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Poésie

Posts Tagged ‘route’

Naissance (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Lyne Le Grand
    
Naissance

J’adore souveraine ce grand nom qui t’éclaire et tremble
Cette ombre
Que dissipe un nuage oublié
Ces grands courants
Adorables où nagent des eaux d’or

Ta nuit te garde claire
Approfondit ta route
J’accueille l’évasion de ta voix de velours
De ta voix émue d’un avenir d’oiseaux

La nuit te garde claire
J’ai souci d’un visage, dans la douceur des pluies
De mains versant une eau aux vasques emplies de pleurs
La nuit te nomme d’abord
Regard, puis rocs, pensée

Dans la douleur première de l’enfant premier-né
Celui qui le voit chante
Celui qui chante est né.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre
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L’aimée (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Salvador Dali
    
L’aimée

L’aimée est riveraine
Son teint doux au toucher
Sa voix est incertaine à ceux qui ont osé
Les intimes nuances de ses bras d’évadée

Elle respire avec l’immense désespoir
D’un vaisseau chaviré
Dans la boue de l’intense

Son amande est d’abord un silence inutile
Comme une harpe sèche dont on brise les mains
Son visage un instant est l’immense harmonie
D’un silence guidé par le sable des routes

Regarde sa patrie de troupeaux mutilés
Regarde avec souci son image défunte

Car elle est le très grand pays où le temps vit.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Apreté nue des routes (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




    
Apreté nue des routes
Où le crime se promène
Imprégné d’odeurs
De sang, de lait
Dont je sais la rumeur

Moi je marche, soucieuse
Des peuples et des danses
Serai-je la ferveur
Insensée de leurs rythmes

Mais j’ignore si c’est l’aube ou l’or qui saigne
Sur le pré incertain des sables

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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L’AMANT TOUJOURS PROCHE (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



    

L’AMANT TOUJOURS PROCHE

Je pense à toi quand le rayon solaire
Brûle les flots ;
Je pense à toi quand la lueur lunaire
Se peint sur l’eau.

Tu m’apparais quand monte de la route
Un poudroiement
Ou bien la nuit, quand le passant redoute
Le pont tremblant.

J’entends ta voix quand la vague s’éveille,
Meurt et renaît.
Je vais souvent au bois prêter l’oreille,
Quand tout se tait.

Si loin sois-tu, l’espace ne sépare
Jamais nos pas !
Le soir descend, l’étoile se prépare.
Que n’es-tu là !

***

NAHE DES GELIEBTEN

Ich denke dein, wenn mir der Sonne Schimmer
Vom Meere strahlt;
Ich denke dein, wenn sich des Mondes Flimmer
In Quellen malt.

Ich sehe dich, wenn auf dem fernen Wege
Der Staub sich hebt;
In tiefer Nacht, wenn auf dem schmalen Stege
Der Wandrer bebt.

Ich bore dich, wenn dort mit dumpfem Rauschen
Die Welle steigt.
Im stillen Haine geh ich oft zu lauschen,
Wenn alles schweigt.

Ich bin bei dir, du seist auch noch so ferne,
Du bist mir nah !
Die Sonne sinkt, bald leuchten mir die Sterne.
O wärst du da !

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

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LA VEILLÉE FUNÈBRE (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



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LA VEILLÉE FUNÈBRE

On ne fait pas de bruit
dans la chambre des morts :
on lève la bougie
et les voit s’éloigner.

J’élève un peu la voix
sur le seuil de la porte
et je dis quelques mots
pour éclairer leur route.

Mais ceux qui ont prié
même de sous la neige,
l’oiseau du petit jour
vient leur voix relayer.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Edvard Munch

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LE MAUVAIS CHEMIN (Le Livre de Jade)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018



coeur en prison υ

LE MAUVAIS CHEMIN

J’ai vu un chemin doucement obscurci par les grands arbres,
un chemin bordé de buissons en fleurs.
Mes yeux ont pénétré sous l’ombre verte
et se sont promenés longuement dans le chemin.

Mais à quoi bon prendre cette route ?
Elle ne conduit pas à la demeure de celle que j’aime.

Quand ma bien-aimée est venue au monde,
on a enfermé ses petits pieds dans des boîtes de fer ;
et ma bien-aimée ne se promène jamais dans les chemins.

Quand elle est venue au monde,
on a enfermé son coeur dans une boîte de fer ;
et celle que j’aime ne m’aimera jamais.

(Le Livre de Jade)

 

 

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BRAILLE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



 

BRAILLE

Lisibilité de la terre. Transparence de
l’os sous la peau,
et l’écart des nuages de plume-égratignure
dans l’air victime — ne plus
être lu.

«Quand on s’arrêtera sur cette route,
la route, dès cet instant,
disparaîtra.»

Et tu savais, alors,
que nous étions deux : tu savais
qu’à partir de toute cette chair de l’air, j’
avais trouvé le lieu
où poussait un
mot sauvage.

Neuf mois plus sombres, ma bouche creuse
les clairs chemins
qui croisent les tiens. Neuf vies
plus profondes, le cri est toujours
le même.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Mal à l’homme (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



Gurbuz Dogan Eksioglu Turk 

Mal à l’homme

J’ai mal à la vie j’ai mal à l’homme
j’ai mal aux années que je n’ai pas vécues
j’ai mal à ma flamme moribonde
et aux hirondelles qui volent trop bas

J’ai mal à mes pavés qui ont des arêtes
aux vagabondages sans auberge
aux nuits qui n’éclairent pas leurs portes
et aux routes que barrent des écriteaux

J’ai mal aux bouches où s’égare le rire
aux chants qui cherchent des clairières
j’ai mal à la lourdeur de leurs pas
et à nos différences

J’ai mal à leurs ventres qui sont vides
j’ai mal aux creux qu’ils ont dans la joue
j’ai mal à notre liberté qui s’effile
à la haine qui va consumer
à l’amour aux rives du désert

J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas
j’ai mal aux frontières en uniforme
au répit qu’ils ne savent pas prendre
à la joie esseulée et folle sur terre
qui n’arrive pas à pavoiser leurs dents

J’ai mal au monde entier
qui oublie l’exemple des moissons
et la liesse des guirlandes
j’ai mal à toutes les vies
parce qu’elles sont coiffées de mort

J’ai mal à l’avenir coincé dans les cavernes
à mon âme qui n’accepte pas
à mon corps qui n’a pas tout son soûl
et à ceux qui vont venir
et à ceux qui vont partir

car ils laissent les champs aux broussailles
et les oiseaux avoir peur du ciel

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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APPAREIL DE LA TERRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration
    
APPAREIL DE LA TERRE

Les fondations
pleines de bêtes
de la maison du bord de route
font résister ses murs loyaux
poulaillers, clapiers
ruches pleines ou veuves
s’étendent au fond des horizons
amis, ennemis et des indifférents
égarés, réunis par leurs pas
retrouvent détours feuillus
raccourcis de prudence
carrefours à l’herbe haute
et parfois cherchent au grand soleil
la bravoure.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE ROULIER (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




Illustration    
    
LE ROULIER

La route va, sans espoir,
Droit entre bise et galerne :
Coteaux plus bas que les soirs
De grands vents et de lanternes.

Le roulier suit cette route
Sous les cabans étoilés,
Épie l’ombre, ruse, écoute
L’acide vent vert des blés.

Bise en proue, galerne en poupe,
Il fonce au coeur des forêts,
Mais là-bas l’attend la soupe
Et le pichet de vin frais.

Délivré des peurs mortelles,
Il claque d’un fouet vainqueur,
Et le vent ferme ses ailes
Puis se couche dans son coeur.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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