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Mon front pâle est sur tes genoux (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2019



 

Lauri Blank -   (53) [1280x768]

Mon front pâle est sur tes genoux
Que jonchent des débris de roses ;
O femme d’automne, aimons-nous
Avant le glas des temps moroses !

Oh ! des gestes doux de tes doigts
Pour calmer l’ennui qui me hante !
Je rêve à mes aïeux les rois,
Mais toi, lève les yeux, et chante.

Berce-moi des dolents refrains
De ces anciennes cantilènes
Où, casqués d’or, les souverains
Mouraient aux pieds des châtelaines.

Et tandis que ta voix d’enfant,
Ressuscitant les épopées
sonnera comme un olifant
Dans la danse âpre des épées,

Je penserai vouloir mourir
Parmi les roses de ta robe,
Trop lâche pour reconquérir
Le royaume qu’on me dérobe.

(Stuart Merrill)

Illustration: Lauri Blank

 

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Milord (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



 

Régis Bernard _Fille_de_joie_a_Amsterdam_78

Milord

Allez, venez, Milord!
Vous asseoir à ma table;
Il fait si froid, dehors,
Ici c’est confortable.
Laissez-vous faire, Milord
Et prenez bien vos aises,
Vos peines sur mon coeur
Et vos pieds sur une chaise
Je vous connais, Milord,
Vous ne m’avez jamais vue
Je ne suis qu’une fille du port,
Qu’une ombre de la rue…

Pourtant je vous ai frôlé
Quand vous passiez hier,
Vous n’étiez pas peu fier,
Dame! Le ciel vous comblait:
Votre foulard de soie
Flottant sur vos épaules,
Vous aviez le beau rôle,
On aurait dit le roi…
Vous marchiez en vainqueur
Au bras d’une demoiselle
Mon Dieu!… Qu’elle était belle…
J’en ai froid dans le coeur…

Allez, venez, Milord!
Vous asseoir à ma table;
Il fait si froid, dehors,
Ici c’est confortable.
Laissez-vous faire, Milord,
Et prenez bien vos aises,
Vos peines sur mon coeur
Et vos pieds sur une chaise
Je vous connais, Milord,
Vous ne m’avez jamais vue
Je ne suis qu’une fille du port
Qu’une ombre de la rue…

Dire qu’il suffit parfois
Qu’il y ait un navire
Pour que tout se déchire
Quand le navire s’en va…
Il emmenait avec lui
La douce aux yeux si tendres
Qui n’a pas su comprendre
Qu’elle brisait votre vie
L’amour, ça fait pleurer
Comme quoi l’existence
Ça vous donne toutes les chances
Pour les reprendre après…

Allez, venez, Milord!
Vous avez l’air d’un môme!
Laissez-vous faire, Milord,
Venez dans mon royaume:
Je soigne les remords,
Je chante la romance,
Je chante les milords
Qui n’ont pas eu de chance!
Regardez-moi, Milord,
Vous ne m’avez jamais vue…
…Mais vous pleurez, Milord?
Ça je l’aurais jamais cru!

Eh ben, voyons, Milord!
Souriez-moi, Milord!
…Mieux que ça! Un petit effort…
Voilà, c’est ça!
Allez, riez, Milord!
Allez, chantez, Milord!
La-la-la…

Mais oui, dansez, Milord!
La-la-la…
Bravo Milord!
La-la-la…
Encore Milord!…
La-la-la…

(Georges Moustaki)

Illustration: Régis Bernard


 

 

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MANTRA DE TCHENRÉZIGS (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2019



 

    

MANTRA DE TCHENRÉZIGS

OM
Appelle le souffle,
le silence éclatant,
le rythme né au-delà des origines,
appelle le souffle.

MANI
Cherche la voie,
l’élixir, le diamant,
l’esprit de la matière,
cherche la voie.

PADMÉ
Contemple la vision,
le réel qui s’éveille,
l’espace du coeur,
contemple la vision.

HÛM
Découvre l’unité,
le mouvement du même
en tous ses corps dilapidé,
découvre l’unité.

HRÎH
Réalise l’échappée,
dans le royaume vide
où l’âme est lumière,
réalise l’échappée.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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Banquises blonde (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



Banquises blondes entre les doigts d’eau, royaumes interdits,
de quelle route vous ai-je longés ?
Sur le fleuve et nues, ouvertes, flottantes,
nul arbre ne les enracine, aucune plante, aucun pas n’y mettent leur poids d’ombre.
Seuls parfois les touchent des oiseaux de passage.

(Marie-Jeanne Durry)

 

 

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Que de fois, amour, t’ai-je aimée sans te voir (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Que de fois, amour, t’ai-je aimée sans te voir, sans souvenir même,
sans reconnaître ton regard, sans te regarder, centauresse,
en des régions hostiles, et sous la brûlure du midi :
tu étais seulement le parfum des céréales que j’aime.

Peut-être en passant t’ai-je vue, imaginée levant un verre
à Angol, dans la lumière de la lune au mois de juin,
ou bien peut-être étais-tu la ceinture de cette guitare
dont j’ai joué dans les ténèbres et qui sonna, mer furieuse.

Je t’ai aimée, je ne l’ai pas su et j’ai cherché ta mémoire.
Maisons vides : lampe en main j’y entrai pour voler ton portrait.
Mais moi je savais déjà comment tu étais. Et tout d’un coup

tu venais avec moi, je t’ai touchée et ma vie s’arrêta :
tu étais en face de moi, régnant en moi, et tu y règnes.
Comme un bûcher allumé dans les bois c’est le feu qui est ton royaume.

***

Cuántas veces, amor, te amé sin verte y tal vez sin recuerdo,
sin reconocer tu mirada, sin mirarte, centaura,
en regiones contrarias, en un mediodía quemante
era sólo el aroma de los cereales que amo.

Tal vez te vi, te supuse al pasar levantando una copa
en Angol, a la luz de la luna de junio,
o eras tú la cintura de aquella guitarra
que toqué en las tinieblas y sonó como el mar desmedido.

Te amé sin que yo lo supiera, y busqué tu memori
En las casas vacías entré con linterna a robar tu retrato.
Pero yo ya sabía cómo eras. De pronto

mientras ibas conmigo te toqué y se detuvo mi vida :
frente a mis ojos estabas, reinándome, y reinas.
Como hoguera en los bosques el fuego es tu reino.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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GALETTE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration: Jean-Pierre Ceytaire
    
GALETTE

Le roi voit tu seras reine
la reine vit et je suis roi
cela en vaut-il la peine
puisque c’est toi et que c’est moi

Je songe à nos épiphanies
qui furent tristes ou sereines
à ces rêves jamais finis
où j’étais roi et toi reine

Notre royaume est infini
puisqu’il est à toi et à moi
à notre amour jamais fini
quand tu es reine et moi roi

Vive le roi vive la reine
vive l’amour à bas les lois
puisque tu es la souveraine
de nos rêves et de nos joies

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi (Angelus Silesius)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2019



Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi:
et chercher Dieu ailleurs, c’est le manquer toujours.

Le Royaume de Dieu est en nous.
Si tu possèdes dès cette terre un royaume en toi,
pourquoi craindre de tomber dans la pauvreté?

Je ne suis pas hors de Dieu, Dieu n’est pas hors de moi:
je suis son éclat et sa lumière, et Il est ma parure.

Je suis le vase de la Déité, où elle se répand;
elle est ma mer profonde, qui me contient en elle.

Je suis le temple de Dieu, et le tabernacle de mon coeur
est le saint des Saints, quand il est vide et pur.

Les portes de ta cité, mon Dieu, sont de perles fines:
quel étincellement dans mon esprit, ton temple!

Un coeur qui se contente de l’espace et du temps
ne connait pas, en vérité son infini.

Agrandis ton coeur, Dieu y entrera:
tu dois être son royaume, Il veut être ton roi.

(Angelus Silesius)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Il y a dans le Chant (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Josephine Wall    
    

Il y a dans le Chant
Plus que crépitement de flamme,
Plus que brassées de blanches floraisons
Ou même que feu roulant de galets dans la mer.
Il y a dans le Chant
Infiniment plus qu’étoiles nous ouvrant le chemin,
Qu’une auberge perdue tout au bout de la nuit
Ou que l’âme d’un peuple en avance
Sur Son destin.

Il y a dans le Chant,
Quand l’espace devient
Signe,
Au plus troublant de la clairière,
Là où le pas se fait allègre,
Un grand soleil qui vient nous visiter.

Il y a dans le Chant,
Plus caché que dans la moindre graine,
Une folle rumeur d’amour,
Une caresse au goût d’abeille,
Un secret matin de printemps,
Une promesse déjà tenue,
Un royaume au goût ardent,
Un souffle de tendresse venu nous relever.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Onctueux le chat (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

Onctueux le chat
se coule dans un rêve
lui impose son rythme

Liquide il abolit
la densité des os
étire son squelette

Au creux des arbres
il flaire ses origines
feuillage et pelage

Son royaume sans âge
de courbes et frémissements
et d’envols furtifs

Vigilant fainéant
s’endort attentif
au silence des oiseaux

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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LE PASSAGE DES DIEUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Philippe Jamin 
    
LE PASSAGE DES DIEUX

Étrange! La permanence du moi doit traverser
La Vierge, Aphrodite, et la Mère en deuil,
Toutes les amours et les peines, les successives déités
Qui ont leur royaume dans le cœur des hommes.

Abandonnée par les dieux, femme au corps vieillissant
Dans le demi-souvenir de l’Annonciation,
De la passion, de la douleur et du chagrin
Qui ont pris le masque de mon visage,

Je m’émerveille de l’indifférence de l’âme.
Car dans son théâtre la pièce est jouée,
Les larmes sont versées; les acteurs, les immortels
Aux apparitions incessantes, ailleurs se sont enfuis

Et moi qui fus la Vierge et Aphrodite,
Isis en deuil et la reine du blé,
J’attends l’ultime avatar, la terrible Perséphone,
Pour danser enfin ma cendre dans la tombe.

***

THE TRANSIT OF THE GODS

Strange that the self’s continuum should outlast
The Virgin, Aphrodite, and the Mourning Mother,
Ail loves and griefs, successive deities
That hold their kingdom in the human breast.

Abandoned by the gods, woman with an ageing body
That half remembers the Annunciation,
The passion and the travail and the grief
That wore the mark of my humanity,

I marvel at the soul’s indifférence.
For in her theatre the play is done,
The tears are shed; the actors, the immortals
In their ceaseless manifestation, elsewhere gone,

And I who have been Virgin and Aphrodite,
The mourning Isis and the queen of corn
Wait for the last nommer, dread Persephone
To dance my dust at last into the tomb.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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