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Poésie

Posts Tagged ‘rougeur’

Eveille-toi! (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    
Petite fleur profondément endormie
Au narcisse pareille, montre-toi!
Vois! la charmille se penche et meurt
Dévastée par des froideurs chagrines, lève-toi!

L’air est plein de chants d’oiseaux
L’appel à la prière vient du muezzin là-bas.
Prête l’oreille aux soupirs brûlants
Des coeurs en proie à la passion, lève-toi!

De ton sommeil de plomb
De ton sommeil profond
Lève-toi!
De ton sommeil profond
Eveille-toi!

Le soleil qui pare de ses rayons
Le front lisse de l’aurore
Fait monter aux joues du matin
La rougeur cramoisie de l’amour.
Par-delà les montagnes, par-delà les plaines,
Des caravanes se sont mises en route,
Des yeux rendus brillants par ce qu’ils voient
Contemplent la merveille du monde, lève-toi!

De ton sommeil de plomb
De ton sommeil profond
Lève-toi!
De ton sommeil profond
Eveille-toi !

(Mohammad Iqbal)

 

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Ressouvenir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Ressouvenir

J’AI bu le vin brûlant de tes lèvres, Atthis…
Ah ! l’enveloppement tenace des étreintes,
Et la complicité des lumières éteintes,
Les rougeurs de la rose et les langueurs du lys !

Dans ta robe ondoyante, imprécise et fluide,
Tu me parais une algue, et ton parfum amer
Evoque savamment ta nudité d’hier
Où ruisselaient tes blonds cheveux de Néréide.

(Renée Vivien)

Illustration: Max Klinger

 

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Comme l’ange (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



 

Comme l’ange qui agitait l’eau,
Tu m’as regardée au visage,
Tu m’as rendu force et liberté,
En souvenir de la merveille tu as pris ma bague.
Ma rougeur brûlante, maladive,
Un chagrin pieux l’a effacée;
Je me rappellerai ce mois de tempêtes,
Ce février du nord, tout bouleversé.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Adolphe La Lyre

 

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Une boucle de soie (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



La prairie éveillée attirait par ses charmes
Foulant les violettes elle venait à la grille
parée pour le fiancé comme chaque année
Elle pensait à lui jusqu’après les vendanges.

Seule une alouette en chantant dans le bois
Remarquait sa rougeur et aussi son effroi
Et le cortège long des jours d’été la vit
Songeuse en se fanant derrière ses ifs.

De ses sveltes beautés seule peut témoigner
Auprès de ses colliers une boucle de soie
Qu’une amie fidèle garda dans un tiroir…
Et aussi l’herbe simple avec un bloc marbré.

(Stefan George)


Illustration: Claude Monet

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Les Revenants (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Les Revenants

DANS les miroirs j’ai vu des reflets de visages,
Un vent mystérieux a gonflé les rideaux,
Le soir frémit encor de tragiques passages,
L’horreur de l’Invisible a pénétré mes os.

La mémoire de l’ombre évoque une Etranglée
Aux yeux d’effroi, qui porte, ainsi que des rougeurs
De baisers trop fervents sur la chair martelée,
L’empreinte sans pitié de cruels doigts vengeurs.

Une Noyée attend le reflux, et j’écoute,
Tandis que se prolonge un patient travail
De remous, l’eau de mer qui pleure goutte à goutte
De ses cheveux mêlés d’écume et de corail.

Oh ! la beauté funèbre aux visages des Mortes !
Elles glissent, ainsi qu’un rayon nébuleux,
Sous leurs voiles légers, laissant au seuil des portes
D’irréelles lueurs de clairs de lune bleus.

L’heure des Revenants fait tressaillir les cloches.
Ils songent tristement, leurs sanglots ont le bruit
D’une vague tardive expirant sur les roches.
Ils souffrent de passer inconnus dans la nuit.

Leurs impuissantes mains ont de vagues caresses.
A travers l’Autrefois, ils reviennent, liés
Par le ressouvenir des anciennes tendresses,
Et frôlent les vivants qui les ont oubliés.

(Renée Vivien)

Illustration: Kawanabé Kyosai

 

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Il y aura toujours dans mon œil (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



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Arbres, travailleurs tenaces ajourant peu à peu la terre
Ainsi le cœur endurant peut-être, purifie

Je garderai dans mon regard
comme une rougeur plutôt de couchant que d’aube
qui est appel non pas au jour mais à la nuit
flamme qui se voudrait cachée par la nuit
J’aurai cette marque sur moi de la nostalgie de la nuit
quand même la traverserais-je avec une serpe de lait

Il y aura toujours dans mon œil cependant une invisible rose de regret
comme quand au-dessus d’un lac a passé l’ombre d’un oiseau

Et des nuages très haut dans l’air bleu
qui sont des boucles de glace la buée de la voix
que l’on écoute à jamais tue

(Philippe Jaccottet)

 

 

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A une robe rose (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



A une robe rose

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !

Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un coeur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.

De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.

D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?

Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?

Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.

Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.

Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.

(Théophile Gautier)

Illustration: Auguste Toulmouche

 

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Je vais et viens (Kino Tomonori)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016




Comme je ne veux pas laisser paraître

les rougeurs de ma passion ,

en bas du marais caché ,

je vais et viens,

alors que je meure d’amour.

(Kino Tomonori)

Illustration

 

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Terre rouge (Daniel Varoujan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



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Terre rouge

J’ai là, sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d’Arménie.
L’ami qui m’en a fait cadeau croyait
m’offrir son coeur — bien loin de se douter
qu’il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n’en puis détacher mes yeux
— comme s’ils y prenaient racine…
Terre rouge. Je m’interroge :
d’où tient-elle cette rougeur ?
Mais s’abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang, me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
Peut-être y frémissent encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d’ardente poussière
les armées d’Arménie…
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l’aurore
à laquelle je dois ce regard sombre,
ce coeur que hante un feu surgi
des sources mêmes de l’Euphrate,
ce coeur couvrant l’amour non moins que la révolte…
Y scintillent peut-être
quelques paillettes, quelques bribes
de notre livre d’or : un atome de Haïk,
une particule d’Aram, un éclat chu
de l’oeil cosmique d’Anania…
Oui, devant moi, sur ma table, emplissant
à peine une coupe, cette poignée de terre
pourpre résume tout un peuple,
un pays mémorable aujourd’hui revêtu
d’une éclatante chrysalide ;
oui, par le truchement de ce corps minuscule
un pays tout entier me parle, m’interpelle
— comme les astres qui fécondent
les bleus labours de l’infini,
sa poussière de feu illumine mon âme …
Tressaille alors la lyre
de mon impatience et mon désert
soudain verdoie comme sous les caresses
d’un souffle printanier ;
des visages meurtris traversent ma mémoire,
des bouches vengeresses – mon coeur est la proie
de griffes inconnues …
Cette poignée de terre, cet amas de poudre,
je le conserve avec bien plus d’amour
que n’en aurait après la mort mon âme
en recueillant les cendres de mon corps
dispersées par le vent …
Terre rouge, exilée – héritage, relique,
offrande, talisman – alors
même que sous ma plume un poème
est en train de naître, souvent je pleure
à la vue de cet infime lambeau
d’Arménie, je rugis — me rivant l’âme
dans le creux de la main,
j’arme mon poing !

(Daniel Varoujan)

 Illustration

 

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L’Idée Fixe (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Pierre Auguste Renoir Suzanne Valadon natte97

L’Idée Fixe

Je t’apporte une petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer
et ce peigne
Mais tes cheveux sont mieux nattés que les nuages avec le vent
avec les rougeurs célestes et tels avec des frémissements de vie
et de sanglots que se tordant parfois entre mes mains
ils meurent avec les flots et les récifs du rivage
en telle abondance qu’il faudra longtemps pour désespérer des parfums
et de leur fuite avec le soir où ce peigne marque sans bouger
les étoiles ensevelies dans leur rapide et soyeux cours traversé
par mes doigts sollicitant encore à leur racine la caresse humide
d’une mer plus dangereuse que celle où cette algue fut recueillie
avec la mousse dispersée tempête.
Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres.
Elles bleuissent comme le vin répandu sur la nappe.
Un instant passe avec la profondeur d’une mine.
L’anthracite se plaint sourdement et tombe en flocons sur la ville
Qu’il fait froid dans l’impasse où je t’ai connue
Un numéro oublié sur une maison en ruines
Le numéro 4 je crois
Je te retrouverai avant quelques jours près de ce pot de reine-marguerite
Les mines ronflent sourdement
Les toits sont couverts d’anthracite
Ce peigne dans tes cheveux semblable à la fin du monde
La fumée le vieil oiseau et le geai
Là sont finies les roses et les émeraudes
Les pierres précieuses et les fleurs
La terre s’effrite et s’étoile avec le bruit d’un fer à repasser sur la nacre
Mais tes cheveux si bien nattés ont la forme d’une main.

(Robert Desnos)

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

 

 

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