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Posts Tagged ‘s’abîmer’

Loin de moi cet amour (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration
    
Loin de moi cet amour qui ne connaît point de mesure;
car, pareil au vin écumant qui a rompu ses vaisseaux,
il court à sa perte en un instant.

Envoie-moi l’amour, frais et pur comme la pluie,
qui bénit la terre altérée et remplit les jarres d’argile de la maison.

Envoie-moi l’amour qui voudrait s’abîmer jusqu’au fond de l’être,
et de là jaillir en une sève invisible, à travers les branches de l’arbre de vie,
donnant le jour aux fruits et aux fleurs.

Envoie-moi l’amour
qui retient le coeur
dans une plénitude de paix.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: La corbeille de fruits
Traduction: Hélène du Pasquier
Editions: Gallimard

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Chaque chose est irréfutable (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2019




    
Chaque chose est irréfutable
et s’abîme dans la réalité de son nom :
cette colline bleue, la table où tu écris.

L’heure elle-même est devenue transparence,
éternité d’un instant.

Tu vis dans la dissipation
d’une présence sans ombre
avec un regard éclairé.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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AZRAEL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Illustration: Gustave Doré 
    
AZRAËL

Ailes mortes, ailes mortes en moi,
Tomber, c’est renaître
Hors de la solitude, dans la mer —
La mère des âmes égarées, des voyageurs perdus
Et des exilés du ciel.

Le souvenir de la terre est comme un poids
De vagues et d’îles; dans mon sang et mes os
La pesanteur de mon incarnation,
Plus forte que ma volonté d’être singulier,
Me brise et me détruit, me rappelle en mon lieu.

Prisonnier de ma faute, de ma beauté, de mon vouloir,
Des cellules de la vie transparentes mais murées,
Délivré par la mort innocente, je m’abîme avec joie
Dans la tombe ouverte de la terre, de la mer et de l’air,
Docile comme une pierre, un ange, ou une étoile.

Tomber, c’est renaître,
Attiré au sommet profond d’un baiser;
La mort et la naissance
Ne sont qu’un même sommeil, une grâce unique
Qui infléchit tous les trajets à la courbe de la terre.
Mon désir superbe est inféodé à la paix de l’amour
Qui régit les orages, les guerres, l’essor des ailes.

***

AZRAEL

Dead wings, dead wings in me,
To fall deep is to rise
Out of the solitude, into the sea
Mother of all lost souls, lost travellers
And aliens of the skies.

The memory of earth is like a burden
Of waves and Islands, in my blood and bone
The heavy substance of my incarnation
Stronger than my will to be atone
Breaks me and destroys me, calls me home.

Frisotter of my guilt, my beau*, and my will
The cells of life with windows but no door,
Freed now by harmless death, I gladly fall
Info the open grave of earth and sea and air
Obedient as a stone, an angel, or a star.

To fall deep is to rise
Drawn to the deep summit of a kirs,
And death and birth
Are but the same sleep and the single grace
That bends all courses to the round of earth.

My grandiose Just is subject to love’s peace
That rules all storms, and soaring wings, and vars.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Langue s’abîme (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



Illustration: Daniel Martineau
    
langue s’abîme

ruée

du

rien

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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FLUORINE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



FLUORINE

Presque tendre, malgré le heaume de tes cristaux.
Là où le jour fusionne au creuset des calcites,
où la couleur hésite, verte ou bleue, comme
eau dure où s’abîme une mémoire fragile.

(Jacques Lacarrière)

Illustration

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Le chant du cygne (Henri Heine)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Une étoile tombe de là-haut,
Du haut de son palais étincelant.
C’est l’étoile de l’amour
Que je vois tomber là-bas.

Feuilles et fleurs, en tourbillons,
Tombent du pommier;
Les vents moqueurs les emportent
Au gré de leur caprice.

Un cygne chante sur l’étang,
En glissant à la surface de l’eau;
Son chant peu à peu expire,
Puis il s’abîme au sein des flots.

A présent tout est calme et sombre
Fleurs et feuilles ne sont plus,
L’étoile s’est brisée en poussière,
Le chant du cygne s’est tu.

(Henri Heine)

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Le poète et la Muse (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Eoghan de Leastar
    
Le poète et la Muse

LE POÈTE

Dans quel but le destin a-t-il voulu m’élire
poète, moi si faible, avec tous mes défauts ?
Car ma parole est vaine et les sons de ma lyre,
même les plus chantants, sonnent creux, semblent faux.

J’ai beau chercher à dire un sentiment sublime,
gloire et vertu ne sont qu’un rêve, je le sens.
Dans la désillusion mon oeil toujours s’abîme,
dans les ronces partout mon pied s’en va glissant.

Le monde est une froide et sombre comédie.
Mes chants non moins que lui se révèlent menteurs.
Chanter l’amour, la joie ? Infâme parodie,
infâme lyre, proie de spectacles trompeurs !

LA MUSE

Poète, tu n’es pas menteur. Ton monde à toi
est le seul vrai. Seules les cordes de ta lyre
savent la vérité ; elles seules, crois-moi,
au long de notre vie ont l’art de nous conduire.

Serviteur du divin, apprends quel est ton sort :
la beauté, le printemps. Une ode enchanteresse
est issue de ta bouche, et tu es un trésor
de parfums — une voix d’en haut, riche en promesses.

Si la nuit règne sur la terre, n’aie point peur.
Ne crois pas que cette ombre va durer encore.
Tu es près des plaisirs, des vallons et des fleurs ;
courage, et en avant ! Vois se lever l’aurore !

Seule une faible brume effarouche tes yeux.
Sous son voile, pour toi, la Nature accueillante
tresse roses, violettes, narcisses précieux,
couronne pour tes chants, récompense odorante.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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Zénith et soleil (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018




Illustration: Carlo Saraceni
    
Zénith et soleil. Soleil et vertige.
Vertige te chute.

Frissonne encore la mer,
frissonne encore la rive
où s’abîma le rêve.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: Trois ménologues
Editions: Cheyne

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Depuis la nuit des temps… (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Depuis la nuit des temps, les minutes s’écoulent.
Depuis la nuit des temps, toutes les larmes roulent.
Et par malheur, d’autres suivront. Il en est tant!
Et les flots de la mer débordent en hurlant.

Cent sources en tous lieux se lamentent sans cesse.
La pauvre mère, pour l’enfant, n’a que tendresse,
Et les flots de la mer débordent en hurlant.
Lasse, mon âme étreint l’éclatant mouvement.
Mais où vont-elles donc, les minutes qui coulent?
Nous dira-t-on pourquoi toutes ces larmes roulent?
Et les flots de la mer débordent en hurlant.
La mer, un jour, s’abîmera dans le Néant.

(Attila Jozsef)


Illustration: Lina Davidov

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Ici, sur l’île aux oiseaux (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



_the_strangest_sensation

 

Ici, sur l’île aux oiseaux
où l’océan vient déferler
en cercles d’écume rageuse
autour des rocs fracturés
où l’esprit s’élève
sur les ailes du fou
ou bien s’abîme à contempler
le quartz blanc d’un caillou
j’ai retrouvé mon être vrai
qui est incandescence
la pensée à peine perceptible
perdue dans l’immanence

***

Here on bird island
where the ocean breaks
in rings of white tumult
round the fractured rocks
where the mind travels high
on the wings of the gull
or knows a quietness
in the curve of a shell
I have come again into my own
the incandescence
thought reduced almost to nothing
lost in the immanence

(Kenneth White)

 
Illustration

 

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