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Poésie

Posts Tagged ‘rythme’

Tu rentres en chantant (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Tu cueilles un rêve dans la fleur
D’où s’envole un papillon
Tu composes un bouquet
De plantes aromatiques
Et emplis ta corbeille
De fruits de toutes les couleurs
Et quand l’arbre retrouve
Le rythme de ses feuilles
Et qu’un silence fébrile
Etouffe tous les bruits
Tu rentres en chantant
Et déployant ta robe légère
Sur tes jambes de nymphe.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Andrzej Malinowski

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Dans l’angle obscur de la chambre, le piano Songe (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021


 

Dans l’angle obscur de la chambre, le piano
Songe, attendant des mains pâles de fiancée

De qui les doigts sont sans reproche et sans anneau,
Des mains douces par qui sa douleur soit pansée
Et qui rompent un peu son abandon de veuf,
Car il refrémirait sous des mains élargies

Puisqu’en lui dort encor l’espoir d’un bonheur neuf.
Après tant de silence, après tant d’élégies
Que le deuil de l’ébène enferma si longtemps,
Quelle ivresse si, par un soir doux de printemps,

Quelque vierge attirée à sa mélancolie
Ressuscitait de lui tous les rythmes latents :
Gerbe de lis blessés que son jeu lent délie;
Eau pâle du clavier où son geste amusé

— Rafraîchi comme ayant joué dans une eau claire —
Ferait surgir un blanc cortège apprivoisé,
Cygnes vêtus de clair de lune en scapulaire,
Cygnes de Lohengrin dans l’ivoire nageant

Hélas! le piano reste seul et morose
Et défaille d’ennui par ce soir affligeant
Où dans la chambre meurt une suprême rose.

La nuit tombe; le vent fraîchit; nul n’est venu
Et, résigné parmi cette ombre qui le noie,
Il refoule dans le clavier désormais nu
Les possibilités de musique et de joie !

(Georges Rodenbach)

Illustration

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ÉLÉGIE (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021




ÉLÉGIE

Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Comme une grande bulle de cristal mince
ce soir, est le monde :
il gonfle il gonfle il monte.
Qui d’entre nous
croyait en épier le rythme et le souffle ?

Mieux vaut ne pas bouger.
C’est un bleu d’eau profonde
qui nous enveloppe,
en lui
pullulent formes images arabesques.
Ici pas de lune pour nous :
c’est plus loin qu’elle doit s’arrêter :
les confins du visible en écument.

Fleurs d’ombre
jamais vues, imaginées,
vergers emprisonnés
par deux murs,
parfums entre les doigts des potagers !
Nuit sombre, crées-tu des fantômes ou berces-tu
dans tes bras un monde ?

Ne bouge pas.
Comme une bulle immense,
tout gonfle, tout monte.
Et toute cette fausse réalité
explosera
peut-être.
Nous, nous resterons peut-être.
Nous peut-être.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.

Tu pleures ?

(Eugenio Montale)

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«ULYSSE», UNE PAGE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    

«ULYSSE», UNE PAGE

[…]

Aucune certitude ne remplace
la conviction du néant; nul ressac ne blanchit
les cheveux de l’aube. «Croyez au rythme »,
disait-il, comme si quelqu’un l’entendait. La mort est une
femme nue parmi les statues du parc ; une
femme nue à cheval sur une machine à écrire ;
le sexe d’algues que la marée découvre,
entre les derniers mots du poème et le corps,
qui les entend, enchaîné à la mâture du vers.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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PHOTOGRAPHIE (extérieur) (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PHOTOGRAPHIE (extérieur)

Auparavant la vérité
descendait la colline sur les paroles du berger ;
et les brebis n’étaient pas seules à les saisir. Je me
souviens
de ces collines vertes
sous les pluies du printemps, glaciales par vent
d’avril et lumineuses comme le soleil du nord. C’était
un matin. Les femmes préparaient encore le
four à pain — et déjà un rythme obscur annonçait
la naissance des fruits, c’est-à-dire,
l’équivoque de la faux au moment
de la récolte.
C’étaient bien ses paroles. Un
mouvement qui parcourait la surface
des rizières, qui ridait l’échine
des dunes, qui repoussait les mouettes vers
l’estuaire. Cependant, les vieux
le comprenaient; et quelques innocents, dont
l’esprit se confondait à la transparence
de l’eau, répétaient ce qu’il disait en un murmure
de ruisseau. Mais ce n’était pas à eux qu’il
s’adressait.
Il évita l’ambiguïté, les sens complexes
de la philosophie, le fond noir
du poème. De fait, il n’allait jamais jusqu’au bout
de ses histoires — comme s’il ne pouvait pas
les terminer.. ou qu’il ne savait plus rien, au-delà
de ce que nous savons, maintenant que nous sommes peu
à se souvenir de lui. Moi, pourtant, je l’ai revu —
assis sur ce banc de gare, feuilletant un vieux
journal et suçant un vieux mégot —
avec le souffle avide d’un apprenti
en hésitations.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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CONTE DU SOLEIL ET DE LA ROUTE (Alain Fournier)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



 
    
CONTE DU SOLEIL ET DE LA ROUTE
(À une petite fille)

— Un peu plus d’ombre sous les marronniers des places,
Un peu plus de soleil sur la grande route lasse…

Des noces passeront, aux « beaux jours » étouffants,
sur la grand’route, au grand soleil, et sur deux rangs.

De très longs cortèges de noces campagnardes
avec de beaux habits dont tout le monde parle

Et de petits enfants, dans la noce, effarés,
auront de très petits « gros chagrins » ignorés…

— Je songe à l’Un, petit garçon, qui me ressemble
et, les matins légers de printemps, sous les trembles,

à cause du ciel tiède et des haies d’églantiers,
parce qu’il était seul, qu’on l’avait invité,
se prenait à rêver à la noce d’Été :

« … On me mettra peut-être – on l’a dit – avec Elle
qui me fait pleurer dans mon lit, et qui est belle…

(Si vous saviez – les soirs, quelquefois – ô mamans,
les pleurs de tristesse et d’amour de vos enfants !)

« … J’aurai mon grand chapeau de paille neuve et blanche ;
sur mon bras la dentelle envolée de sa manche… »
— Et je rêve son rêve aux habits de Dimanche.

« … Oh ! le beau temps d’amour et d’Été qu’il fera,
Et qu’elle sera douce et penchée, à mon bras.

J’irai à petits pas. Je tiendrai son ombrelle.
Très doucement, je lui dirai « Mademoiselle »

d’abord – Et puis, le soir, peut-être, j’oserai,
si l’étape est très longue, et si le soir est frais,
serrer si fort son bras, et lui dire si près,
à perdre haleine, et sans chercher, des mots si vrais

qu’elle en aura « ses » yeux mouillés – des mots si tendres
qu’elle me répondra, sans que personne entende… »

— Et je songe, à présent, aux mariées pas jolies
qu’on voit, les matins chauds, descendre des mairies
Sur la route aveuglante, en musique, et traîner
des couples en cortège, aux habits étrennés.

Et je songe, dans la poussière de leurs traînes
où passent, deux à deux, les fillettes hautaines
les fillettes en blanc, aux manches de dentelles,
Et les garçons venus des grandes Villes – laids,
avec de laids bouquets de fleurs artificielles,

— je songe aux petits gars oubliés, affolés
qu’on n’a mis, « au dernier moment », avec personne

— aux petits gars des bourgs, amoureux bousculés
par le cortège au pas ridicule et rythmé

— aux petits gars qui ne s’en vont avec personne
dans le cortège qui s’en va, fier et traîné
vers l’allégresse sans raison, là-bas, qui sonne.

— Et tout petits, tout éperdus, le long des rangs,
ne peuvent même plus retrouver leurs mamans.

— Un surtout… qui me ressemble de plus en plus !
un surtout, que je vois – un surtout… a perdu

au grand vent poussiéreux, au grand soleil de joie,
son beau chapeau tout neuf, blanc de paille et de soie

et je le vois… sur la route… qui court après
– et perd le défilé des « Messieurs » et des « Dames » –
court après – et fait rire de lui – court après,
aveuglé de soleil, de poussière et de larmes…

(Alain Fournier)

 

Recueil: Miracles
Traduction:
Editions:

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RYTHMES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2020




    
RYTHMES

Tout débuta
Dans l’arythmie
Le chaos

Des vents erratiques
S’emparaient de l’univers
L’intempérie régna

L’indéchiffrable détonation
Fut notre prologue

Tout fut
Débâcle et dispersion
Turbulences et gaspillage
Avant que le rythme
Ne prenne possession
De l’espace

Suivirent de vastes accords
D’indéfectibles liaisons
Des notes s’arrimèrent
Au tissu du rien
Des courroies invisibles
Liaient astres et planètes

Du fond des eaux
Surgissaient
Les remous de la vie

Dans la pavane
Des univers
Se prenant pour le noyau
La Vie
Se rythma
Se nuança

De leitmotiv
En parade
De reprise
En plain-chant

La Vie devint ritournelle
Fugue Impromptu
Refrain
Se fit dissonance
Mélodie Brisure
Se fit battement
Cadence Mesure

Et se mira
Dans le destin

Impie et sacrilège
L’oiseau s’affranchissait
Des liens de la terre

Libre d’allégeance
Il s’éleva
Au-dessus des créatures
Assujetties aux sols
Et à leurs tyrannies

S’unissant
Aux jeux fondateurs
Des nuages et du vent
L’oiseau s’allia à l’espace
S’accoupla à l’étendue
S’emboîta dans la distance
Se relia à l’immensité
Se noua à l’infini

Tandis que lié au temps
Et aux choses
Enfanté sur un sol
Aux racines multiples
L’homme naquit tributaire
D’un passé indélébile

Le lieu prit possession
De sa chair
De son souffle
Les stigmates de l’histoire
Tatouèrent sa mémoire
Et sa peau

Venu on ne sait d’où
Traversant les millénaires
L’homme se trouva captif
Des vestiges d’un monde
Aux masques étranges
Et menaçants

Il s’en arrachait parfois
Grâce aux sons et aux mots
Aux gestes et à l’image
À leurs pistes éloquentes
À leur sens continu

Pour mieux tenir debout
L’homme inventa la fable
Se vêtit de légendes
Peupla le ciel d’idoles
Multiplia ses panthéons
Cumula ses utopies

Se voulant éternel
Il fixa son oreille
Sur la coquille du monde
À l’écoute
D’une voix souterraine
Qui l’escorte le guide
Et l’agrandit

Alors
De nuits en nuits
Et d’aubes en aubes
Tantôt le jour s’éclaire
Tantôt le jour moisit

Faiseur d’images
Le souffle veille

De pesanteur
Le corps fléchit

Toute vie
Amorça
Le mystère
Tout mystère
Se voila
De ténèbres
Toute ténèbre
Se chargea
D’espérance
Toute espérance
Fut soumise
À la Vie

L’esprit cheminait
Sans se tarir
Le corps s’incarnait
Pour mûrir
L’esprit se libérait
Sans périr
Le corps se décharnait
Pour mourir

Parfois l’existence ravivait
L’aiguillon du désir
Ou bien l’enfouissait
Au creux des eaux stagnantes

Parfois elle rameutait
L’essor
D’autres fois elle piétinait
L’élan

Souvent l’existence patrouillait
Sur les chemins du vide
Ou bien se rachetait
Par l’embrasement du coeur

Face au rude
Mais salutaire
Affrontement
De la mort unanime
L’homme sacra
Son séjour éphémère
Pour y planter
Le blé d’avenir.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si, des femmes, toutes les mains voulaient s’enlacer, (Ndèye Coumba Diakhaté)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Si, des femmes, toutes les mains voulaient s’enlacer,
Pour former une ceinture embrassant l’Univers;

Si, des femmes, toutes les voix fredonnaient le même air,
Dissiper la langueur, et prôner liberté;

Si, des femmes, tous les cœurs battaient au même rythme,
Ranimer le vieux monde, par le mal étouffé;

Si seulement toutes les femmes le voulaient bien;
Il naîtrait au vieux monde un cœur neuf, plein d’amour et de vie,
Impulsant sans arrêt du bonheur à foison.

(Ndèye Coumba Diakhaté)

 

Recueil: Filles du soleil
Traduction:
Editions: Nouvelles Éditions africaines

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Le rythme (Vladimir Maïakovski)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2020



Vladimir Maïakovski

Le rythme constitue la force magnétique du poème.

(Vladimir Maïakovski)

 

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Personne (José Craveirinha)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2020




    
Personne

jusqu’au quinzième étage
de l’édifice moderne en béton armé.
Le rythme
forestier du ferraillage dressé
architectoniquement dans l’air
Et un passant curieux
qui demande :
– Quelqu’un est-il déjà tombé des échafaudages?

Le ronronnement modéré des
moteurs aux huiles lourdes
et la réponse tranquille de l’entrepreneur:
– Personne. Rien que deux Noirs.

(José Craveirinha)

In amigos-de-mocambique.org
traduit du portugais par Marie-Claire Vromans

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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