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365 HEURES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



 

365 HEURES

Jours blancs jours de peine
jours de laine moutons
que l’on pousse et que l’on tond.
troupeaux de jours sans haleine

Jours longs comme les cheveux
blancs comme la neige et le feu
cendres et fumées et cendres
escalier qu’il faut descendre

Petits vieux en robe de peine
jours creux comme assiettes vides
quand la faim mord et morfond
vieilles journées et feuilles mortes

La vie passe comme un véhicule
devant les fenêtres fermées
et nous seront bien ridicules
devant nos miroirs brisés

Rions puisque vous demandez
que les jours soient des souvenirs
quand on a perdu la mémoire
et qu’il faut rire et qu’il faut vivre

(Philippe Soupault)

Illustration: Lucian Freud

 

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ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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La Solitude (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
La Solitude

Je l’ai trouvée devant ma porte,
Un soir, que je rentrais chez moi.
Partout, elle me fait escorte.
Elle est revenue, elle est là,
La renifleuse des amours mortes.
Elle m’a suivie, pas à pas.
La garce, que le Diable l’emporte !
Elle est revenue, elle est là

Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés,
Elle nous fait le cœur à la traîne,
Elle nous fait le cœur à pleurer,
Elle nous fait des mains blêmes
Et de longues nuits désolées.
La garce ! Elle nous ferait même
L’hiver au plein cœur de l’été.

Dans ta triste robe de moire
Avec tes cheveux mal peignés,
T’as la mine du désespoir,
Tu n’es pas belle à regarder.
Allez, va t-en porter ailleurs
Ta triste gueule de l’ennui.
Je n’ai pas le goût du malheur.
Va t-en voir ailleurs si j’y suis !

Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m’en payer, des nuits blanches,
A cœur qui bat, à cœur battant.
Avant que sonne l’heure blême
Et jusqu’à mon souffle dernier,
Je veux encore dire « je t’aime »
Et vouloir mourir d’aimer.

Elle a dit : « Ouvre-moi ta porte.
Je t’avais suivie pas à pas.
Je sais que tes amours sont mortes.
Je suis revenue, me voilà.
Ils t’ont récité leurs poèmes,
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants,
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine.
Eh ! bien, c’est fini, maintenant. »

Depuis, elle me fait des nuits blanches.
Elle s’est pendue à mon cou,
Elle s’est enroulée à mes genoux.
Partout, elle me fait escorte
Et elle me suit, pas à pas.
Elle m’attend devant ma porte.
Elle est revenue, elle est là,
La solitude, la solitude…

(Barbara)

 

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CHANT DES OISEAUX, LE SOIR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
CHANT DES OISEAUX, LE SOIR
Li-Taï-Pé

Au milieu du vent frais,
les oiseaux chantent gaiement, sur les branches transversales.

Derrière les treillages de sa fenêtre,
une jeune femme qui brode des fleurs brillantes sur une étoffe de soie,
écoute les oiseaux s’appeler joyeusement dans les arbres.

Elle relève sa tête et laisse tomber ses bras ;
sa pensée est partie vers celui qui est loin depuis longtemps.
« Les oiseaux savent se retrouver dans le feuillage ;
mais les larmes qui tombent des yeux des jeunes femmes,
comme la pluie d’orage, ne rappellent pas les absents. »

Elle relève ses bras et laisse pencher sa tête sur son ouvrage.
« Je vais broder une pièce de vers, parmi les fleurs de la robe que je lui destine,
et peut-être les caractères lui diront-ils de revenir. »

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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COUPLE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
COUPLE

L’homme sortit pour voir
la peau de sa compagne tressaillit
près des fleurs jamais nue
sauf ce soir
passèrent les herses flamboyantes ;
retourné dans la pièce à tout faire
il contempla un visage
un torse usés à peine
la robe déposée
un instant lui sembla
comme le drapeau noir
au temps de l’anarchie
et des vieux parents.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Non conformes (G.L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016


Il était vêtu à la mode passée.
Même sa moustache n’était plus à jour.
Elle, portait une robe à pois et quinze ans
dans un visage fait pour le sourire.
Ils se tenaient les mains,
peut-être pour la première fois.
Parce qu’ils n’avaient aucun point commun,
l’âge, la beauté, la façon de marcher
ou de tenir les bras,
les gens les regardaient,
et eux, ils regardaient les gens
parce qu’ils avaient décidé
que ce serait ainsi.

(G.L. Godeau)


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