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IL FERA LONGTEMPS CLAIR CE SOIR (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
IL FERA LONGTEMPS CLAIR CE SOIR

Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent.
La rumeur du jour vif se disperse et s’enfuit,
Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit,
Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent…

Les marronniers, sur l’air plein d’or et de lourdeur,
Répandent leurs parfums et semblent les étendre ;
On n’ose pas marcher ni remuer l’air tendre
De peur de déranger le sommeil des odeurs.

De lointains roulements arrivent de la ville…
La poussière qu’un peu de brise soulevait,
Quittant l’arbre mouvant et las qu’elle revêt,
Redescend doucement sur les chemins tranquilles ;

Nous avons tous les jours l’habitude de voir
Cette route si simple et si souvent suivie,
Et pourtant quelque chose est changé dans la vie ;
Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir…

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Le Coeur innombrable
Editions: Grasset

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DEVANT SOI (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




    
DEVANT SOI

Les dernières étincelles au bout des barres
Étoiles
Les trajectoires se dispersent dans les rideaux du ciel
C’est l’ombre qui traîne
Le sous-bois est plus sombre
Il ne fait pas encore nuit
sur la route
Les arbres se sont endormis
Entre les murs quelqu’un appelle
et passe
Un éclair d’hirondelle
Les roues tournent en remontant
On n’écouterait pas ce chant
Dans l’air où les oiseaux se cachent
Des noms dans le temps qui s’effacent
Et seul celui qui reste
Entre les bras levés qui jamais ne se lassent
En attendant que quelque chose vienne
On ne sait quoi

(Pierre Reverdy)

 

Recueil: Main d’oeuvre
Editions: Mercure de France

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SUR LA ROUTE DE SAN ROMANO (André Breton)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

Illustration: Paolo Uccello
    
SUR LA ROUTE DE SAN ROMANO

La poésie se fait dans un lit comme l’amour
Ses draps défaits sont l’aurore des choses
La poésie se fait dans les bois

Elle a l’espace qu’il lui faut
Pas celui-ci mais l’autre que conditionnent

L’oeil du milan
La rosée sur une prèle
Le souvenir d’une bouteille de Traminer
embuée sur un plateau d’argent
Une haute verge de tourmaline sur la mer
Et la route de l’aventure mentale
Qui monte à pic
Une halte elle s’embroussaille aussitôt

Cela ne se crie pas sur les toits
Il est inconvenant de laisser la porte ouverte
Ou d’appeler des témoins

Les bancs de poissons les haies de mésanges
Les rails à l’entrée d’une grande gare
Les reflets des deux rives
Les sillons dans le pain
Les bulles du ruisseau
Les jours du calendrier
Le millepertuis

L’acte d’amour et l’acte de poésie
Sont incompatibles
Avec la lecture du journal à haute voix

(André Breton)

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L’auto (Malcolm de Chazal)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Illustration
    
L’auto
N’atteindra
Jamais
La vitesse
De la route.

(Malcolm de Chazal)

 

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Devant la lumière (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Devant la lumière fais de ta vie
Une terrasse lucide exacte et blanche,
Doucement coupée
Par le fleuve des nuits.

Le pas à l’écart sur une route perdue
Vis, sans être lui, ton destin.
Contemple, inflexible
Ta propre absence.

***

Faz da tua vida em frente à luz
Um lúcido terraço exacto e branco,
Docemente cortado
Pelo rio das noites.

Alheio o passo em tão perdida estrada
Vive, sem seres ele, o teu destino.
Inflexível assiste
À tua própria ausência.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Edward Hopper

 

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Ici (Mackenzy Orcel)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2017



Ici
toutes les fenêtres
en cours de route
sont des yeux de femme

nouvelle du non-retour

(Mackenzy Orcel)

 

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Et quand je pense qu’après ma mort (Charles Bukowski)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017



peintures-arbre-dans-le-vent-dans-le-morbihan-g-800x600

et quand je pense qu’après ma mort,
il y aura encore des jours pour les autres, d’autres jours, d’autres nuits,
des chiens en maraude, des arbres tremblant dans le vent.

Je ne laisserai pas grand-chose.
Quelque chose à lire, peut-être.

Un oignon sauvage
sur la route écoeurée.

Paris dans le noir.

***

and to think, after I’m gone,
there will be more days for others, other days, other nights,
dogs walking, trees shaking in the wind.

I won’t be leaving much.
something to read, maybe.

a wild onion
in the gutted road.

Paris in the dark.

(Charles Bukowski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 Illustration

 

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Encore une commotion ! (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




    
Encore une commotion !
J’avance avec la vie.
Les portes tremblent comme font
les feuilles sous la pluie.

Que de secousses dans le coeur
le sang et la pensée!
Encore un pas vers la splendeur
des formes dépassées!

Terre profonde comme l’eau,
de lumières mêlée
ce qui est là vient de si haut,
que d’étoiles tombées!

Tout ce que vous m’avez appris
s’est chargé de souffrance,
tout ce que vous m’avez repris
s’est comblé de silence.

Le vin de mon âme, le vin
dans mes membres bouillonne.
Ô jours! serait-ce donc en vain
que vos routes résonnent?

(Jean Tardieu)

 

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PENSEFABLE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



PENSEFABLE

Le ciel est un songe innocent
Qui meurt des clartés qu’il s’ajoute
Quand le soleil jaunit la route
Dont il est le dernier passant

A force de rire avec elle
L’espoir nous a pris la raison
Dans la nuit qui sort des maisons
Nos étoiles battent des ailes

La terre s’ouvre et sent le pain
Quand la mort des feuilles l’embaume
Le vent ne sait où vont les hommes
Et conte aux ailes de moulins

Que sous des iris d’azur sombre
La mort a caché les yeux noirs
Où chaque larme est le miroir
D’un monde trop lourd pour des ombres

(Joë Bousquet)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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LA VEILLÉE FUNÈBRE (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



 

LA VEILLÉE FUNÈBRE

On ne fait pas de bruit
dans la chambre des morts :
on lève la bougie
et les voit s’éloigner.

J’élève un peu la voix
sur le seuil de la porte
et je dis quelques mots
Pour éclairer leur route.

Mais ceux qui ont prié
même de sous la neige,
l’oiseau du petit jour
vient leur voix relayer.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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