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Posts Tagged ‘rue’

Nuit ma voûtée de ton destin de nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


 

Jeanie Tomanek shockandawe

Nuit ma voûtée de ton destin de nuit
qui fais mûre sauvage ma rue que tu émondes de ses ronces
Nuit large comme les rues et lisse jusqu’au ciel comme les toits et les pâtures
et qui t’allonges jusqu’à l’horizon comme la mort des morts
et comme la mémoire des vivants
Nuit sans fissure dessertie du diadème par les nuées
et rejetée du vif par les tentures et par ta nature

Nuit taciturne malgré le meurtrier et la victime et la plainte du sang hors la veine entaillée
Nuit lasse de ton destin de nuit et vieille de ce qu’il advient chaque nuit dans la nuit
tu es sevrée car l’homme est debout au soleil et dormant à ta face

Ton corps d’alcool est l’arête et l’encoignure
tes coudes s’effacent dans les impasses
tu combles les interstices des pavés
tu es le pieu et la lierne des palissades
et tes paupières clignent dans les balustres des balcons
Tes poings coupés par les toits feuillettent parfois une étoile dévoilée

Ma nuit creusée par les canaux de mon attente tu es attentive et courtoise
tu estimes le pas de l’homme et le répercutes dans sa haute unité et dans sa pleine lourdeur
et restitues à son corps son juste bruit

Le soleil a ses sujets qu’il comble qu’il brûle et qui dorment
toi tu as ceux qui manquent les vendanges
et s’anuitent pour rattraper d’impalpables récoltes
et pour rafraîchir la constante et matinale blessure
Et tu annexes exclusive leur passage

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Automne en ville (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



vieille à sa fenêtre 2 [800x600]

Automne en ville

Les quelques arbres de la ville,
Avec un ensemble émouvant,
Font pleuvoir leurs feuilles tranquilles
Sur les enfants.

Et l’on dirait que dans les rues
Et dans les cours où l’ombre dort,
Une main inconnue
Fait doucement pleuvoir de l’or.

Les tramways vont, les autos filent,
Les gens se pressent sans rien voir,
Un avion fait sur la ville
Une ombre de grand oiseau noir.

Un large soleil de nickel
Brille, glacé, aux devantures.
Plus un ange ne s’aventure
Sur les hauts trapèzes du ciel.

Et polie ainsi qu’un ivoire
Derrière un petit rideau blanc,
Une vieille sourit de voir
S’affairer sans fin les passants.

(Maurice Carême)

 Illustration

 

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La Bohème (Charles Aznavour)(Jacques Plante)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2018



 

Illustration: Alcide Théophile Robaudi
    
La Bohème

Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître
Montmartre en ce temps-là
Accrochait ses lilas
Jusque sous nos fenêtres
Et si l’humble garni
Qui nous servait de nid
Ne payait pas de mine
C’est là qu’on s’est connu
Moi qui criait famine
Et toi qui posais nue

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On est heureux
La bohème, la bohème
Nous ne mangions qu’un jour sur deux

Dans les cafés voisins
Nous étions quelques-uns
Qui attendions la gloire
Et bien que miséreux
Avec le ventre creux
Nous ne cessions d’y croire
Et quand quelque bistro
Contre un bon repas chaud
Nous prenait une toile
Nous récitions des vers
Groupés autour du poêle
En oubliant l’hiver

La bohème, la bohème
Ça voulait dire
Tu es jolie
La bohème, la bohème
Et nous avions tous du génie

Souvent il m’arrivait
Devant mon chevalet
De passer des nuits blanches
Retouchant le dessin
De la ligne d’un sein
du galbe d’une hanche
Et ce n’est qu’au matin
Qu’on s’asseyait enfin
Devant un café-crème
Épuisés mais ravis
Fallait-il que l’on s’aime
Et qu’on aime la vie
La bohème, la bohème
Ça voulait dire
On a vingt ans
La bohème, la bohème
Et nous vivions de l’air du temps

Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
À mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues
Qui ont vu ma jeunesse
En haut d’un escalier
Je cherche l’atelier
Dont plus rien ne subsiste
Dans son nouveau décor
Montmartre semble triste
Et les lilas sont morts

La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout

(Charles Aznavour)(Jacques Plante)

 

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Quelque part (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



Quelque part

En plein milieu de la rue, c’est toi.
Dans le piétinement des trottoirs,
le fracas des moteurs, à midi
ou cinq heures; une sorte de blanc
comme un film qui saute. On ne sent
que le vent qui se lève, le souffle
qui traverse les choses. Pourtant
rien ne bouge. Tout est immobile
quelque part: mais comment savoir où.

(Jacques Ancet)


Illustration

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L’HOMME EST DERRIÈRE SON REGARD… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



L’HOMME EST DERRIÈRE SON REGARD…
A Charles Autrand,

L’homme est derrière son regard
Comme derrière une vitrine
Lavée à grande eau par le jour.

Lui-même est en-deçà, très loin
Il pourrait durer aussi bien
Les yeux clos sur le monde ancien.

Mais il lui faut, sauf à hurler
D’épouvante dans son linceul
Coller son front contre la vitre

Dont l’inaltérable fraîcheur
Le persuade : il est caillot
Dans les bronches du paysage.

Et l’homme broute, à longueur d’homme,
Sans faim, pour ne pas avoir peur,
Des rues, des pays, des automnes.

(Jean Rousselot)

Illustration: Martin Jarrie

 

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CORPS ABSOLU (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2018



 

CORPS ABSOLU

Le corps absolu s’éveille
enfile chemise et pantalon

et s’en va par les rues

*

THE ABSOLUTE BODY

The absolute body wakens
puts on pants and shirt

and goes out into the streets

(Kenneth White)

Illustration

 

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RUE VERTE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




RUE VERTE

Rue verte beaucoup qui te longeaient
se payaient de mots et d’espoirs :
jeunes ménages entrant dans la vie
la dame en chapeau à plumes
et l’homme en chapeau de soie
et moustaches de campagne
rentraient dans tes boyaux, rue verte
aux pissenlits touffus
aux chats massifs ;
d’immenses tartines d’enfants
sur qui le beurre fraîchissait
sur qui la confiture glaçait
étaient parfois pendant le jeu
posées sur une borne grise
jusqu’à l’oubli.

(Jean Follain)

Illustration

 

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La rue dans l’ombre (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2018




    
La rue dans l’ombre. Les hautes maisons cachent
le soleil qui meurt; il y a des échos de lumière aux fenêtres.

Ne vois-tu pas, dans le cadre enchanté du mirador fleuri
l’ovale rose d’un visage connu?

L’image, derrière la vitre au reflet équivoque, apparaît
ou s’éteint, vieux daguerréotype.

Seul le bruit de ton pas résonne dans la rue; les échos du
couchant s’éteignent lentement.

Oh, mon angoisse! Mon coeur est lourd et douloureux…
C’est elle? Impossible… Passe ton chemin… Dans l’azur, l’étoile.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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LE TERME (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018



 

bonhomme-maekawa

LE TERME

UNE feuille froissée
de papier d’emballage
d’à peu près la longueur

et le volume apparent
d’un homme
roulait avec le

vent lentement roulant
et roulant dans
la rue quand

une auto lui passa
dessus et l’écrasa

sur le sol. Différente
d’un homme elle se releva
roulant de nouveau

avec le vent roulant
et roulant, redevenue
comme elle était auparavant.

***

THE TERM

A rumpled sheet
of brown paper
about the length

and apparent bulk
of a man was
rolling with the

wind slowly over
and over in
the street as

a car drove down
upon it and
crushed it to

the ground. Unlike
a man it rose
again rolling

with the wind over
and over to be as
it was before.

(William Carlos Williams)

Illustration

 

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La place et les orangers flamboyants (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



    

La place et les orangers flamboyants
avec leurs fruits ronds et rieurs.

Tumulte de petits collégiens
qui sortent de l’école, en désordre,
emplissant l’air de la place ombragée
du tintamarre de leurs voix neuves.

Allégresse enfantine dans les recoins
des villes mortes!…

Et une part de nous, d’hier,
que nous voyons errer encore
dans ces vieilles rues!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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