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Posts Tagged ‘(Ruben Dario)’

PHILOSOPHIE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
PHILOSOPHIE

Salue le soleil, araignée, n’aie pas de rancoeur.
Remercie Dieu, ô crapaud, d’être au monde venu.
Des épines de rose parent le crabe velu
et les mollusques ont des femmes en leur coeur.
Sachez être ce que vous êtes, énigmes ayant pris forme ;
laissez-en toute responsabilité aux Normes
qui la renverront à leur tour au tout-puissant Créateur…
(Joue, grillon, et que l’ours danse, sous la sélénite lueur.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: J.C. Fresnais
    
CHANSON D’AUTOMNE AU PRINTEMPS
A Martínez Sierra

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux…
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

Au pluriel s’est jouée dans les cieux
la longue histoire de mon coeur.
C’était une enfant douce, en ce
monde de souffrances et de pleurs.

Elle mirait comme l’aube pure ;
souriait comme sourient les fleurs.
Noire était sa chevelure,
comme la nuit et les douleurs.

Ma pudeur était enfantine.
Elle, naturellement, a été,
pour mon amour fait d’hermine,
Hérodias et Salomé…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs… !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

La seconde était plus sensitive,
plus consolatrice, et plus
cajoleuse, plus expressive,
que jamais je ne l’aurais attendu.

Car à sa douceur infinie
elle joignait une passion violente.
Dans une toge de blanche soierie,
s’enveloppait une bacchante…

Elle prit mon rêve dans ses bras,
comme un poupon, le berça contre soi…
et l’étouffa, petit et las,
faute de jour, faute de foi…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu es partie pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

une autre jugea que ma bouche
était un écrin pour sa flamme,
Apt qu’elle rongerait, farouche,
de ses dents avides, mon âme,

faisant d’un amour dévorant
l’ambition de sa volonté,
étreintes et baisers cependant
résumaient seuls l’éternité ;

dans la légèreté de nos chairs
imaginer toujours un Éden
sans penser que d’égale manière,
le Printemps et la chair s’éteignent…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs !
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure !

Et les autres ! Sous des climats divers,
dans tant de pays, elles demeurent
si ce n’est prétexte à mes vers,
du moins des fantômes en mon coeur.

En vain, je cherchai une princesse
triste d’attendre et d’espérer.
La vie est dure. Elle aigrit et blesse.
Il n’y a plus de princesse à chanter !

En dépit du temps obstiné,
ma soif d’amour n’a pas de fin ;
Je m’approche, les cheveux argentés,
des buissons de roses du jardin…

Jeunesse, trésor divin et précieux,
tu pars déjà pour un lointain ailleurs…
Quand je veux pleurer, je ne peux,
et parfois, ne m’en déplaise, je pleure…

L’Aube d’or est mienne, pourtant !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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NOCTURNE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Arnold Böcklin
    
NOCTURNE

Je veux exprimer mon angoisse par des vers
qui diront abolie ma jeunesse de rêves et de roses,
et amèrement détruite mon innocence première
par des soucis médiocres et une peine grandiose.

Et le voyage vers un vague Orient sur d’invisibles barques,
et les graines d’oraisons qui fleurirent en blasphème,
et les effarements du cygne au milieu des flaques
et le bleu nocturne et factice de l’odieuse bohème.

Clavicorde lointain qui dans le silence et l’oubli
ne donna jamais au rêve ses accords éminents,
esquif orphelin, arbre très illustre, obscur nid
qui adoucit la nuit d’une tendresse d’argent…

Espérance odorante d’herbes fraîches, madrigal
du rossignol printanier, de l’oiseau matinal,
fleur de lys arrachée par un destin fatal,
poursuite du bonheur, persécution du mal…

L’amphore funeste contient le venin des anges
qui sera au long de la vie la torture intérieure,
la conscience épouvantable de notre humaine fange
et l’horreur de se sentir passager, l’horreur

d’avancer à tâtons, en d’erratiques alarmes,
vers cet inconnu inévitable et la
violence cauchemardesque de ce sommeil de larmes
dont nulle autre qu’Elle ne nous éveillera !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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SOIR DU TROPIQUE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



 


    
SOIR DU TROPIQUE

Gris et triste est le soir.
La mer se pare de lin
et le ciel profond se pare
de chagrin.

De l’abîme ascend
la plainte amère et sonore.
L’onde, quand chante le vent,
s’éplore.

Les violons de la brume
saluent le soleil au coucher.
Psalmodie la blanche écume :
Miserere.

Comme si c’était l’invisible…
comme si c’était le rude son
donné au vent par un terrible
lion.

Des trompettes de l’horizon
s’échappe une symphonie aux rares effets
comme si la voix des monts
vibrait.

Le ciel que l’harmonie inonde
voit emportée par les airs
la chanson triste et profonde
de la mer.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS… (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS…

La douceur de l’angélus matinal et divin
que dispensent d’ingénues cloches provinciales,
dans l’air innocent, avec la force des pétales,
des prières, des visions virginales et des refrains

du rossignol, s’opposant en tout au rude destin
qui en Dieu ne croit pas… La pelote du jour en déclin
que le soir dévide derrière d’opaques cristaux
pour tisser d’une seule pièce l’étoffe de nos maux,

tout entiers faits de chair et parfumés de vin…
Et cette atroce amertume de n’avoir point de goût,
de ne pas savoir vers où diriger notre proue,

tandis que le pauvre esquif dans la nuit calfeutrée,
avance sur les vagues hostiles et de l’aurore privé…
(O cloches suaves, que l’aube fasse son entrée !)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration
    
PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS

Dans le vase de cristal
il y a des fleurs nouvelles. Cette nuit,
il y eut une pluie de baisers.
Elle réveilla un faune bicorne
à la poursuite d’une âme émotive.
Nombre de fleurs exprimèrent leur parfum.
Dans la passionnelle syrinx
grandirent sept voix
qui dans sept roseaux furent placées
par Pan.

D’anciens rites païens
se renouvelèrent. L’étoile
de Vénus brilla, plus limpide
et diamantine. Les fraises
des bois rendirent leur sang.
Le nid se mit en fête.
Un rêve florentin
refleurit de printemps,
de façon qu’en chair vive
resurgirent les aspirations perdues.
Imaginez un chêne
donnant une rose fraîche ;

un bon ægipan latin
avec une bacchante grecque
et parisienne. Une musique
magnifique. Une suprême
inspiration primitive,
emplie de choses modernes.
Un vaste orgueil viril
que parfume l’odor di femina ;
un trône de pierre où
repose un lys.

Divine Saison ! Divine
Saison ! L’aube sourit
plus tendrement. La traîne
du paon exalte
son prestige. Le soleil augmente
son intime influence, et la harpe
nerveuse vibre seule.
Ô Printemps sacré !
Ô jouissance du don sacré
de la vie ! Ô palme superbe
sur nos fronts ! Cou
du cygne ! Colombe blanche !
Rose rouge ! Pallium bleu !
Et tout pour toi, ô mon âme !
Et pour toi, mon corps, et pour toi,
idée qui les relies.
Et pour Toi, que nous cherchons
et jamais ne trouverons —
jamais !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Ô Soeur Marie ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Cornelis van Haarlem
    
Dans la forme agréable de la bouche, la fraise
solennise sa pourpre ; dans le subtil dessin
ovale du visage de la blanche abbesse
le front pur exprime l’ange et l’oeil noir le malin.

Sur sa figure mystérieuse, d’ivoire monacal,
fleurit la douce lueur d’un éclat intérieur,
qui allume ses joues d’une céleste roseur
à laquelle l’Enfer apporta sa touche fatale.

Ô Soeur Marie ! Ô Soeur Marie ! Ô Soeur Marie !
Le regard magique et la démarche d’altesse,
ne firent-ils pas un jour, dans une âme pécheresse,
éclore l’oeillet enflammé d’une ardeur impie ?

Et aux tréfonds de tes yeux, on croit lire des pensées
ambiguës, enduites de miel et de venin.
(Soeur Marie est morte condamnée au bûcher
deux abeilles s’envolèrent des roses de ses seins.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Léda (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Paul Véronèse
    
III

Pour un court moment, ô Cygne, je voudrais unir mes voeux
à ceux de tes deux ailes, qui embrassèrent Léda,
et à mon rêve d’adulte, encore vêtu de soie,
tu diras, pour les Dioscures, la gloire des cieux.

L’automne est là. De la flûte roulent des consolations.
Juste un instant, ô Cygne, en cette allée bordée de nuit,
je boirai entre deux lèvres malgré l’interdiction
de la Pudeur, mordant tour à tour Scrupules et Jalousie.

Cygne, j’aurai pour un instant tes ailes immaculées,
et le coeur de rose que ta douce poitrine abrite
palpitera dans la mienne avec son sang régulier.

Alors, Amour sera heureux, puisque sera vibrant
l’enthousiasme qui réveille le grand Pan et l’excite
tandis que son rythme cache la fontaine de diamant.

IV

Avant toute chose, Léda, gloire à toi !
Ton doux ventre recouvrit de soie
le Dieu. Miel et or au vent de Zéphyr !
Résonnèrent alternativement
flûtes et cristaux, la fontaine et Pan.
La Terre était chant et le Ciel sourire !

Devant l’acte suprême et céleste
un pacte fut conclu entre dieux et bêtes.
La lumière du jour pour l’alouette,
la sagesse advint aux chouettes
et pour les rossignols la mélodie.
Aux lions ce fut bien sûr la victoire,
les aigles reçurent toute la gloire
et tout l’amour aux colombes fut acquis.

Mais n’êtes-vous pas, vous, les divins
princes ? Indolents comme les bateaux
immaculés et purs comme le lin,
et merveilleux comme les oiseaux !

Vous avez dans vos becs les qualités
qui révèlent les coraux purs.
De vos poitrines, vous ouvrez les sentiers
que d’en haut vous indiquent les Dioscures.

La dignité de chacun de vos actes,
immortalisée dans l’infini,
fait qu’ils sont rythmes exacts,
lumières du mythe, voix de nos rêveries.

De l’orgueil olympien vous êtes le résumé,
ô blanches urnes de l’harmonie !
Joyaux éburnés qu’anime une volonté
de par sa céleste mélancolie.

Mélancolie d’avoir aimé,
auprès de la fontaine, dans le bois,
son cou lumineux étiré
entre les cuisses blanches de Léda !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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L’Espérance demeure encor (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Pascal Vinardel
    
Un cygne noir déclara : « Le jour succède à la nuit. »
Et un blanc, à son tour : « L’aurore est immortelle, l’aurore
est immortelle ! » Ô terres de soleil et d’harmonie,
l’Espérance demeure encor dans la boîte de Pandore !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Donjons de Dieu! Poètes ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018




    
Donjons de Dieu! Poètes !
Paratonnerres célestes,
qui résistez aux plus violents des orages,
tels des crêtes muettes,
tels des cimes agrestes,
des éternités vous êtes le barrage !

Une Espérance magique le jour nous prédit
au cours duquel, sur le rocher d’harmonie
périra la sirène aux perfides atours.
Espérez donc, espérons donc toujours !

Espérez donc toujours.
L’élément bestial se divertit
dans la haine de la poésie
et les races s’offensent tour à tour.

L’insurrection d’en bas
s’étend aux Excellents.
Le cannibale convoite sa proie,
le rouge aux gencives et l’écume aux dents.

Donjons, mettez un sourire au pavillon.
Opposez aux craintes et aux manifestations malignes
d’une brise la superbe inspiration,
brise d’une tranquillité céleste et marine…

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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