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Au temps de la mort des marjolaines (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2019



 

Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
A tes aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs
Qui dévidaient les fuseaux fragiles.
Que files-tu, soeur, en ces vigiles,
Où tu chantes d’heurs et de malheurs ?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves
D’amour, morts en la saison des pleurs
D’avoir vu mourir toutes les fleurs
Qui parfumèrent les heures brèves ?

Oh ! le geste fatal de tes mains
Pâles, quand je parle de ces choses,
De tes mains qui bénirent les roses
En nos jours d’amour sans lendemains !

C’est le vent d’automne dans l’allée,
Soeur, écoute, et la chute sur l’eau
Des feuilles du saule et du bouleau,
Et c’est le givre dans la vallée.

Dénoue – il est l’heure – tes cheveux
Plus blonds que le chanvre que tu files ;
L’ombre où se tendent nos mains débiles
Est propice au murmure des voeux.

Et viens, pareille à ces châtelaines
Dolentes à qui tu fais songer,
Dans le silence où meurt ton léger
Rouet, ô ma soeur des marjolaines !

(Stuart Merrill)

Illustration: Gustave Courbet

 

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Il y a une frontière nord de la conscience (Hanner Bramnes)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Suzanne Clairac
    
Il y a une frontière nord de la conscience…
Une idée m’est venue
un oiseau qui s’envole
l’idée d’une lumière
derrière la lumière

il m’est venu l’idée
du lieu pur de la connaissance
j’ai fait tourner le rouet à l’envers
me suis arrêtée devant un coeur battant

frontière de la conscience

***

Bevisthedens nordgrænse findes…
leg har tenkt meg en tankeen
fugl som letter
jeg har tenkt meg et lys
bak lyset

jeg har tenkt meg
det rene kunnskapens sted
tenkt spunnet tilbake
stanset ved det bankende hjertet

bevissthetens grense

(Hanner Bramnes)

 

Recueil: Le poids de la lumière
Traduction: Anne-Marie Soulier
Editions: Erès

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LE FIL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
LE FIL

Seule la vierge connaît l’histoire de la vie,
Le mythe implicite dans le bourgeon soyeux
Dont les feuilles sont les pages jamais ouvertes du coeur.

Les filandres de son rêve flottent dans la nuit;
Leurs fils fragiles portent la somnambule
(Que nul n’éveille ma bien-aimée, ou elle est perdue).

Quand l’ange est venu elle connaissait son visage
Et à une question étrange de l’étranger
Elle donna la réponse de tout temps prédestinée.

Les jeunes araignées tissent d’abord des toiles parfaites
Puis avec l’âge leur travail devient moins sûr.
La vieillesse tisse des haillons, des lambeaux, des loques.

Mater Dolorosa, à la fin d’un mythe usé,
Se souvenant du passé, mais non du futur,
A perdu son fil, telle une vieille araignée.

Car le temps nous défait, l’obscurité efface
Les figures du rouet nocturne de Pénélope.
Les étoiles qui tournent cassent les fils ténus de la rêverie
Et la vieille fileuse emmêle ses écheveaux de mort.

***

THE CLUE

Only the virgin knows the life story,
The myth implicit in the silk-spun bud
Whose leaves are the unopened pages of the heart.

The gossamer of her dream frets out across the night;
Its fragile thread upholds the somnambulist —
(Let none awaken my beloved, or she is lost)

When the ange’ came, she knew his face
And to the stranger asking a strange thing
Gave the answer predestined before time.

Young spiders weave at first their perfect webs,
Later, less certain, they weave worse.
Old age spins tattered cobwebs, rags and shreds.

Mater Dolorosa, at the end of a spent myth,
Remembering the part, but not the future,
Has lest ber due, like an old spider,

For time undoes us, darkness defaces
The figures of Penelope’s night loom.
Revolving stars wind up the tenuous threads of day-dream
And the old spinner ravels skeins of death.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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RÊVERIE (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



RÊVERIE

A quoi, dans ce matin d’avril,
Si douce et d’ombre enveloppée,
La chère enfant au cœur subtil
Est-elle ainsi tout occupée ?

La trace blonde de ses pas
Se perd parmi les grilles closes ;

Je ne sais pas, je ne sais pas,
Ce sont d’impénétrables choses.

Pensivement, d’un geste lent,
En longue robe, en robe à queue,
Sur le soleil au rouet blanc
A filer de la laine bleue.

A sourire à son rêve encor,
Avec ses yeux de fiancée,
A tresser des feuillages d’or
Parmi les lys de sa pensée.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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Lin (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Lin

Avant de garnir nos quenouilles, le lin est une jolie fleur;
on dit qu’elle a vécu sur la terre sous les traits d’une belle fileuse.
Chantons, jeune filles, chantons le lin.
Le lin c’est la fleur du travail,
la fleur mère des doux rêves, et des bonnes pensées.

Vous connaissez l’histoire de Marguerite, celle que le démon tenta.
Quand elle faisait aller son rouet, l’ennemi des âmes n’osait s’approcher d’elle.
Le jour quand nous gardons nos troupeaux, le lin, notre ami fidèle,
nous préserve de l’ennui, il tourne gaîment entre nos doigts,
et mêle son doux bruit à nos chansons.

Aimons le lin, jeunes filles, aimons le lin.
Les contes de la veillée nous paraissent plus amusants
quand le bruit de la petite roue les accompagne.
C’est en filant le lin que ma mère m’a bercée,
et m’a appris à bégayer mes premières chansons.

Ma vieille grand’mère se sent encore joyeuse,
et chante quelquefois en remuant la tête,
lorsqu’elle prend sa quenouille.
Comme le tisserand fait aller joyeusement sa navette sur son métier!
Il est blond comme le lin qui compose sa trame.
Le tisserand est le roi des ouvriers; il doit faire bon ménage avec la fileuse.

Ma mère, je veux épouser un tisserand.
C’est avec le lin qu’on tissera mon voile de fiancée,
le lin le plus blanc et le plus pur;
En quoi sera le suaire dans lequel on m’ensevelira
quand je serai morte.

Filons, jeunes filles, filons le lin.

(J.J. Grandville)

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GAÉTAN (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



GAÉTAN

Rugit l’océan,
Chante l’ouragan,
Tournoie en rafales la neige,

S’enfuit le siècle d’une seconde,
Se rêve un bienheureux rivage,

Dans les sombres failles de la nuit,
Le rouet bourdonne et chante :
L’Invisible Tisseuse au fond des yeux
Regarde, et tisse les destins.

Se mire d’un trait de flamme
Dans les yeux du chevalier le couchant,
Au-dessus de son destin fatal
Brûlent les nuits étoilées.

Du monde l’enthousiasme sans limites
Au coeur chantant est donné.
Vers la voie fatale et sans but
L’appelle le bruyant océan.

Abandonne-toi au rêve impossible :
S’accomplira ce qui est préfixé.
Au coeur, pour loi immuable,
La Joie-Souffrance est donnée.

Ta voie future, c’est d’être Pèlerin,
Chante le bruyant océan.
O Joie, o Joie-Souffrance,
O douleur des blessures inconnues !

Partout, malheurs et deuils,
Qu’est-ce qui t’attend demain ?
Dresse ta voile échevelée
Marque ta solide armure
D’un signe de croix sur la poitrine !

Hurle l’ouragan,
Chante l’océan,

Tournoie en rafales la neige,
S’enfuit le siècle d’une seconde,
Se rêve un bienheureux rivage.

(Alexandre Blok)

Illustration: William Turner

 

 

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LA ROSE SÈCHE (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



LA ROSE SÈCHE

Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche,
Les écouterez-vous encor ces mots d’amour
Eperdu, qui battaient avec lui le tambour
Tout au long des beaux soirs ou des saisons revêches ?

Les écouterez-vous, Sylvie aux joues de pêche,
Marguerite au rouet, soeur Anne sur la tour
Et vous ma tendre amie aux yeux de brun velours,
Quand mon coeur sera noir comme une rose sèche ?

Qu’importe! si je dors près de l’archet brisé,
Sourd à tout bruit, insoucieux de tout déboire,
Dans mon squelette à grands ajours fleurdelisé…

Ni chérir, ni souffrir, ni rêver ni vouloir,
Tel enfin sous la grille et le sombre rosier
Sera mon joyeux sort quand mon coeur sera noir.

(Tristan Klingsor)

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Séparée de son amoureux (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



Séparée de son amoureux,
la femme file à son rouet.

La cité de son corps se dresse dans sa beauté
et le palais de l’esprit y a été construit.

Le rouet de l’amour tourne au ciel
et il est fait des joyaux du savoir.

Quels fils subtils tisse la femme
et combien elle les affine encore par son amour et son respect.

Kabîr dit : « Je tresse la guirlande des jours et des nuits;
quand mon amoureux viendra et que Ses pieds m’effleureront, je Lui offrirai mes larmes.

(Kabîr)

 

 

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La Fileuse (Paul Valery)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017




La Fileuse

Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s’incline.

Un arbuste et l’air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet sa rose.

Mais la dormeuse file une laine isolée ;
Mystérieusement l’ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, aux doux fuseaux crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse…

Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir… Tu es éteinte

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.

(Paul Valery)

Illustration: William Bouguereau

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La chanson du rouet (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016



Mireille Gendron la fileuse [800x600]

La chanson du rouet

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Je vous aime mieux que l’or et l’argent !
Vous me donnez tout, lait, beurre et farine,
Et le gai logis, et le vêtement.
Je vous aime mieux que l’or et l’argent,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux ;
Eté comme hiver, chanvre ou laine fine,
Par vous, jusqu’au soir, charge les fuseaux
Vous chantez dès l’aube avec les oiseaux,
O mon cher rouet, ma blanche bobine.

O mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous me filerez mon suaire étroit,
Quand, près de mourir et courbant l’échine.
Je ferai mon lit éternel et froid.
Vous me filerez mon suaire étroit,
O mon cher rouet, ma blanche bobine !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Mireille Gendron

 

 

 

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