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Posts Tagged ‘rouiller’

Le lierre noir et la rose églantine (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



 

rose églantine  i

Le lierre noir et la rose églantine
Défendent les portes du jardin
Où le soir d’un printemps qui s’obstine
Est tout d’azur et d’incarnadin.

Dehors s’éplorent les folles fontaines
Qui virent mi-mort d’amour l’Enfant
Venu par les routes incertaines
Vers ce seuil du rêve triomphant,

N’ayant connu ni la magique épée
Que ne rouille pas le sang des fleurs,
Ni la parole de l’épopée
Par laquelle s’enfuit l’heure en pleurs,

Il s’agenouilla, très las, dans la poudre
De la route onverte à tous les pas
Où les chars font le bruit de la foudre
Et leurs sonnailles celui d’un glas.

Quelles flûtes se dirent, dans les roses,
La victoire du soir sur celui
Qui crut servir l’esprit et les choses
Du lendemain et de l’aujourd’hui ?

O pâle Enfant désireux des corolles,
Close longtemps est la porte d’or
Que seules descellent les paroles
De ceux qui veulent le vrai trésor.

Laisse-toi donc dormir hors de l’enceinte
Où chante le dernier rossignol ;
Sache croire que l’attente est sainte,
Et donne à tes seuls rêves leur vol.

Et peut-être enfin les portes de flamme
S’ouvriront-elles à ton appel
Sous l’aube où les fleurs, ayant une âme,
En feront sauter le triple scel.

(Stuart Merrill)

Illustration

 

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Le visage – lumière du corps (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018


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Une femme enceinte s’assied
et cause avec son corps
***

La langue se rouille d’un excès de parole
L’oeil se rouille par manque de rêve
***

Les rides –
fissures au visage
fossés dans le coeur
***

Corps – une moitié est seuil
l’autre est inclination
***

Le visage – lumière du corps
Quand le visage s’assombrit
le corps tout entier s’éteint
***

Le ciel te lit
Mais seulement après que la terre t’a écrit
***

Parfois
la ligne droite est un chemin
menant nulle part
***

L’homme est un livre
que la vie lit sans cesse
la mort le lit en un seul instant
une seule fois
***

L’idée du réel – feu
mais de paille
qui aussitôt s’éteint
***

Les plus belles lampes parfois
sont celles que nous allumons
non pour voir la lumière
mais pour voir l’ombre
***

La couleur est une couverture
L’oeil ne peut la voir que s’il s’en recouvre
***

La mélodie est pour l’oreille
La couleur est pour l’oeil
le mot est pour le corps tout entier
***

Les couleurs semblent tantôt nues
tantôt habillées
sauf le noir –
il a toujours l’air d’être nu-habillé
***

La raison est vestige
La folie est voyage
***

(Adonis)

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AUTRE CHÂTEAU (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




AUTRE CHÂTEAU

Je ne suis pas, je ne suis pas de braise ardente,
je suis fait de linge et de rhumatismes,
de papiers déchirés, de rendez-vous manqués,
de modestes signes rupestres
sur ce qui fut pierres d’orgueil.

Que reste-t-il du château de la pluie,
de cette adolescence avec ses tristes rêves,
de cette intention entrouverte
d’être aile déployée, d’être un aigle en plein ciel,
une flamme héraldique?

Je ne suis pas, je ne suis pas l’éclair de feu
bleu, planté comme un javelot,
dans le coeur de quiconque échappe à l’amertume.

La vie n’est pas la pointe d’un couteau
ni le heurt d’une étoile,
elle est vieillissement dans une garde-robe,
soulier mille fois répété,
médaille qui se rouille
dans les ténèbres d’un écrin.

Je ne demande ni rose nouvelle ni douleurs,
ni indifférence, elle me consume,
chaque signe a été écrit,
le sel avec le vent effacent l’écriture
et l’âme est maintenant un tambour muet
au bord d’un fleuve, de ce fleuve
qui continuera de couler où il coulait.

(Pablo Neruda)

Illustration: Vincent Van Gogh

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RETOUR (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2018



 

RETOUR

Ville : le creuset de notre enfouissement.
Montagne profonde extraite
de la montagne de boue
et de mémoire.

Chalands. Ciel de plomb.
Le monde se rouille.
Et le fleuve est aussi muet que la langue.

Nous avons halé notre misère jusqu’aux combles
et déménagé avec le vent. C’est là
que nous en sommes : une façon de nous voir
dans l’oeil même
du possible.

Pour vivre dans cet air,
nous devons apprendre à ne pas respirer.

(Paul Auster)

Illustration

 

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L’étang (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration: Catherine Mignot Masi
    
L’étang

Auprès de l’étang solitaire
Dont l’eau se plombe et se corrompt,
J’aime effeuiller la douce-amère
Que font cuire dans leur chaudron
Les sorciers, et parmi les sphaignes,
Sous les rachitiques bouleaux,
Rêver dans l’ombre qui s’imprègne
Lividement à leurs rameaux.

J’aime la nuit insomnieuse
Où tant de mystère est tapi;
Au pied des saules accroupis
Cueillir, s’enténébrant, l’yeuse;
Ecouter la vase qui grouille
Amoureusement et, sinistre
Instrument que la brume rouille,
Le vent résonner comme un sistre.

J’aime la voltigeuse flamme,
Hantant les marais violets,
Mangés d’ulcères et se squames,
D’un maléfique feu-follet;
Et noire en des vols de macreuses,
Debout aux rives vénéneuses,
Contempler, promenant sa faux,
La Mort qui fauche les roseaux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les Mangeurs d’herbe (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Les Mangeurs d’herbe

C’EST l’heure où l’âme famélique des repus
Agonise, parmi les festins corrompus.

Et les Mangeurs d’herbe ont aiguisé leurs dents vertes
Sur les prés d’octobre aux corolles larges ouvertes,

Les prés d’un ton de bois où se rouillent les clous…
Ils boivent la rosée avec de longs glous-glous.

L’été brun s’abandonne en des langueurs jalouses,
Et les Mangeurs d’herbe ont défleuri les pelouses.

Ils mastiquent le trèfle à la saveur du miel
Et les bleuets des champs plus profonds que le ciel.

Innocents, et pareils à la brebis naïve,
Ils ruminent, en des sifflements de salive.

Indifférents au vol serré des hannetons,
Nul ne les vit jamais lever leurs yeux gloutons.

Et, plus dominateur qu’un fracas de victoires,
S’élève grassement le bruit de leurs mâchoires.

(Renée Vivien)

Illustration: Ernest Biéler

 

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Les haies coupées à ras (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



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Les haies coupées à ras
dévoilaient la solitude
Les dieux et les gouttières
continuaient de rouiller
La guerre terminée
les lointains écoutaient encore

(Georges Bonnet)

 

 

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L’immobilité me convient (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



Se ramasse au fond du Temps
Le secret des longues routes

Visages emplis de vent
Marais ouverts au soleil

Promenade d’un enfant
J’entends le bruit sec des feuilles

Sillons abandonnés où rouillent des charrues

Sombres forêts perdues où passait une fille
Et ses cheveux d’ardoise et ses mains de genêts

Le soir est écarté aux limites du ciel

L’immobilité me convient

Alors les mots
comme des bulles
montent.

(Georges Jean)

Illustration: ArbreaPhotos

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LE MYRTE (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2016



LE MYRTE

Parfois je te savais la terre, je buvais
Sur tes lèvres l’angoisse des fontaines
Quand elle sourd des pierres chaudes, et l’été
Dominait haut la pierre heureuse et le buveur.

Parfois je te disais de myrte et nous brûlions
L’arbre de tous tes gestes tout un jour.
C’étaient de grands feux brefs de lumière vestale,
Ainsi je t’inventais parmi tes cheveux clairs.

Tout un grand été nul avait séché nos rêves,
Rouillé nos voix, accru nos corps, défait nos fers.
Parfois le lit tournait comme une barque libre
Qui gagne lentement le plus haut de la mer.

(Yves Bonnefoy)

 

 

 

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Pluie (Solange Innocent)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2016



Pluie

Pluie me mouille,
Feuille rouille,
Vent me fouette,
Vent tempête,
Feuilles folles
Je m’envole!

(Solange Innocent)

 

 

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