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NUIT D’HIVER (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



NUIT D’HIVER

Quand je passe par les nuits silencieuses
Et que ma pensée t’évoque
En de muettes douleurs…
O rêve, âme idéale,
Amour
Qui voudrait renaître,
Pour te faire frissonner de volupté…
O rêve, âme idéale,
Pourvu que n’en aient vent
Les amantes d’antan…

*

Quelle ombre à ta fenêtre jaillit,
Ombre d’amours vaincues ?
Vieux poète, abîme de la nuit
Sur la neige des rues.
Des sanglots par cette nuit d’hiver
Où la tempête engloutit tout
Courent Dieu sait où,
En l’instant lourd, amer…

(George Bacovia)

Illustration

 

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SOUVENIRS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



SOUVENIRS

Poésie, poésie…
Jaune, plomb, violet…

Et vide, la rue…
Ou longues attentes,
Et parcs glacés…
Poète et solitaire…
Jaune, plomb, violet…

Vide, la chambre,
Et longues les nuits…
Parfum de deuil,
Séculaire…
A tout jamais..

(George Bacovia)

 

 

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Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration
    
Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde

Bonheur, cause entendue,
Cause perdue,
J’aimerai le premier visage,
Je vous appellerai ma sœur,
Passante, mettez-vous entre le monde et moi,
Je tomberai de rue en rue,
Cueilli dans les filets
Qui me retiendront tout le soir ;
Et dans le buisson des lumières,
Couteaux aigus visant au cœur,
Je dormirai peut-être sur les pierres,
Je dormirai peut-être sur le vide
Je dormirai aux portes du matin,
Une épaule nue glisse avec la nuit,
Est-ce la vague qui se creuse
Et se soulève et prend un corps
Qui doit mourir ?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je vais dans la rue (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019


 


 

Ettore Aldo Del Vigo

Je vais dans la rue
Je rentre je sors
mon dieu où aller
dans le ciel ou en moi

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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le chat l’unique élu (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



    

le chat l’unique élu
du dieu de l’immanence
on le trouve assis
sur le manuscrit perdu

il le quitte la nuit
pour nourrir sa mémoire
en flânant dans les rues
il est maître du temps

il explore les lieux
qui sont toujours nouveaux
et l’herbe des talus
que défroisse la lune

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Autres séjours
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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RUE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Dorina Costras resentimente1_mare_inset

RUE

Dans l’obscurité d’en bas, un vague fiacre
— pavé humide et profus ! —
qui, diffus, fait demi-tour,
s’en va, sans présence et sans poids,
sans existence, comme
défait dans la cendre des morts.

D’un balcon sans lumière encore,
une forme noire fait un signe d’adieu
à celle qui part — à cette heure ? —

Celle qui part— vagues couleurs mates —
n’a-t-elle pas de corps ?
C’est un costume de bal masqué,
d’un néant qui s’en va, en fiacre, vers un rêve.

***

CALLE

Por la oscuridad de abajo, un simón vago
—¡adoquinado húmedo y profuso!—,
que da, difuso, la vuelta,
va, sin presencia ni peso,
sin existencia, como
deshecho en el cenizo de los muertos.

De un balcón aún sin luz,
despide un bulto negro
a la que parte —&a esta hora ?—

La que parte — vagos colores mates—
¿no tiene cuerpo?
Es un traje de máscara
de una nada que va, en simón, a un sueño.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration; Dorina Costras

 

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LES ILLUSIONS (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Laurent Gorris
    
LES ILLUSIONS

II croyait
Qu’il errait, qu’il errait
Et même qu’il vagabondait :
Il aimait, il aimait
Jany

Il croyait
Qu’il murmurait, qu’il promurmurait
Et même qu’il démurmurait;
ll disait, se disait qu’il aimait
Jany.

Il croyait
Qu’il oubliait, qu’il oubliait
Et même qu’il désoubliait;
Il se souvenait qu’il aimait
Jany.

Il croyait
Qu’il écoutait, écoutait
Les rues, les étangs, les forêt;
ll entendait, il entendait
Jany.

Il croyait
Qu’il vieillissait, vieillissait,
Qu’il passait, qu’il passait, qu’il passait;
Son jeune âge toujours là c’était
Jany.

ll croyait
Qu’il pleurait, qu’il pleurait,
Que nuit et jour il se désolait;
Nuit et jour il était heureux d’aimer
Jany.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUESTIONS (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration: Fan Ho 
    
QUESTIONS

Tous ceux qui passent le matin et dont tu entends les pas
tracent-ils avec toi les lignes d’une dessin caché?
Un jour ces milliards de pas déboucheront-ils dans quelque clairière
et vous étant retrouvés verrez-vous par le gros bout de la lorgnette
la rue là-bas, ces pas, ces veilles, ces sommeils dans les chambres
vous reconnaissant, vous nommant
dans l’architecture délicieuse qui fait trembler les anges?

(Paul de Roux)

 

Recueil: Les pas
Traduction:
Editions: L’Alphée

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Quand ils s’assemblent (André Cuisenier)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2019



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Quand ils s’assemblent
Des absents sont là
Et des morts renaissent.

***

Passant de Fleury,
Prie pour mes rues et mes arbres
Sur ma place vide.

(André Cuisenier)

 

 

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La place et les orangers flamboyants (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



La place et les orangers flamboyants
avec leurs fruits ronds et rieurs.

Tumulte de petits collégiens
qui sortent de l’école, en désordre,
emplissant l’air de la place ombragée
du tintamarre de leurs voix neuves.

Allégresse enfantine dans les recoins
des villes mortes!…

Et une part de nous, d’hier,
que nous voyons errer encore
dans ces vieilles rues!

(Antonio Machado)

Illustration

 

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