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Ode à la jeune lumière (Eliséo Diego)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Ode à la jeune lumière

En mon pays la lumière
est beaucoup plus que le temps, elle s’attarde
avec une étrange délectation sur les contours
militaires de toute chose, sur les vestiges épurés du déluge

La lumière dans mon pays résiste à la mémoire
comme l’or à la sueur de la cupidité,
elle se perpétue en elle-même, nous ignore
depuis la différence de son être, sa transparence.

Quiconque courtise la lumière avec rubans et tambours
en s’inclinant de-ci de-là selon la ruse
d’une sensualité archaïque, immémoriale,
perd son temps, jette ses arguties aux flots
tandis que la lumière, tout à elle-même, dort.

Car dans mon pays la lumière ne regarde pas
les modestes victoires du sens,
ni les désastres raffinés du sort,
elle s’amuse de feuilles, de petits oiseaux,
de coquillages, de reflets, de verts profonds.

Aveugle, la lumière, dans mon pays,
illumine son propre coeur inviolable
sans se soucier de gains ni de pertes.
Pure comme le sel, intacte, fièrement dressée,
la chaste, démente lumière effeuille le temps.

(Eliséo Diego)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Ma chambre (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Gustav Klimt lady-by-the-fireplace-1898.jpg!HD

Ma chambre

Ma demeure est haute,
Donnant sur les cieux ;
La lune en est l’hôte,
Pâle et sérieux :
En bas que l’on sonne,
Qu’importe aujourd’hui
Ce n’est plus personne,
Quand ce n’est plus lui !

Aux autres cachée,
Je brode mes fleurs ;
Sans être fâchée,
Mon âme est en pleurs ;
Le ciel bleu sans voiles ,
Je le vois d’ici ;
Je vois les étoiles
Mais l’orage aussi !

Vis-à-vis la mienne
Une chaise attend :
Elle fut la sienne,
La nôtre un instant ;
D’un ruban signée,
Cette chaise est là,
Toute résignée,
Comme me voilà !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Quel arbre (Nicolas-Germain Léonard)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



 

Olga Naletova   - (21)

Quel arbre, en ce moment, lui prête son ombrage ?
Quel gazon s’embellit sous ses pieds caressants ?
Quelle onde fortunée a reçu son image ?
Quel bois mélodieux répète ses accents ?

Que ne suis-je la fleur qui lui sert de parure,
Ou le noeud de ruban qui lui presse le sein,
Ou sa robe légère, ou sa molle chaussure,
Ou l’oiseau qu’elle baise et nourrit de sa main !

(Nicolas-Germain Léonard)

Illustration: Olga Naletova

 

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CHANSON ANDALOUSE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

Cayetano De Arquer-Buigas b39dd4b8

CHANSON ANDALOUSE

Galant,
beau petit galant,
on brûle chez toi du thym.

Vainement tu vas, tu viens :
Je ferme ma porte à clef.

Avec une clef d’argent
attachée à un ruban;

Sur le ruban est écrit :
« Mon petit coeur est bien loin !

Ne rôde pas dans ma rue,
Laisse-la bien toute au vent.

Galant,
beau petit galant,
on brûle chez toi du thym.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Cayetano De Arquer-Buigas

 

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Le temps n’est pas unique (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

Le temps n’est pas unique :
plusieurs rubans glissent, parallèles
souvent en sens contraire et rarement s’entrecroisent.

C’est quand se révèle la seule vérité que, dévoilée,
elle est aussitôt biffée par qui surveille engrenages et aiguillages.

Puis on replonge dans le temps unique.
Mais ce fut l’instant où les rares vivants se sont reconnus
pour se dire, non au revoir, mais adieu.

(Eugenio Montale)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Gilbert Garcin

 

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LE BANC (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



LE BANC

Les myosotis bleus, blancs, roses,
sont mille fois plus séduisants
quand ils éclosent
dans le jardin de vos quinze ans.
Venez, rusées, venez, moqueuses,
poser vos robes sous mes yeux,
vos rubans de rire précieux,
volants, froufrous, jambes agiles
sur la fragilité du banc
bordé de bleu, bordé de blanc…

(Christiane Barrillon)

Illustration

 

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SUR DES CHRYSANTHEMES (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



 

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SUR DES CHRYSANTHEMES

Des chrysanthèmes,
Secouant leurs oripeaux,
Hagards de vent et saoulés d’eau,
Tanguent, roulent de la tête.

Cheveux éplorés, — et si mouillés ! —
La vieille s’en va, la tête nue,
Par les chemins gris et par les rues,
Gros mouchoir en boule à son poing crispé…

Drame… deuil… douleur… La vieille est folle ;
Et ses cheveux blancs s’emmêlent, s’envolent,
Ét ses cheveux blancs se plaquent, se collent,
Quelques-uns verdis, d’autres rouillés.

*

Des chrysanthèmes,
Lassés de vent, bavant l’eau,
Dodelinent de la tête.

L’étique roulotte est embourbée…
Diaphane de faim, grise de crasse,
En vieilles savates, une finasse
S’attèle à la roue, et sa tignasse
Jaune égoutte au long de son grand nez…

De très nobles chrysanthèmes,
Profanés de vent et d’eau,
Sont prostrés par leur défaite…

Les grands oiseaux blancs en gris exil,
Plantés sur leur patte, corail frêle,
La tête en sommeil au fond de l’aile,
Rêvent à des Gange ou à des Nil…

Mais ce parc ! ce parc alentour grelotte ;
Oh le fond boueux des flaques d’eau
Où piteux, si long ! trempe et clapotte
Le plumage déchu de ces oiseaux…

*

Oh cueillez et recueillez
Le chrysanthème au coeur noyé !

Quoi, elle est tombée à la mare !
Ah dans quel état, ses longs rubans !
Voici qu’elle en sort en claquant les dents :
Ét son chapeau ! Et son écharpe !

— C’est qu’elle a voulu aller en barque
Malgré les claques de la bourrasque :
Elle a glissé sur la banquette.

(Charles Vildrac)

 

 

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Le bateau rose (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Georges Jeanclos
    
Le bateau rose

Je m’embarquerai, si tu le veux,
Comme un gai marin quittant la grève,
Sur les flots dorés de tes cheveux,
Vers un paradis fleuri de rêve.

Ta jupe flottante au vent du soir
Gonflera ses plis comme des voiles,
Et quand sur la mer il fera noir,
Tes grands yeux seront mes deux étoiles.

Ton rire éclatant de vermillon
Fera le fanal de la grand’hune.
J’aurai ton ruban pour pavillon
Et ta blanche peau pour clair de lune.

Nos vivres sont faits et nos boissons
Pour durer autant que le voyage.
Ce sonts des baisers et des chansons
Dont nous griserons tout l’équipage.

Nous aborderons je ne sais où,
Là-bas, tout là-bas, sur une grève
Du beau pays bleu, sous un ciel fou,
Dans le paradis fleuri de rêve.

(Jean Richepin)

 

 

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La solitude véritable (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




    
La solitude véritable ressemble au cardiogramme d’un mort:
elle a l’immobilisme d’un ruban plat qui déroule le vide.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Alors je t’ai vue (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Illustration: Margot Lovinger
    
Alors je t’ai vue —
Dans toute cette lumière,
la chambre comme une fleur fermée
soudain éclose s’est mise à briller,
des rubans de lumière volaient tout autour.

J’étais immobile je ne pensais rien,
tu as levé les yeux et le vent
s’est engouffré dans ma tête,
comme il se lâche l’été
au dessus d’un vaste, vaste champ,
dans un vaste pays ouvert —
j’étais alors dans cette chambre
cette chambre rouge ponctuée d’or
que la lumière dorée traversait sur des ailes
ailes battant ailes chassant ailes ramant
dans l’air tendre
dans l’air frémissant
dans l’air qui fuit si tu insistes —
écoute écoute écoute oh j’écoute,
ta voix de gorge fragile et sèche,
qui s’élève puis se calme
tout près de moi, je sentais ta chair tendre,
ta chair qui irradiait, nature morte,
j’étouffais sous ton regard
ce regard nu étincelant
ce calme mouvement de tête
ce tremblement ce mouvement
de tes mains et ta tête et ton pied
comme aujourd’hui encore.
Oh si seulement je trouvais
la rapide déferlante rivière de mots étoilés
Pour tout dire
avant de m’effacer
de la vie où j’ai tant erré.

Mais o couleur étincelante
derrière les grandes portes lumineuses
de l’été soleil,
et toute la clarté lumineuse,
la haute messe sacrée
des jours
et la lumière dorée et le crépuscule
dans la chambre rouge
où elle se tenait alors
son corps de verre
si transparent, si léger,
ensemble pour toujours
en moi qui l’ai vue
en ce jour d’un clair rouge doré blanc.

Car il ne me reste qu’à frémir
me dissoudre
dans des mots afin qu’il ne reste rien
que sa lumière.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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