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Poésie

Posts Tagged ‘rougeoyer’

FIN D’ÉTÉ (Binem Heller)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
FIN D’ÉTÉ

Vers sa fin voilà que se glisse
Le plus beau des jours de l’été,
C’est, sur la fenêtre, une vitre
Entre songe et réalité.

Au coeur de son miroir, nous deux –
Et la lumière qu’il reflète
Appose un sceau silencieux,
Un sceau de flamme sur ta tête.

Ton corps mûrit et s’arrondit,
Un sanglot du bonheur le prend,
Bouche blessée, fleur qui grandit
Assoiffée à travers mes dents.

Que pourrai-je te dire encore,
Désormais il n’est plus de mots.
Du plaisir, ils savent, nos corps
Comment se porte le fardeau.

Voilà déjà que l’été passe
Et la dernière fleur flamboie.
Lorsque dans tes bras tu m’enlaces
Le soleil, de fièvre, rougeoie.

(Binem Heller)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Regarde (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Regarde, des anges diffusent à travers l’espace
leurs sentiments qui ne cessent jamais.
Notre incandescence leur serait froideur.
Regarde, des anges rougeoient à travers l’espace.

Cependant qu’à nous, qui n’en savons rien d’autre,
tantôt une chose se refuse, tantôt une autre échoit en vain,
eux marchent, enthousiasmés par ce qu’ils ont à accomplir,
à travers leur domaine pleinement achevé.

***

Siehe. Engel fühlen durch den Raum
ihre unaufhörlichen Gefühle.
Unsre Weißglut wäre ihre Kühle.
Siehe, Engel glühen durch den Raum.

Während uns, die wirs nicht anders wissen,
eins sich wehrt und eins umsonst geschieht,
schreiten sie, von Zielen hingerissen,
durch ihr ausgebildetes Gebiet.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Destination (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
Destination

C’est ce feu qui rit dans tes yeux et, tant qu’il brûle,
joue froidement, doucement dans mes mains,
rougeoie à travers nos réseaux de résistance,
vire en vagues d’un bleu glacial.

Nous dérivons l’un vers l’autre dans une vague.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Au début, nous ne voulions rien ; à présent,
nous savons tous deux comme cela finit.

Nous dérivons vers quelque chose qui va
nous arriver, nous coûter cher et nous coûter des rêves.
Nous attendons, l’avons su depuis notre rencontre.
Et les mots ne sont ni durs ni tendres.

Nous écoutons. Quelque chose brûle en secret au-dedans.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Nous dérivons vers quelque chose qui va nous arriver :
un feu aussi frais que la mer, tant qu’il brûle.

***

Bestemmelse

Det er den Ild som ler i dine Ojne
og leger koldt og mildt i mine Hænder,
der gloder vores Modstandsnet igennem
og blir til isblaa B&lger, mens den brænder.

Vi driver mod hinanden i en Bolge.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi vilde ingenting, da det begyndte.
Nu ved vi begge to, hvordan det ender.

Vi driver ud mod noget som vil ske os,
og det skal blive dyrt og koste Dromme.
Vi venter, og har vidst det fra vi moches.
Og Ord er hverken haarde eller omme.

Vi lytter. Og det brænder skjult derinde.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi driver ud mod noget som vil ske os:
En Ild saa sval som Havet, mens den brænder.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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MATIN (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



MATIN

Ce matin l’herbe est noire et nue
Le vent s’allume, s’éteint
L’air s’ouvre à la pluie d’étain
Les pierres, la terre s’habituent

Ce matin le talus jaunit
Les corbeaux luisent sur le pré
L’agneau saigne à la boucherie
La terre s’y fait

Ce matin la neige est tombée
Le troupeau tousse dans la buée
Un triste coq crie au vent blanc
La terre s’y tait comme avant

Matin de cendre et de bitume
Le gel a mordu dans nos plaies
Des larmes coulent dans la haie
La grasse terre s’accoutume

Matin de ciel et de jais
Si le soleil revenait
L’air a son odeur nocturne
L’aube rougeoie derrière l’averse
La lumière est une herse
Entre maintenant et jamais
Un merle rit du chant qu’il tresse
La terre s’y fait

(Jacques Chessex)

 

 

 

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En quelques morceaux (Arnaud Savoye)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

    
 

En quelques morceaux

Soif et joie;
pieds lavés dans la rivière
remontent à la source.
Rêve d’élan.
De l’engagement.

Nos propres dé‚couvertes
porté‚es haut et partagé‚es,
repas pris en commun.

Ensemble sur
un même chemin,
vers une oeuvre.

Solidarité‚ des oiseaux;
une mésange guette,
surveille, annonce, pré‚vient.

Rouges-queues, chardonnerets,
passereaux au sol picorent,
partage équilibré.

Parfois, une colère, une ré‚volte.
Et tu dé‚poses tes sentiments,
affirmes l’être que tu es,
insuffle une direction.

Parfois, oui,
une mise à nu simple.
Révélation de l’être,
reconnaissance.

Tu es, je te vois, t’entends.
Mots, portée d’une page,
mots murmurés, répétés.
Ils pénètrent l’intérieur,
mordant d’une oreille, elle
écoute.

Un feu; le feu en nous
n’incendie plus la forêt et son
entêtante illusion du sauvage en gestation
avant son réveil brutal, brûlure vive.

Ici, seul le désir partagé, désir commun,
s’érige contre-feu.

Embrasement des coeurs.
Nous puiserons dans la flamme
ravivée chaque matin.

Opiniâtreté des jours
courage de l’oiseau éclatant,
persistante volonté
où chacun prend part à.

Néfliers rougeoyants, éclats des regards.
Il y a de la passion dans cette terre brandonnée.
Ne rêvons-nous pas secrètement de prolonger le jour?

Le bois nourrit l’âtre,
repousse le noir de la nuit.
Coûte que coûte maintenir flamme,
chaleur et lumière.

Ne confondons pas
ombres et corps,
mirage de l’oeil.

Dissocier braises et cendres
en suivant les signaux des fumées.
N’avons-nous pas à chaque instant
à tisonner le corps ?

Une main s’ouvre pour qu’un mot
se dépose dans sa paume : ardeur.

(Arnaud Savoye)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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A cette heure où tout repose (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Volchitza Franz
    
A cette heure où tout repose,
Ô veilleur solitaire des cieux,
N’entends-tu pas le vent de nuit et les soupirs
Des harpes jouant pour qu’Amour ouvre
Les pâles portes de l’aurore?

Quand tout repose, es-tu seul à t’éveiller
Pour entendre les douces harpes
Jouer pour Amour les sentinelles,
Le vent de nuit répondant par antiphones
Jusqu’à ce que la nuit s’achève?

Jouez, invisibles harpes, pour Amour,
Qui siège rougeoyant au ciel
A l’heure où les douces lumières vont et viennent,
Tendre et douce musique dans l’air
Et dessous, sur la terre.

***

At that hour when all things have repose,
O lonely watcher of the skies,
Doyou hear the night wind and the sighs
Of harps playing unto Love to unclose
The pale gates of sunrise?

When all things repose do you alone
Awake to hear the sweet harps play
To Love before him on his way,
And the night wind answering in antiphon
Till night is overgone?

Play on, invisible harps, unto Love,
Whose way in heaven is aglow
At that hour when soft lights come and go,
Soft sweet music in the air above
And in the earth below.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Dans une maison grise (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
Dans une maison grise et la clarté d’une chambre
elle vit, elle marche en silence, respire en silence,
ses regards allument la clarté des jours
dans la chambre, la nuit la maison a l’air sévère.

Elle rougeoie dans cette lumière opaline
qui vacille le jour sur les maisons de la ville,
visage et chevelure encadrés par la fenêtre
comme une fleur rouge de feuille et de lumière.

Le soir dans le noir souvent elle pleure,
heureuse de la chaude obscurité.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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D’après tes cheveux rougeoyants (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



    
D’après tes cheveux rougeoyants s’instaure
Un crépuscule,en gage de quelles perles implorantes;
D’après la vigne charnelle ta beauté se retord
Sur moi,avec des opiums aussi fourmillants
Qu’immobile attend ma chair littérale;
Déjà tournoie l’attentif vent spirituel
Sur le massacre des grives et des merles
De cette rapide forêt que ton sourire dévoile;

M’arrêtant,je lève les yeux du mieux que je puis,
Où se referme l’arc de deux bougies frêles
Au-dessus d’une cézannienne aquarelle.
Mais,d’amour assoiffée,tu souffles ce qui luit;
En totale terreur de l’obscurité réelle
Changeant l’équivalent timide d’un rêve.

***

After your poppied hair inaugurates
Twilight,with earnest of what pleading pearls;
After the camal vine your beauty curls
Upon me,with such tingling opiates
As immobile my literal flesh awaits;
Ere the attent wind spiritual whirls
Upward the murdered throstles and the merles
Of that prompt forest which your smile creates;

Pausing,I lift my eyes as best I can,
Where twain frail candles close their single arc
Upon a water-colour by Cezanne.
But you,love thirsty,breathe across the gleam;
For total terror of the actual dark
Changing the shy equivalents of dream.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Je m’interroge : d’où vient à ma blessure (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



Illustration
    
Je m’interroge : d’où vient à ma blessure
Cet animal couronné de soleil
Ce fugitif?
Le papillon a dit : et je dis ce qu’a dit
Le papillon, j’ai chanté :
Du feu rougeoie dans la rose de la nuit
Pareil à elle
Je me bats dans l’extase
Autour de ses pétales
Au-dessus de ses pétales
Au-dessous de ses pétales
Et prolonge le chant.

(Adonis)

 

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CRÉPUSCULE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



CRÉPUSCULE

Du sommet de la colline, je regardais le lac tempétueux
qui secouait une barque, image de notre destinée.
Elle disparut bientôt dans la brume.

De l’autre côté du ciel, le soleil, à son déclin, rougeoyait,
n’éclairant plus que les cimes des montagnes.
Des pans d’ombre s’abattaient sur la plaine.
Les îles du lac ressemblaient à des perles noires enchâssées dans une immense améthyste.
Au delà du fleuve, la forêt, imbibée de nuit,
était une longue chevelure que dominait,
comme un peigne d’argent, le croissant de la lune.

J’ai pris mon luth,
et j’ai chanté jusqu’à l’heure où se fanent les bouquets des constellations.

(La Flûte de Jade)

 

 

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