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LE CHANT DU TEMPS (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017



Illustration: Josephine Wall 
    
LE CHANT DU TEMPS

Le soleil est dans mon coeur, les étoiles se cachent dans les plis de ma tunique.
Si tu me contemples, je ne suis rien; si tu regardes en toi, je suis toi-même.
Dans les villes et dans les campagnes, dans les palais et dans les chaumières,
Je suis la douleur et ce qui l’apaise, je suis la joie infinie.

Je suis l’épée qui déchire l’univers, je suis la Source de Vie.
Les Gengis Khan et les Tamerlan ne sont qu’une poignée de ma poussière,
Le bruit et la fureur de l’Europe ne peuvent rivaliser avec le plus infime de mes échos.
L’homme et son univers ne sont que l’une de mes esquisses,
C’est avec le sang de son cceur que je colore mon printemps.

Je suis flamme ardente, je suis divin paradis.
Ô étrange mystère! Je suis à la fois immobile et en marche,
L’éternité se reflète dans ma coupe éphémère.
Mille mondes rutilants sont enfouis dans mon coeur,
Mille étoiles filantes et mille globes d’azur.

Je suis le manteau de l’humanité et la robe de la divinité.
Je suis le maître du destin et le créateur de la liberté.
Tu es l’amant de Leila et moi le désert de ton amour.
Je suis au-delà de ta quête, inaccessible comme l’esprit.

Je suis le secret de ton coeur et tu es le secret du mien;
Caché au fond de toi-même, je me manifeste à travers toi.
Je suis le voyageur et toi le but du voyage. Je suis le champ et toi la moisson.
Tu es la musique des musiques, tu es l’âme de la vie.

Ô vagabond pétri d’argile, vois comme ton coeur est immense!
Un océan sans limites enfermé dans une coupe
dont les lames de fond sèment la tempête.

(Mohammad Iqbal)

 

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Les grands saules chantent (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2016



Les grands saules chantent
Mêlés au ciel
Et leurs feuillages sont des eaux vives
Dans le ciel

Le vent
Tourne leurs feuilles
D’argent
Dans la lumière
Et c’est rutilant
Et mobile
Et cela flue
Comme des ondes.

On dirait que les saules coulent
Dans le vent
Et c’est le vent
Qui coule en eux.

C’est des remous dans le ciel bleu
Autour des branches et des troncs
La brise chavire les feuilles
Et la lumière saute autour
Une féerie
Avec mille reflets
Comme des trilles d’oiseaux-mouches
Comme elle danse sur les ruisseaux
Mobile
Avec tous ses diamants et tous ses sourires.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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UN OISEAU CHANTAIT (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2016



UN OISEAU CHANTAIT

Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
Sur un chêne au bois,
— Autrefois —
Un rayon de soleil courait sur les blés lourds;
Un papillon flottait sur l’azur des lents jours
Que la brise éventait;
L’avenir s’érigeait en mirages de tours,
Qu’enlaçait un fleuve aux rets de ses détours;
C’était le château des fidèles amours.
— L’oiseau me les contait.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
La chanson de mon rêve;
Et, voix de la plaine, et voix de la grève,
Et voix des bois qu’Avril énerve,
L’écho de l’avenir en riant mentait:
Du jeune coeur, l’âme est la folle serve,
Et tous deux ont chanté
Du Printemps à l’Eté.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait d’espérance et de joie,
Chantait la vie et ses tournois
Et la lance qu’on brise et la lance qui ploie;
Le rire de la dame qui guette
Le vainqueur dont elle est la conquête;
La dame est assise en sa gonne de soie
Et serre sur son coeur une amulette.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
De l’aube jusqu’en la nuit:
Et dans les soirs de solitaire ennui
Sa chanson me hantait;
Si bien qu’au hasard de paroles très douces
Je me remémorais ses gammes,
Apprises parmi les fougères et les mousses,
Et les redisais à de vagues dames,
Des dames blondes ou brunes ou rousses,
Des dames vaporeuses et sans âmes.

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Un oiseau chantait la chanson de l’orgueil;
Et dans les soirs nerveux d’émois
Je l’écoutais du seuil;
Ils sont morts, les vieux jours de fiers massacres;
Mes orgueils, écumants du haut frein de mon veuil,
Se sont cabrés aux triomphes des sacres,
Ils ont flairé les fleurs du cercueil,
Arômes des catafalques — doux et acres;
Mes vanités sont au cercueil.

Derrière chez mon père, un oiseau chantait
Qui chante dans mon âme et dans mon coeur, ce soir;
J’aspire l’ombre ardente où fume un encensoir.
O jardins rutilants qui m’avez enfanté,
Et je revis chaque heure et toutes vos saisons:
Joie en rire de feuilles claires par la rive,
Joies en sourires bleus de lac aux horizons,
Joie en prostrations de la plaine passive,
Joie éclose en frissons;.
Les jeunes délices qui furent dans nos yeux
— Aurores et couchants — les étoiles des cieux
Et le portail de Vie ouvert et spacieux
Vers les jeunes moissons!

Derrière chez mon père, sur un chêne au bois,
Derrière chez mon père, un oiseau chantait,
En musique de flûte alacre et de hautbois,
En musique qui te vantait,
Toi, mon Rêve et mon Choix;
Sais-tu combien aux soirs s’alanguissait ma vie;
Sais-tu de quels lointains mon âme t’a suivie,
Et comme ton ombre la tentait
Vers le Château d’Amour que l’oiseau chantait
Sur un chêne au bois?
— Autrefois. —

(Francis Vielé-Griffin)

 

 

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Madrigal

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2015



Madrigal

Incarnate et dodue et narguant les chloroses,
Avec ta bouche rutilante et ton maintien
Impudique, et ton front que le remords chrétien
Ne saurait assombrir de hantises moroses ;
Avec tes seins petits et tes hanches décloses,
Et tes cheveux tordus, tu représentes bien
Ce conventionnel amour, que l’art païen
Mais le nôtre – para de rubans et de roses.

Or, je rêve d’un temple aux doriques piliers
Où grimpent les volubilis parmi les mauves ;
Et dans le pur acier de tes prunelles fauves
Je vois des bois de myrte aux nymphes familiers,
Et des ruisseaux furtifs où boivent les dorcades,
Et qui coulent par mélodieuses saccades.

(Jean Moréas)

Illustration: Alfred Boucher

 

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