Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘rune’

AVEN (Jean-Dominique Rey)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



AVEN

Genêt rude
inscrit
sur l’espace improbable
du temps

la terre cède
au sel
ses deniers opaques

roc rouillé
qui se cache
sous les lichens

forêt rongée
dont l’humide silence
broie les pierres

aux fortes houles
les rois enfouis
sortent des runes

(Jean-Dominique Rey)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Elle n’était même pas atterrante comme un Ange (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



Lorenzo Costa_Marie 004 [800x600]

Hommage aux anges
[40]

Ceci n’est ni rune ni symbole,
ce que je veux dire est — c’est si simple

pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau
ne pourrait capter cette impression ;

ce que je voulais indiquer était
une nouvelle phase, une nouvelle distinction de couleur ;

je voulais dire, j’ai dit
qu’il n’y avait ni éclat, ni reflet,

ni ombre ; quand j’ai dit blanc,
je ne voulais pas dire blanc de sculpteur ou de peintre,

ni porcelaine ; blanc pâle ne pourrait pas
en donner l’idée, car quand

la neige fraichement tombée (ou la neige
au moment où elle tombe) est-elle pâle ?

pourtant maintenant, nous titubons, nous sommes perdus —
que pouvons-nous dire ?

elle n’était pas impalpable comme un spectre,
elle n’était pas terrifiante comme un Esprit,

elle n’était même pas atterrante
comme un Ange.

[41]

Elle portait un livre, soit pour suggérer
qu’elle était des nôtres, avec nous,

soit pour indiquer qu’elle était satisfaite
de notre intention, un tribut aux Anges ;

pourtant bien que le campanile ait dit,
Gabriel, Azraël,

bien que le campanile ait répondu,
Raphaël Urgel,

bien qu’une note distante sur l’eau
ait sonné Annaël, et que Michel

ait été implicite dès le début,
une autre cloche, profonde, sans nom, résurgente

a répondu, couvrant toutes les autres :
souviens-toi, là où il n’y avait

que faire de la lune pour luire…
je ne vis point de temple.

***

This is norune nor symbol,
what Î mean is-it is so simple

yet no trick of the pen or brush
could capture that impression;

what I wanted to indicate was
a new phase, a new distinction of colour;

I wanted to say, I did say
there was no sheen, no reflection,

no shadow; when I said white,
I did not mean sculptor’s or painter’s white,

nor porcelain; dim-white could
not suggest it, for when

is fresh-fallen snow (or snow
in the act of falling) dim?

yet evenino’o we`stumble, we are lost—
what can we say?

she was not impalpable like a ghost,
she was not awe-inspiring like a Spirit,

she was not even over-whelming
like an Angel.

She carried a book, either to imply
she was one of us, with us,

or to suggest she was satisfied
with our purpose, a tribute to the Angels

yet though the campanili spoke,
Gabriel, Azrael,

though the campanili answered,
Raphael, Uriel,

thought a distant note over-water
chimed Annael, and Michael

was implicit from the beginning,
another, deep, un-named, resurging bell

answered, sounding through them all:
remember, where there was

no need of the moon to shine .. .
I saw no temple.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Lorenzo Costa

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce n’est ni rune ni énigme, cela a lieu partout (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Piet Mondrian xY [800x600]

Hommage aux anges
[21]

Ce n’est ni rune ni énigme,
cela a lieu partout ;

ne pourrait capter cette impression ;
la musique ne pourrait rien en faire,

ce que je veux dire est — c’est si simple
pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau

absolument rien ; ce que je veux dire est —
mais tu l’as vu toi-même

ce bois calciné s’effritant…
tu l’as vu toi-même.

[22]

Une sensation neuve
n’est pas accordée à tout le monde,

pas à tout le monde partout,
mais à nous ici, une sensation neuve

frappe, paralysante,
frappe de mutisme,

frappe les sens de mutisme,
fait vibrer tous les nerfs ;

je suis sûre que tu vois
ce que je veux dire ;

c’était un vieil arbre
comme on en voit partout,

partout ici — et des douves de tonneau
et des briques

et un bout du mur
dénudé et la laideur nue

et ensuite… musique ? oh, ce que je voulais dire
par musique quand j’ai dit musique, c’était —

la musique pose des échelles,
elle nous rend invisible,

elle nous met à l’écart,
elle nous permet de fuir ;

mais devant le visible
on ne peut pas fuir ;

on ne peut pas fuir la pointe
qui perce le coeur.

[23]

Nous en faisons partie ;
nous admettons la transsubstantiation,

pas seulement Dieu dans le pain
mais Dieu dans l’autre-moitié de l’arbre

qui paraissait mort
ai-je courbé la tête ?

ai-je pleuré ? mes yeux ont vu,
ce n’était pas un rêve

mais c’était pourtant vision,
c’était un signe,

c’était l’Ange qui m’a délivré,
c’était le Saint Esprit —

un pommier à moitié calciné
en fleurs ;

c’est la floraison de la croix,
c’est la floraison du bois,

où, Annaël, nous nous figeons pour rendre grâce
d’être une fois encore sortis de la mort et de vivre.

***

This is no rune nor riddle,
it is happening everywhere;

what I mean is—it is so simple
yet no trick of the pen or brush

could capture that impression;
music could do nothing with it,

nothing whatever; what I mean is—
but you have seen for yourself

that burnt-out wood crumbling …
you have seen for yourself.

A new sensation
is not granted to everyone,

not to everyone everywhere,
but to us here, a new sensation

strikes paralysing,
strikes dumb,

strikes the senses numb,
sets the nerves quivering;

I am sure you see
what I mean;

it was an old tree
such as we see everywhere,

anywhere here—and some barrel staves
and some bricks

and an edge of the wall
uncovered and the naked ugliness

and then … music? O, what I meant
by music when I said music, was—

music sets up ladders,
it makes us invisible,

it sets us apart,
it lets us escape ;

but from the visible
there is no escape;

there is no escape from the spear
that pierces the heart.

We are part of it;
we admit the transubstantiation,

not God merely in bread
but God in the other-half of the tree

that looked dead—
did I bow my head?

did I weep? my eyes saw,
it was not a dream

yet it was vision,
it was a sign,

it was the Angel which redeemed me,
it was the Holy Ghost—

a half-burnt-out apple-tree
blossoming;

this is the flowering of the rood,
this is the flowering of the wood

where Annael, we pause to give
thanks that we rise again from death and live.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Piet Mondrian

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Mal était actif dans le pays (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



le-caducee

Les murs ne tombent pas
[2]

Le Mal était actif dans le pays,
le Bien appauvri et triste ;

Aventure promise à un triste sort,
le Bien était gras et béat ;

le Mal-in nous poursuivait,
paré tel Jéhovah ;

le Bien était la cosse sans goût,
dépouillée de la fève de manne, de lentille

ils étaient furieux quand nous fûmes affamés
de nourriture, Dieu ;

ils ont arraché nos amulettes,
les charmes ne sont pas, dirent-ils, la grâce ;

mais les dieux voient toujours dans les deux sens,
sur les anciennes routes cherchons la présence

de la vraie-rune, la bonne formule,
recouvrons d’anciennes valeurs ;

sans écouter s’ils crient
ta beauté, Isis, Aset ou Astarté,

est une catin ; tu es rétrogressif,
zélote, rêvant des anciens lieux de plaisir ;

ton coeur, en outre,
est un chancre mort,

ils continuent, et
ton rythme est l’hymne du malin,

ton style est plongé dans le corrosif sublimé,
comment peux-tu gratter

l’encre indélébile du palimpseste
de la mésaventure passée ?

{3]

Laissez -nous, néanmoins, récupérer le Sceptre,
la verge du pouvoir :

elle est couronnée par la fleur de lis
ou le bouton de lis :

c’est Caducée ; parmi les mourants
il porte la guérison :

ou évoquant les morts,
il apporte la vie aux vivants.

***

Evil was active in the land,
Good was impoverished and sad;

Ill promised adventure,
Good was smug and fat;

Dev-ill was after us,
tricked up like Jehovah;

Good was the tasteless pod,
stripped from the manna-beans, pulse, lentils:

they were angry when we were so hungry
for the nourishment, God;

they snatched off our amulets,
charms are not, they said, grace;

but gods always face two-ways,
so let us search the old highways

for the true-rune the right-spell,
recover old values;

nor listen if they shout out,
your beauty, Isis, Aset or Astarte,

is a harlot; you are retrogressive,
zealot, hankering after old flesh-pots;

your heart, moreover,
is a dead canker,

they continue, and
your rhythm is the devil’s hymn,

your stylus is dipped in corrosive sublimate,
how can you scratch out

indelible ink of the palimpsest
of past misadventure?

Let us, however, recover the Sceptre,
the rod of power:

it is crowned with the lily-head
or the lily-bud:

it is Caduceus; among the dying
it bears healing:

or evoking the dead,
it brings life to the living.

(Hilda Doolittle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Là (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2015



Là.

Chercher. Chercher encore,
un chien enroué, un requin ironique, un héron,
une corne, un rire inouï.
Chercher une noce
inconnue, une couronne,
un cœur, un écrin.
Ne rien nier. Énoncer.
Écrire ce rune unique,
ce cri noir noué, ce couru rêche.

(Georges Perec)

Découvert ici chez Pur Rien ici

Illustration: Evgeni Gordiets

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HOMMAGE AUX ANGES (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2015



Renata Ratajczyk  _Revelations_1
HOMMAGE AUX ANGES

Ceci n’est ni rune ni symbole,
ce que je veux dire est ― c’est si simple

pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau
ne pourrait capter cette impression ;

ce que je voulais indiquer était
une nouvelle phase, une nouvelle distinction de couleur ;

je voulais dire, j’ai dit
qu’il n’y avait ni éclat, ni reflet,

ni ombre ; quand j’ai dit blanc,
je ne voulais pas dire blanc de sculpteur ou de peintre,

ni porcelaine ; blanc pâle ne pourrait pas
en donner l’idée, car quand

la neige fraîchement tombée (ou la neige
au moment où elle tombe) est-elle pâle ?

pourtant maintenant, nous titubons, nous sommes perdus ―
que pouvons-nous dire ?

elle n’était pas impalpable comme un spectre,
elle n’était pas terrifiante comme un Esprit,

elle n’était même pas atterrante
comme un Ange.

***

TRIBUTE TO THE ANGELS

This is no rune nor symbol,
what I mean is — it is so simple

yet no trick of the pen or brush
could capture that impression;

what I wanted to indicate was
a new phase, a new distinction of colour;

I wanted to say, I did say
there was no sheen, no reflection,

no shadow; when I said white,
I did not mean sculptor’s or painter’s white,

nor porcelain; dim-white could
not suggest it, for when

is fresh-fallen snow (or snow
in the act of falling) dim?

yet even now, we stumble, we are lost —
what can we say?

she was not impalpable like a ghost,
she was not awe-inspiring like a Spirit,

she was not even over-whelming
like an Angel.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Renata Ratajczyk

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :