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Poésie

Posts Tagged ‘rue’

BRUITS DE LA CAMPAGNE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
BRUITS DE LA CAMPAGNE

Le froissement des feuilles sous les pas dans les bois et sous les haies
Le craquement de la neige et de la glace pourrie dans les allées cavalières du bois et les sentiers étroits et sur chaque chaussée de rue
Le bruissement ou plutôt le bruit de ruée au bois lorsque le vent mugit à la cime des chênes comme un tonnerre
Le frou-frou d’aile des oiseaux chassés de leur nid ou volant sans qu’on les voie dans les buissons
Le sifflement que font en volant dans les bois de plus grands oiseaux tels que corneilles faucons buses etc
Le trottinement des rouges-gorges et des alouettes des bois sur les feuilles brunes et le tapotement des écureuils sur la mousse verte
La chute d’un gland sur le sol le crépitement des noisettes sur les branches des noisetiers quand elles tombent mûres
Le frrrout de l’alouette des champs qui se lève du chaume

— Quelles scènes exquises les matins de rosée quand la rosée jaillit en éclair de ses plumes brunes

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Telle une brassée de roses (Kostas Karyotakis)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




    
Telle une brassée de roses

j’ai vu ce soir-là.
Dorée et subtile
par les rues, une senteur.
Et dans le coeur
une tendresse brusque.
Le manteau sous le bras,
le visage levé, irradié de lune.
L’atmosphère électrisée
de baisers, on dirait.
La pensée, les poèmes,
fardeau superflu.

J’ai comme l’aile brisée.
Pourquoi nous fut échu
cet été, je ne le sais pas même.
Pour quelle joie inespérée,
pour quelles amours,
pour quel voyage de rêve ?

(Kostas Karyotakis)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Telles des guitares désaccordées
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Entre nos voix la nuit viendra dormir enfin (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
entre nos voix
la nuit viendra dormir enfin
tes mains seront presque aussi claires
que des larmes
d’un pas tout juste un peu plus jeune
nous irons consoler les rues inconsolables
nous traduirons en gestes invisibles
l’adieu du vent
nous jetterons des fleurs depuis les ponts
dans l’eau hâtive

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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VILLE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Isabelle Fournier Perdrix
    
VILLE

tu ne veux plus surprendre le bruissement des étoiles
dans la conque du sommeil

de leur plein gré s’en vont sombrer
des silhouettes seulement entrevues

si nous espacions nos gestes
il y aurait de vastes champs de neige

les rues partent à perdre haleine
vers d’introuvables forêts

les maisons vides gardent ton nom pour elles
comment le leur redemander

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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D’autres villes d’autres échos (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration: Baiser mortel laurier-rose
    
D’autres villes d’autres échos
Il faut bien que le son
finisse sa course passant par nous
Modifié par nous chaque obstacle vivant
atténue sa stridence
Chaque arbre et chaque maison
chaque camion sur la route pierreuse
chaque directrice de projet à la banque
chaque homme lisant son journal au café
chaque collégienne en uniforme et le chat
fait ses griffes sur le tronc mince
du laurier-rose avant de tourner
au coin de la rue

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avant Carthage (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



 

Illustration: Marie Dominique Garnier Bossy
    
Avant Carthage

Brumes enchanteresses
laissez monter en moi le souvenir
des antiques cités

Le soleil comme un oeil brillant accroche
les brumes épaisses
déchirant la toile de l’oubli

Je vois une coupole d’or
et la silhouette au crayon bleu des toits de la ville
un port rond comme un oeuf relié à la mer
d’où s’échappent des bateaux longs

Inondant l’azur frère de l’eau
la lumière est si forte
qu’elle en brûle d’une flamme blanche
ma pauvre mémoire

Je sais pour sûr que c’est une ville
aux rues fraîches et tortueuses
mère de nos médinas

C’est pourquoi comme une pauvresse
je reste à son seuil de lignes peintes
attendant qu’elle rouvre ses portes

Brumes enchanteresses
laissez monter en moi le souvenir
des antiques cités

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai cessé de courir (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



J’ai cessé de courir
la rue s’allonge à mes pieds

(Jacques Dupin)

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Si le matin ferme ses ambassades (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Illustration: Simone Lacour
    
si le matin ferme ses ambassades
tu sentiras soudain ta gorge lourde d’un cri vaste
trop tard pour ton souffle affaissé
on te hélera dans la rue pour te vendre
des secrets démonétisés
sur les cartes tu verras ici s’effacer
prends alors le silence de court
sois plus nu que ses glaciers si bleus
il criera pour toi son cri d’aurore

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Le cageot (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    
Le cageot

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot,
simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits
qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu’au terme de son usage
il puisse être brisé sans effort,
il ne sert pas deux fois.

Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées
fondantes ou nuageuses qu’il enferme.
A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles,
il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc.

Tout neuf encore, et légèrement ahuri
d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour,
cet objet est en somme des plus sympathiques
– sur le sort duquel il convient toutefois
de ne s’appesantir longuement.

(Francis Ponge)

 

Recueil: Le Parti pris des choses
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE JOUEUR DE FLÛTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



 

Illustration
    
LE JOUEUR DE FLÛTE

Un cheval est mort dans la rue
Tout au fond de son oeil une étoile remue
Et tandis que sonnent les heures
Dans d’autres rues
Il y a d’autres chevaux, qui meurent

Des chevaux comme des enfants
Et aussi des enfants qui meurent
Celui qui tient entre ses doigts
Sa longue vie comme une flûte
Descend le fleuve et ne sait pas
Que ces enfants le dévisagent
Que dans la nuit des portes s’ouvrent
Et que soudain dans l’escalier
Des pas répondent à l’appel
De sa chanson au bord du fleuve

Mais seulement devant la mer
Quand fatigué par le voyage
Doucement son regard se pose
Sur toutes choses méritées
Il s’aperçoit qu’il n’est plus seul
Que les enfants l’ont devancé
A l’intérieur de sa vie même
Que son amour est dépassé.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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