguet,
Dont l’odeur enivre !
Le beau mois de mai
Enfin nous délivre
Du vent, de la pluie
Et de la froidure.
Le soleil qui luit,
Toute la verdure
Caressent nos âmes
Ainsi que nos corps.
Pour peu qu’une femme
Entre en ce décor,
Nous voici renaître
Et nous exalter.
Chacun veut en être !
Le prochain été
Tiendra les promesses
De ce printemps-là.
On vit d’allégresse
Au temps du lilas !

(François Vacher)

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Le roseau (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



Le roseau qui effeuille
mollement son rouge
éventail au printemps;
l’avenue encaissée, sur le noir
ruisselet survolé des libellules;
et le chien haletant qui revient,
sa charge entre les dents,

aujourd’hui en ce lieu je ne puis reconnaître;
mais là où le reflet se fait le plus ardent
et très bas le nuage, derrière
ses prunelles désormais lointaines, juste deux
faisceaux de lumière, en croix.
Et le temps passe.

***

La canna che dispiuma
mollemente il suo rosso
flabello a primavera;
la rédola nel fosso, su la nera
correntia sorvolata di libellule;
e il cane trafelato cire rincasa
col suo fardello in bocca,

oggi qui non mi tocca riconoscere;
ma 1à dove il riverbero più cuoce
e il nuvolo s’abbassa, oltre le sue
pupille ormai remote, solo due
fasci di luce in croce.
E il tempo passa.

(Eugenio Montale)

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MOUVEMENT (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2020



Illustration: Hélène Grasset
    
MOUVEMENT

Si tu es la jument d’ambre
je suis le chemin de sang
Si tu es la première neige
je suis celui qui allume le brasier de l’aube
Si tu es la tour de la nuit
je suis le clou brûlant dans ton front
Si tu es la marée du petit matin
je suis le cri du premier oiseau
Si tu es le panier d’oranges
je suis le couteau de soleil
Si tu es l’autel de pierre
je suis la main sacrilège
Si tu es la terre couchée
je suis le roseau vert
Si tu es le saut du vent
je suis le feu enterré
Si tu es la bouche de l’eau
je suis la bouche de la mousse
Si tu es la forêt de nuages
je suis la hache qui les fend
Si tu es la ville profanée
je suis la pluie de consécration
Si tu es la montagne jaune
je suis les bras rouges du lichen
Si tu es le soleil qui se lève
je suis le chemin de sang

(Octavio Paz)

 

Recueil: Le feu de chaque jour précédé e Mise au net et D’un mot à l’autre
Traduction: Claude Esteban – Roger Cailloix – Jean-Claude Masson
Editions:

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SOIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Stéphane Pellennec
    
SOIR

Ciel ! un fourmillement emplit l’espace noir ;
On entend l’invisible errer et se mouvoir ;
Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres.
Le crépuscule, plein de figures funèbres,
Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ;
À quelque être ignoré qui flotte dans le vent
La pervenche murmure à voix basse : je t’aime
La clochette bourdonne auprès du chrysanthème
Et lui dit paysan, qu’as-tu donc à dormir ?
Toute la plaine semble adorer et frémir.
L’élégant peuplier vers le saule difforme
S’incline ; le buisson caresse l’antre ; l’orme
Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs ;
Les nymphaeas, pour plaire aux nénuphars pensifs,
Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ;
Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,
S’éveillent, au milieu des joncs et des roseaux,
Regardant leur front pâle au bleu miroir des eaux,
Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes,
Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes.
Des fleurs déesses font des lueurs dans la nuit,
Et dans les prés, dans l’herbe où rampe un faible bruit,
Dans l’eau, dans la ruine informe et décrépite,
Tout un monde charmant et sinistre palpite.
C’est que là-haut, au fond du ciel mystérieux,
Dans le soir, vaguement splendide et glorieux,
Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée,
Et, vision, remplit d’amour l’ombre effarée.

(Victor Hugo)

 

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Au milieu de rien (Edith Phélippeau)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2019



 

Au milieu de rien
Juste le ciel
Et la forme du vent
Dans les roseaux

(Edith Phélippeau)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Pressentiment de la rose (Yanette Delétang-Tardif)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019



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Pressentiment de la rose
(Extraits)
À Paul Eluard

Une rose des sables
à côté d’un poète.
Il la prend dans ses mains,
la tient dans son désert
chaque jour imaginé.
Chambre couleur d’azur
porté par les arbres
les pétales de sable
ouvraient
un temps inhabité.
À travers cet espace
ce fut avec la rose
le pressentiment d’un poème
en plein cœur.

Par sa voix je regagne mon enfance
nageuse aux rubans d’algues.
Attendre est un naufrage
nous aimions les grandes vagues
et l’île inabordable
prêtée au sommeil des oiseaux

Les pouvoirs du songe
s’apprendront dans un baiser.

Il ne croit pas à l’immobile
son sommeil est plein de roseaux
qui cachent les dormeuses pâles
près de l’eau près du bonheur.

C’est pour toujours la forêt l’océan
C’est pour toujours le coeur perdu.
La fleur et le chien lui obéissent
Il croit à la peur
Il sait pleurer quand tout est fini.
Il aime l’enfant chéri des sources
Chantant l’heure de la surprise et des étoiles,
Le dénuement l’oubli des fables
La chair des légendes et des rivières.

(Yanette Delétang-Tardif)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LE FLEUVE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

LE FLEUVE

Emporte dans tes yeux la couleur de ses eaux.
Soit que son onde lasse aux sables se répande
Ou que son flot divers, mine, contourne ou fende
La pierre qui résiste ou cède à ses travaux;

Car, sonore aux rocs durs et plaintif aux roseaux,
Le fleuve, toujours un, qu’il gémisse ou commande,
Dirige par le val et conduit par la lande
La bave des torrents et les pleurs des ruisseaux.

Regarde-le. Il vient à pleins bords, et sa course
Mène jusqu’à la mer la fontaine et la source
Et le lac tout entier qu’il a pris en ses bras.

Sois ce fleuve, Passant! que ta pensée entraîne
En son cours où toi-même, un jour, tu les boiras,
Ta source intérieure et tes eaux souterraines.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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