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Poésie

Posts Tagged ‘roses’

Chanson pour le jardin d’une nonne (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Combien de rires, dites, combien de roses
dans le corsage d’une nonne.
Combien de roses fanées,
combien de rires rongés,
combien de corps piétines
pour un seul qui n’existe pas.

Combien de rêves, dites, combien de fièvres
dans le corsage d’une nonne.
Combien de rêves chassés,
combien de fièvres brûlées,
combien de cœurs dépecés
pour un seul qui n’existe pas.

Mais, sur sa monture luisante,
voici le sauveur.
La nonne, à genoux, l’accueille,
tremblante comme une feuille
et blanche comme la douleur.

Combien d’eau dites, combien d’étoiles
dans le corsage d’une fiancée.
Combien de fleuves retrouvés,
combien de bateaux pavoisés,
combien de rives enchantées
pour un jour qui va naître.

Le cavalier d’amour l’emporte
quand, du couvent, la lourde porte
se referme sur les années;

sur les nonnes en prière
qui ne seront plus de pierre.

(Edmond Jabès)

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Les roses de Saadi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir;

La vague en a paru rouge et comme enflammée:
Ce soir, ma robe encore en est toute embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

(Marceline Desbordes-Valmore)


Illustration:
Fabienne Contat

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Mais j’ai peur parce que bientôt… (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017




Après tout ce vent et ce froid,
Il faisait bon se chauffer près du feu.
Je n’ai pas fait attention à mon coeur,
Et on me l’a volé.

La fin du nouvel an se prolonge solennelle,
Roses du nouvel an, vos tiges sont humides.
Dans ma poitrine on ne sent plus
Le tremblement des sauterelles.

On sait bien qui est le voleur.
Je l’ai reconnu à ses yeux.
Mais j’ai peur parce que bientôt… bientôt…
Il va rapporter son butin lui-même.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Le vin des roses (Charles Vives)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Le sentier prend l’odeur
Des fougères foulées
Par ce poids de couleurs
Qui les ploie depuis l’aube.

Mon rêve prend l’odeur
De ces roses foulées
Où je vois la liqueur
Que je bois depuis l’aube.

O ma vie prends l’odeur
De corolles foulées
O ma vie prend l’ardeur
De ce vin couleur d’aube.

(Charles Vives)

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Donnons notre âme aux roses (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



A quoi bon songer aux choses
Qui se passent dans les cieux?
Viens, donnons notre âme aux roses;
C’est ce qui l’emplit le mieux.

(Victor Hugo)

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Ô défaillance universelle! (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Ô défaillance universelle!
Mon unique va naître aux moissons mutuelles!
Pour les fortes roses de l’amour
Elle va perdre, lys pubère,
Ses nuances si solitaires,
Pour être à son tour,
Dama d’atour
De Maïa!

Alleluia!

(Jules Laforgue)


Illustration: Pascal Renoux

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La maison serait pleine de roses … (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



La maison serait pleine de roses et de guêpes.
On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres;
et les raisins couleurs de pierre transparente
sembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.
Comme je t’y aimerais! Je te donne tout mon cœur
qui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,
mon orgueil et ma poésie de roses blanches;
et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.
Je sais seulement que, si tu étais vivante,
et si tu étais comme moi au fond de la prairie,
nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,
près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.
On n’entendrait que la chaleur du soleil.
Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,
puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,
pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire;
et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,
le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes.

(Francis Jammes)


Illustration

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Nous humons les parfums les plus fragiles (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016



Nous n’aurons de cesse d’être en vie
que pour dénoncer les roses
qui ne seraient que roses.
Eau à la bouche, nous humons
les parfums les plus fragiles.

(Jacques Izoard)

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Le parfum des roses (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Le parfum des roses

Un chauve têtu construit
jour après jour sa maison
de la plus lourde pierre

pour dérober au soleil
aux dialogues de la pluie
sa pauvre éternité

sans se douter qu’un coup de sang
le guette dans le jardin
au détour charmant de l’allée.

Pourtant déjà l’oreille pointe
et le mufle dans le buisson
où bêle le parfum des roses.

(Jean Joubert)

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Le corps d’Eurydice (1/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Ce mouvement vif de la main, était-ce
Pour dessiner son propre corps avec le vent
En parcourir les courbes? Ou un geste d’adieu,
Pour en célébrer, peut-être, l’absence?
Plus tard elle s’est mise à écrire, sa parole
S’est émue. Des phrases, elle ne savait où
Ayant pris naissance au milieu du désordre
Des sentiments, – des lignes ayant à parcourir
Avec elle du temps dans une chambre vide.
Une vie étrangère désormais: des mots
Sur une surface lisse, sans
Commencement ni fin:

«Ayant à croître, à traverser
Mon souffle, s’il est possible, m’approcher
De l’origine sans m’éloigner de vous,
Ne soyez pas si triste, ne m’attendez pas trop
Sur le seuil obscur.»

Elle ne se souvenait pas encore. Elle commençait
A écrire. Elle écrivait, déjà elle commençait
A mourir. L’encre blanchirait sa mémoire.
Couchée contre sa vie, blanche, étrangère,
Elle écrivait: un tournoiement de neige
Noircissait la feuille. Son visage
Maintenant lui apparaissait comme à travers
Une vitre qui semblait contenir le ciel,
Avec beaucoup d’oiseaux que sa main
Cherchait à saisir, maladroitement, comme les seuls
Signes visibles de sa vie:

« Mère Perséphone, salut! Tout mon corps
Se dégage de sa blancheur. Lentement je le vois
Qui s’avance, non dans la lumière,
Pas encore, mais dans une substance épaisse
Comme du sang, ou du souvenir »

Où qu’elle fût maintenant,
Diffuse dans l’ombre du tilleul,
Dans toute cette harmonie fameuse:
Les feuillages fébriles effaçant
Son image et son cri d’angoisse, ou prise
Dans l’iris d’encre, dans l’odeur des géraniums
Ou peut-être encore dans la prunelle
Infime d’un rouge-gorge. Où qu’elle fût:
Devenue le bruit des abeilles.
L’amour emprisonne ceux qui aiment
Derrière l’air bruissant, l’eau plus claire,
Dans la rumeur nombreuse des arbres,
Les excellentes peintures de la terre,
Dans les yeux brillants nous regardent:

« Contre vous mon corps, peu à peu plus obscur,
Je ne demande ni vos soupirs, ni vos regrets,
Mais sur ma bouche absente cette rumeur
Comme le vent du soir en été,
Dans le jardin. Il passe ».

Sur le coeur noir des fleurs, au moment
Où l’ombre a ce goût de menthe, à ce moment
Un souffle agitait d’autres parfums et
Lui faisait battre des paupières. Ou bien le silence
Permettait d’entendre une eau qui coulait
De nouveau sur les pierres, un moment de vie
Rajeunie, un bruit d’aile au loin, comme le velours
De lèvres jamais embrassées. Le geste alors,
Minime, de tourner les pages d’un livre,
Une rêverie à peine supportable:

« Mais où donc se tenait mon coeur,
Est-il là, devant moi, maintenant? Oui. Sans doute.
Roses? Ronces? Dans le fouillis des métaphores
A l’abandon. Mais qui donc était ce passant,
Et pourquoi stupéfait, silencieux? »

(Claude Adelen)

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