Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘rue’

Mandarins (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration
    
mandarins
nom étrange pour des oiseaux si petits
dans ces cages ornées
de laine et de millet secs.

à l’abri
séparés de la rue par les fenêtres
ils attendent l’éternité.

marionnettes minuscules,
blanches
même la nuit.

se demander ce qu’ils trouvent
dans ce grain de millet si sec.

dans leur tête
une étoile
dont ils parlent la langue.

dans la nuit
au matin
il ne reste qu’un point.

(Pierre Garnier)

 

Recueil: Ornithopoésie
Traduction:
Editions: Des Vanneaux
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Retour en ville (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



Retour en ville

La ville disperse
Ses pavillons en meulière
Au milieu des jardins
Et entasse ses immeubles en béton
Dans l’arrogance ou l’humilité

J’entre de nouveau
Dans le ventre de la ville
Et parcours les rues habituelles
Qui se débattent sous la pluie
Et dont les caniveaux se déversent
Dans les eaux livides
D’un fleuve paresseux
Tandis que la triste tour Montjoie
Nargue l’église Saint Maclou.

(Jean-Baptiste Besnard)

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La pluie d’hier (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018




    
La pluie d’hier n’est pas encor sèche
Et l’herbe est toujours une eau verte !
Champs labourés et laissés, tristes,
L’arroche se flétrit, se flétrit.

Je rôde par les rues et les flaques;
Jour d’automne craintif et sauvage.
Dans chaque visage rencontré,
Je voudrais saisir ta chère image.

Tu regardes de vagues contrées,
Plus énigmatiques et plus belles.
Pour toi seulement notre bonheur,
Mon amitié te reste fidèle.

Que par la volonté de Dieu
La mort vienne fermer tes yeux :
Telle une ombre dans un champ pur,
Je vous suivrai, je te le jure.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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Cette rue, je la connais (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Cette rue, je la connais,
je la connais, cette maisonnette.
Le chaume bleu de ses chenaux
a glissé par-dessus la fenêtre.

Il y eut les années de détresse,
le déchaînement de forces insensées.
Je me suis souvenu de ma jeunesse,
souvenu de ma campagne bleue.

Je n’ai cherché ni la tranquillité
ni la gloire, dont je connais la vanité.
Aujourd’hui si je ferme les yeux
je ne vois que la maison paternelle.

Je vois le jardin sous la bruine bleue,
août en silence tapi contre la haie.
Et les saules dont les pattes vertes
abritent le ramage des oiseaux.

Si je l’ai aimée, notre maison de bois
aux poutres craquelées, inquiétantes !
Les nuits de pluie, notre vieux poêle
poussait d’étranges plaintes sauvages.

Râles déchirants, voix puissante
comme d’un vivant à l’agonie.
Que voyait-il, notre chameau de briques,
à travers le gémissement de la pluie ?

Quelque pays lointain sans doute,
rêves d’antan, époques florissantes,
les sables d’or d’Afghanistan,
les soirs cristallins de Boukhara.

Ces pays, je les connais aussi.
Que de chemin n’y ai-je parcouru.
Mais aujourd’hui je n’ai qu’un souhait :
Revoir les lieux de mon enfance

Pourtant ce tendre espoir n’est plus,
n’est plus que cendres dans la brume bleue.
Paix à toi, chaume de mes champs
paix à toi, ma maison de bois !

***

(Sergueï Essénine)

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Par les portails de Sinera (Salvador Espriu)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



    

Par les portails de Sinera
je passe en mendiant des miettes
de vieux souvenirs. Les rues
silencieuses résonnent
de la faible prière inutile.
Nulle charité ne me taille
le pain que je mangeais,
le temps perdu. Seuls
m’attendent, pour me faire l’aumône,
de fidèles cyprès très verts.

***

Pels portals de Sinera
passo captant engrunes
de veils records. Ressona
ais carrers en silenci
el feble prec inútil.
Cap caritat no em llesca
el pa que jo menjava,
el temps perdut. M’esperen
tan sols, per fer-me almoina,
fidels xiprers verdíssims.

(Salvador Espriu)

 

Recueil: Cimetière de Sinera
Traduction: Mathilde et Albert Bensoussan et Denise Boyer
Editions: Ibériques

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Automne en ville (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



vieille à sa fenêtre 2 [800x600]

Automne en ville

Les quelques arbres de la ville,
Avec un ensemble émouvant,
Font pleuvoir leurs feuilles tranquilles
Sur les enfants.

Et l’on dirait que dans les rues
Et dans les cours où l’ombre dort,
Une main inconnue
Fait doucement pleuvoir de l’or.

Les tramways vont, les autos filent,
Les gens se pressent sans rien voir,
Un avion fait sur la ville
Une ombre de grand oiseau noir.

Un large soleil de nickel
Brille, glacé, aux devantures.
Plus un ange ne s’aventure
Sur les hauts trapèzes du ciel.

Et polie ainsi qu’un ivoire
Derrière un petit rideau blanc,
Une vieille sourit de voir
S’affairer sans fin les passants.

(Maurice Carême)

 Illustration

 

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La flaque (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



la flaque

il monte de la rue
une odeur de beignets
tel qui frôla jusqu’au vertige
les acteurs de l’histoire
en achète deux ou trois
reliés par un fil végétal
puis prend pitié
des gestes qui nourrissent sa vie
en voyant dans l’eau l’immense de la flaque
avec le rêve de monde géométrique
se perdre les dates et le temps

(Hédi Kaddour)

Illustration

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Nudité (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



nudité

dans la rue silencieuse
certains rassemblent leurs gestes intérieurs
d’autres les jettent dans le vide
près de la fenêtre
un livre lentement se démode
la nudité pour un instant
est devenue la manière extrême
des êtres et des choses

(Hédi Kaddour)


Illustration: Paul Delvaux

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Rebelle et complice (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



rebelle et complice

des enfants regardent
au coin de la rue leur premier mort
comme d’une fenêtre
sur un vide rebelle et complice
une voie s’est vidée de son sang
non loin du feu de chantier
un passant prend peur
que son savoir vrai
ne soit qu’un brouillon

(Hédi Kaddour)


Illustration: Edvard Munch

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Je vais de rue en rue (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration: Alexis Becard 
    
2
je vais de rue en rue
de maison en maison
je sais bien pourquoi
je vois tout noir

des gens passent
l’air joyeux
belles voitures belles maisons
j’en perds la raison

quand je vois les bleus nuages
par-dessus les toits
et dehors le soleil
voyager

j’en ai les larmes aux yeux
au milieu de la liesse
car ceux qui m’aiment
sont loin de moi

3
ma chanson mes larmes
voyagez
par-dessus les gouffres
vers ma bien-aimée

si vous la trouvez rose et gaie
dites-lui que je languis
si vous la voyez triste jour et nuit
dites-lui que je vais bien

si elle ne m’aime plus
alors il n’y a plus ni joie ni peine
allez et dites à mes amis
que je suis mort

4
je t’ai laissée je suis parti
mon amour mon coeur
et tu vis au milieu de gens
qui te veulent du mal

qui envient
la beauté la fête
périsse l’amour
ils seraient ravis

nos allées vertes
dans la forêt
sont devenues
froides et désertes

des milliers d’étoiles
fixent le ciel
et resplendissent
sur de la neige

mon âme est si triste
les rues désertes
je n’ai que mon luth
Pour ma détresse

je voudrais reposer
les vents à la fenêtre
dors mon amour dors
notre amour veille

5
l’herbe était tendre
et le ciel bleu
nous deux ensemble
le pré radieux

le rossignol
rechante-t-il
et l’alouette
dans l’air tiédi

je les entends
au loin sans toi
c’est le printemps
mais pas pour moi

6
vers les forêts vont les nuages
ils passent sur le toit
je voudrais me suspendre
et voler avec eux

j’erre dans les bois
je m’assieds je pense
j’essaie un air
je me tiens coi

de gaies histoires
me viennent
je les écris
pourtant j’ai tant de peine

des chansons que j’ai écrites
il y a longtemps
mon amour était fidèle
le monde brillait

je me souviens d’elles
ému
ce dont elles parlent
n’est plus

ces nuages passent
les oiseaux s’éveillent
tout est gai luisant
et s’étend au loin

parfois il pleut
mêlé de soleil
ta maison ton jardin brillent
dans l’arc-en-ciel

mais tu n’as plus de peine
tu ne m’attends plus
moi je souffre encore
ces enchantements me tuent

***

2
Ich geh durch die dunklen Gassen
Und wandre von Haus zu Haus,
Ich kann mich noch immer nicht fassen,
Sieht alles so trübe aus.

Da gehen viel Manner und Frauen,
Die aile so lustig sehn,
Die fahren und lachen und bauen,
dal mir die Sinne vergehn.

Oft wenn ich bläuliche Streifen
Seh über die Dacher fliehn,
Sonnenschein draußen schweifen,
Wolken am Himmel ziehn :

Da treten mitten im Scherze
Die Tränen ins Auge mir,
Denn die mich lieben von Herzen
Sind aile so weit von hier.

3
Lied, mit Tränen halb geschrieben,
Dorthin über Berg und Kluft,
Wo die Liebste mein geblieben,
Schwing dich durch die blaue Luft

Ist sie rot und lustig, sage :
Ich sei krank von Herzensgrund ;
Weint sie nachts, sinnt still bei Tage,
Ja, Bann sag : ich sei gesund !

Ist vorbei ihr treues Lieben,
Nun, so end auch Lust und Not,
Und zu allen, die mich lieben,
Flieg und sage : ich sei tot !

4
Ach Liebchen, dich ließ ich zurücke,
Mein liebes, herziges Kind,
Da lauern viel Menschen voll Tücke,
Die sind dir so feindlich gesinnt.

Die möchten so gerne zerstören
Auf Erden das schöne Fest,
Ach, könnte das Lieben aufhören,
So mögen sie nehmen den Rest.

Und aile die grünen Orte,
Wo wir gegangen im Wald,
Die sind nun wohl anders geworden,
Da ists’s nun so still und kalt.

Da sind nun am kalten Himmel
Viel tausend Sterne gestellt,
Es scheint ihr goldnes Gewimmel
Weit libers beschneite Feld.

Mein’ Seele ist so beklommen,
Die Gassen sind leer und tot,
Da hab ich die Laute genommen
Und singe in meiner Not.

Ach, war ich im stillen Hafen !
Kalte Winde am Fenster gehn,
Schlaf ruhig, mein Liebchen, schlafe,
Treu’ Liebe wird ewig bestehn !

5
Grün war die Weide,
Der Himmel blau,
Wir saßen beide
Aufglänzender Au.

Sind’s Nachtigallen
Wieder, was ruft,
Lerchen, die schallen
Aus warmer Luft ?

Ich hör die Lieder,
Fern, ohne dich,
Lenz ist’s wohl wieder,
Doch nichtfür mich.

6

Wolken, wälderwärts gegangen,
Wolken, fliegend fibers Haus,
Könnt ich an euch fist mich hangen,
Mit euch fliegen weit hinaus !

Tag’lang durch die Wilder schweif ich,
Voll Gedanken sitz ich still,
In die Saiten flüchtig greif ich,
Wieder dann auf einmal still.

Schöne, rührende Geschichten
Fallen mir ein, wo ich steh,
Lustig muß ich schreiben, dichten,
1st mir selber gleich so weh.

Manches Lied, das ich geschrieben
Wohl vor manchem langen Jahr,
Da die Welt vom treuen Lieben
Schön mir überglänzet war ;

Find ich’s weder jetzt voll Bangen
Werd ich wunderbar gerührt,
Denn so lang ist das vergangen,
Was mich zu dem Lied verführt.

Diese Wolken ziehen weiter,
Alle Vogel sind erweckt,
Und die Gegend glänzet heiter,
Weit undfröhlich aufgedeckt.

Regen flüchtig abwärts gehen,
Scheint die Sonne zwischendrein,
Und dein Haus, dein Garten stehen
Überm Wald im stillen Schein.

Doch du harrst nicht mehr mit Schmerzen,
Wo so lang dein Liebster sei —
Und mich tötet noch im Herzen
Dieser Schmerzen Zauberei.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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