Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘routinière’

HOMMAGES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017



HOMMAGES

Marchais le long du mur antipoétique.
Die Mauer. Ne pas regarder par-dessus.
Il cherche à encercler nos vies adultes
dans la ville routinière, le paysage routinier.

Éluard effleura un bouton
le mur s’ouvrit
et le jardin apparut.

Jadis, je traversais la forêt avec un seau de lait.
De tous côtés, des troncs violets
où une vieille farce était restée suspendue
aussi belle qu’une barque votive.
L’été nous faisait la lecture des aventures de
Mr. Pickwick.
La belle vie, une calèche paisible
qu’occupaient des gentlemen offusqués.

Fermez les yeux, changez de chevaux.

Les pensées les plus puériles nous viennent dans la détresse.
Nous étions au chevet du malade et priions
pour un instant de répit dans cette terreur, une brèche
où les Pickwick pourraient faire leur entrée.

Fermez les yeux, changez de chevaux.

Il est facile d’aimer les fragments
qui longtemps ont voyagé.
Les inscriptions sur les cloches des églises
les dictons qui zigzaguent sur les saints
et ces graines plusieurs fois millénaires.

Archiloque ! – Nulle réponse.

Les oiseaux caressaient le pelage de la mer.
Nous nous enfermions avec Simenon
pour renifler l’odeur qu’a l’existence humaine
là où débouchent les feuilletons.

Reniflez l’odeur de la vérité.

La fenêtre ouverte s’est arrêtée ici
face aux cimes des arbres
et aux lettres d’adieu du ciel crépusculaire.

Shiki, Björling et Ungaretti
c’est écrit à la craie de la vie sur le tableau noir de la mort.
Ce poème entièrement possible.

Je regardai en l’air lorsque les branches s’agitèrent.
Des mouettes blanches mangeaient des cerises noires.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Prenons la poule en considération (Ken Smith)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



Dernièrement, j’ai pensé aux poules
qui gloussent leur vide maussade dans leurs longues batteries.
où la lumière raccourcit les jours, où rien ne change,
c’est l’enfer sur Terre et chacun ici est un peu dingue.

Même dans la basse-cour elles geignent, toujours au bord des nerfs,
méfiantes, pondant le grand œuf, le regard fixe, surveillant,
inquiètes du coq ou picorant leur dîner
ou endormies, rêvant à des vers, à des limaces, à de gras asticots.

Et puis elles meurent, chacune d’entre elles sans nom,
sans chiffres, sans biographie, sans droit de vote, sans droit de pension,
la gorge tranchée de manière routinière, déplumée, hachée,
mijotée en casserole avec des oignons et des poivrons, puis dévorée.

Chuck. Chuck. Les Hongrois, qui les ont eues
des Bulgares, disent tyuk . Tyuk tyuk tyuk.
Camarades, ceci n’est vraiment pas l’intérêt des poules
Nos amies emplumées font manifestement face à un désavantage.

Et personne ne proteste, tout le monde se fiche complètement
de leurs aspirations, de leurs rêves, de leur brève vie frustrée
à gratter et à se plaindre, élément de la chaîne alimentaire.

Sauvez la poule. Sauvez la poule.

(Ken Smith)

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :