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Poésie

Posts Tagged ‘s’abîmer’

La Fourrure (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2017



La Fourrure

JE hume en frémissant la tiédeur animale
D’une fourrure aux bleus d’argent, aux bleus d’opale ;
J’en goûte le parfum plus fort qu’une saveur,
Plus large qu’une voix de rut et de blasphème,
Et je respire avec une égale ferveur
La Femme que je crains et les Fauves que j’aime.

Mes mains de volupté glissent, en un frisson,
Sur la douceur de la Fourrure, et le soupçon
De la bête traquée aiguise ma prunelle.
Mon rêve septentrional cherche les cieux
Dont la frigidité m’attire et me rappelle,
Et la forêt où dort la neige des adieux.

Car je suis de ceux-là que la froideur enivre.
Mon enfance riait aux lumières du givre.
Je triomphe dans l’air, j’exulte dans le vent,
Et j’aime à contempler l’ouragan face à face.
Je suis fille du Nord et des Neiges, — souvent
J’ai rêvé de dormir sous un linceul de glace.

Ah ! la Fourrure où se complaît ta nudité,
Où s’exaspérera mon désir irrité ! —
De ta chair qui détend ses impudeurs meurtries
Montent obscurément les chaudes trahisons,
Et mon âme d’hiver aux graves rêveries
S’abîme dans l’odeur perfide des Toisons.

(Renée Vivien)

Illustration: Jean Jacques Henner

 

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Épris d’un pays (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2017



 Illustration: Robert Cattan

    

Épris d’un pays que nous avons bâti
à la mesure de nos erreurs,
de nos détresses, de nos dénis,
nous avançons, endettés par une vie
qui ne nous restituera jamais les espoirs
que nous lui avions concédés.

Quel chemin s’accordera à notre marche,
à nos exigences ?

Jusqu’où l’horizon nous mènera-t-il,
quand il serait vrai que notre image
s’est abîmée en nous ?

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Le pêcheur (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017




    

Le pêcheur s’abîme, il tient
au centre de sa réflexion
son âme comme son hameçon
Hébété il sourit
et le bouchon qui tangue à la surface de l’eau
hausse les petites épaules de l’indifférence de l’eau

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

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Rien ne part (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



Rien ne part sans disparaître,
sans s’abîmer
dans un vieux fond perplexe.

(Laurent Albarracin)

Illustration: Gao Xingjian

 

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À Philis (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



À Philis

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

(Pierre de Marbeuf)


Illustration: Frederic Leighton

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Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017




Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère et l’amour est amer ;
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux, qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau
Mais l’eau contre le feu ne peut fournir des armes.
Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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Quand j’ai peur (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



Quand j’ai peur, parfois, de cesser d’être
Avant que ma main de poète n’ait glané la moisson de
mon cerveau fertile,
Avant que des volumes hautement étagés n’enserrent en
leur texte,
Comme en riches greniers, la moisson bien mûrie;
Quand je contemple sur la face étoilée de la nuit
D’énormes symboles nuageux d’une merveilleuse légende
Et songe que je ne vivrai peut-être pas assez longtemps
Pour en retracer les ombres, d’une main guidée par la
magie des hasards;
Et quand je sens, ô exquise créature d’une heure,
Que je ne poserai jamais plus les yeux sur toi,
Que jamais je ne savourerai le pouvoir ensorcelant
De l’amour insouciant — alors, sur le rivage
Du vaste monde, seul et debout, je médite
Et l’amour et la gloire s’abîment au néant.

***

When i have fears

When I have fears that I may cease to be
Before my pen has glean’d my teeming brain,
Before high piled books, in charact’ry,
Hold like rich garners the full-ripen’d grain;
When I behold, upon the night’s starr’d face,
Huge cloudy symbols of a high romance,
And think that I may never live to trace
Their shadows, with the magic hand of chance;
And when I feel, fair creature of an hour!
That I shall never look upon thee more,
Never have relish in the faery power
Of unreflecting love! — then on the shore
Of the wide world I stand alone, and think
Till Love and Fame to nothingness do sink.

(John Keats)

Illustration: David Caspar Friedrich

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Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017


Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

(Pierre de Marbeuf)

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Visages (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2016



forme-nuage-visage-femme-2

Visages

Visages
changeants secrets
paysages de chair et de nuages
dont le soleil n’est jamais vu

brusquement
illuminés
ou plongés dans l’ombre

que les yeux sans fin parcourent
ou les lèvres ou les mains
en s’y perdant toujours

et même quand l’être entier s’y abîme
paysages tourmentés cruels
saturés de douceur et de larmes
que traversent des chants des cris
des appels

paysages déserts
couleur d’absence et de nuages
où traînent des reflets
d’une lumière inconnue

lointaine
d’une autre espèce que le visage
juste posée sur cet amer paysage
vraiment venue d’ailleurs

et qui pourtant lui ressemble.

(Jean Mambrino)

 Illustration

 

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Je guette ta douce cithare (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2016



Amant – je veille
Et dis à ma voix:
Je guette ta douce cithare quand elle s’abîme
Dans d’infernales amertumes
Pour chanter ma mort

(Adonis)

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