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Poésie

Posts Tagged ‘rouler’

Parle, parle (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019


 


 

Jeanie Tomanek againtowardmorning

Parle, parle dans la lande de la nuit.
Des métros complets de cafard roulent dans ton crâne.
Tu plonges la main dans les corps comme dans un bocal
pour remonter l’étincelle à hauteur de tes prunelles.
Mais les âmes glissent comme des poissons dans ta main.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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On le sait (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019



Illustration: Vladimir Kush
    
On le sait

On le sait par cette écume
où frissonnent nos poitrines
par ce phare qui s’allume
cette voile qui s’incline

le vent glisse sur la toile
bruit de sable qui s’écoule
on le sait qu’on va chez toi
l’acharnée où mon sang roule

sur la côte tremble un feu
on le sait qu’on nous attend
vague à vague creux par creux
que s’affale cet élan.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Ligne 9 (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Ligne 9

Ligne de vie
Je revisite l’Histoire entre Nation
Et République

Candide à Voltaire
Terrorisée à Robespierre
Je me réjouis à Bonne Nouvelle

Galeries Lafayette
Me voilà

Je me désaltère Rue de la Pompe
Je m’offre une fleur
À Jasmin
Des choux à Maraîchers

Un saut chez les Yankees
Par Franklin Roosevelt
Un bouillon de cultures à Strasbourg— Saint-Denis

Dents serrées je reste La Muette
Mais je me ferais bien une danse
Avec Marcel Sembat

Attention danger
Le canon rue des Boulets
La mort à Charonne
En 1962

Bienheureusement
Au long du parcours
Ils se relaient
Les quatre saints
Ambroise
Augustin
Philippe qui Roule
Et le Cloud du Pont

Pour nous garder
Sur la voie

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Dimanches (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



Dimanches

Je m’ennuie, natal! je m’ennuie,
Sans cause bien appréciable,
Que bloqué par les boues, les dimanches, les pluies,
En d’humides tabacs ne valant pas le diable.

Hé là-bas, le prêtre sans messes!…
Ohé, mes petits sens hybrides!…
Et je bats mon rappel! et j’ulule en détresse,
Devant ce Moi, tonneau d’Ixion des Danaïdes.

Oh! m’en aller, me croyant libre,
Désattelé des bibliothèques,
Avec tous ces passants cuvant en équilibre
Leurs cognacs d’Absolu, leurs pâtés d’Intrinsèque!…

Messieurs, que roulerais tranquille,
Si j’avais au moins ma formule,
Ma formule en pilules dorées, par ces villes
Que vont pavant mes jobardises d’incrédule!…

(Comment lui dire : « Je vous aime? »
Je me connais si peu moi-même.)
Ah! quel sort! Ah! pour sûr, la tâche qui m’incombe
M’aura sensiblement rapproché de la tombe.

(Jules Laforgue)

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Roulez tambours (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019


 


Audrey Kawasaki i5

 

Roulez tambours, et grondez voix du Saint-Esprit : la jeune fille
nue a plus d’un tour dans son sac.
Peur à la peur, l’odeur s’est tue et le fonctionnaire en retraite se porte bien.
Dans son arbre généalogique il dépiste le gène chromosome et
sait extraire les coucous de sa famille.
Sûr de lui, il remonte la lourde pluie pour aller briser à Soissons ce qui reste du vase.
« Insistez dans l’inspiration  » — commandait le gymnasiarque –
 » et expirez à volonté.  »
Je crains le crocodile et la plume trempée dans le lacrymatoire.
Dans le non-sens que de richesse de savoir !

(Georges Libbrecht)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher, dans l’abîme (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu  (38)

Enfin je t’ai roulé, opiniâtre rocher,
dans l’abîme.
— Temps,
(perdu ?), pierre, de mon oeuvre pure,
pour vaincre ta laideur grossière ! —

Maintenant, debout, haletant encore,
sur la plaine à nouveau. Là-haut, le ciel
du couchant pacifique, comme une eau de rose,
d’où j’ai rejailli, pur,
le front perlé d’étoiles pâles.

Et entre la poitrine et les bras douloureux,
la sensation divine d’une rose géante,
qui fut — mais quand ? — de pierre.

***

Ya te rodé, canto obstinado,
en el abismo.
— iTiempo
¿perdido?, piedra, de mi obra pura,
para vencer tu fealdad grosera!—

Ahora, de pie, jadeante aún,
otra vez en lo todo llano. Arriba, el cielo
del ocaso pacífico, como un agua rosada,
de donde me he salido, puro,
sudando estrellas pálidas.

Yentre el pecho y los brazos doloridos,
la sensación divina de una jigante rosa,
que fue — ¿cuándo? — de piedra.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Le palais (Wang Po)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Le palais n’est plus visité que le matin par les vapeurs du rivage
et le soir par la pluie qui ronge les stores en lambeaux.

Des nuages paresseux se promènent lentement
en se mirant dans les eaux limpides.
Combien d’automnes ont déjà passé sur ce palais ?…
Le jeune roi qui l’habitait a contemplé comme nous ce grand fleuve
qui roule toujours ses flots muets et profonds.

(Wang Po)

 

 

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La vague roule et s’effondre (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

La vague roule et s’effondre,
Se reploie et remonte et s’éploie:
– Son culte étreint le monde
D’un océan de joies.

La vague se dresse et s’écroule,
S’assemble et brandit sa clarté:
– Elle donne une âme à la foule
Et la pare de sa beauté.

La vague surgit et nous porte,
Nous qui chantions sous nos treilles,
Assis devant notre porte
A compter nos jours pareils;

Nous qui chantions en poètes,
L’un pour l’autre, nos mêmes soucis,
Savons-nous si nos âmes sont prêtes
Pour les lendemains que voici?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: William Bouguereau

 

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RIVIÈRE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2019




    
RIVIÈRE

Ma main d’eau ouverte
— mais qu’aurait-elle aimé
retenir entre ses doigts —
ne se soucie pas de
celles à l’insatiable avoir
qui blessent écrasent tuent
ma main aime l’oubli
et pauvreté l’a enrichie,

main devenue rivière
reverdit le champ
où le chant d’oiseau
fait l’eau des matins
quand le blé viril vole
et le féminin en lui
sourit du même désir,

main d’eau, elle s’est ouverte
malgré tant de saisons
passées à s’ignorer,
sur l’opacité de l’ombre
et la nuit des mots
qui les roule et luit

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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AUTOMNE (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2019



Illustration: Maurice de Vlaminck
    
AUTOMNE

Un reflet du couchant grossit en colline,
Œil où le regard est sang.

A l’automne,
La pomme du monde est humide et ronde,
Frétille entre les dents,
Douce peau travaillée de soleil, de pluie, de vent
Puis humide de paix.

Mobiles dans l’ordre de la brume,
Les arbres près du village, roulant comme des bohémiens,
Content de longues histoires de voyage
Où nul ne comprend rien et que l’on craint.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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