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Poésie

Posts Tagged ‘s’abîmer’

La Sirène (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Victor Nizovtsev
    
La Sirène

Sirène au corps d’argent, dont le regard fascine,
Tu glisses comme un rets sur l’immense océan,
Attirant par ta voix, ô néfaste androgyne,
Le crédule pêcheur vers le gouffre béant.

Tes chants mélodieux, dans la nuit étoilée,
Dans le calme divin, font tressaillir d’émoi,
Et de loin on entend cette harmonie ailée
Qui glace l’homme plein de désir et d’effroi.

Tu t’approches de lui, les lèvres souriantes ;
De ta chair parfumée émane le péril ;
Tu l’appelles encor de tes mains suppliantes ;
Il est sous le pouvoir de ton charme subtil.

Inconscient, il suit la forme enchanteresse,
Oubliant son foyer, le bonheur du retour,
Et les serments qu’il fit à sa jeune maîtresse :
Tu le tiens désormais dans tes filets d’amour ;

Mais il s’abîme au fond de l’onde impitoyable,
Il voit confusément l’épouvante des mers,
Des cadavres meurtris sur leur couche de sable,
Les crabes jaillissant de crânes entrouverts.

Il veut se libérer de sa prison mouvante,
Il tend ses bras vaincus vers l’horizon d’airain,
Puis meurt dans un sanglot. Et la douce voix chante,
Car une autre victime éclaire le lointain.

(Renée Vivien)

 

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Depuis la nuit des temps… (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Depuis la nuit des temps, les minutes s’écoulent.
Depuis la nuit des temps, toutes les larmes roulent.
Et par malheur, d’autres suivront. Il en est tant!
Et les flots de la mer débordent en hurlant.

Cent sources en tous lieux se lamentent sans cesse.
La pauvre mère, pour l’enfant, n’a que tendresse,
Et les flots de la mer débordent en hurlant.
Lasse, mon âme étreint l’éclatant mouvement.
Mais où vont-elles donc, les minutes qui coulent?
Nous dira-t-on pourquoi toutes ces larmes roulent?
Et les flots de la mer débordent en hurlant.
La mer, un jour, s’abîmera dans le Néant.

(Attila Jozsef)


Illustration: Lina Davidov

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A une Amie (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017



Illustration: Roger Limouse
    
A une Amie

JE m’abîmerai dans tes yeux
Où la tristesse s’extasie,
Où s’attarde un reflet d’adieux,
O fleur d’ombre et de poésie !

Tu fais gémir, en tes accords,
Les divines inquiétudes ;
La flamme blanche de ton corps
Brûle au fond de mes solitudes.

Un rêve d’automne et d’hiver
Filtre sous tes paupières closes,
Tandis qu’émane de ta chair
L’exaspération des roses.

(Paule Riversdale)

 

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S’abîmer en toi (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017




Illustration: Joséphine Wall
    
S’abîmer en toi au plus secret
De soi, au creux de ce qu’on n’avait
Osé dire et espéré. Le monde est là,
Tel qu’il était dans l’enfance, jailli
Du dedans, clair et rond, rond le ciel,
Ronde la terre. Plain-chant le fruit.

À l’unisson mésange et cascade.

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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La Fourrure (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2017



La Fourrure

JE hume en frémissant la tiédeur animale
D’une fourrure aux bleus d’argent, aux bleus d’opale ;
J’en goûte le parfum plus fort qu’une saveur,
Plus large qu’une voix de rut et de blasphème,
Et je respire avec une égale ferveur
La Femme que je crains et les Fauves que j’aime.

Mes mains de volupté glissent, en un frisson,
Sur la douceur de la Fourrure, et le soupçon
De la bête traquée aiguise ma prunelle.
Mon rêve septentrional cherche les cieux
Dont la frigidité m’attire et me rappelle,
Et la forêt où dort la neige des adieux.

Car je suis de ceux-là que la froideur enivre.
Mon enfance riait aux lumières du givre.
Je triomphe dans l’air, j’exulte dans le vent,
Et j’aime à contempler l’ouragan face à face.
Je suis fille du Nord et des Neiges, — souvent
J’ai rêvé de dormir sous un linceul de glace.

Ah ! la Fourrure où se complaît ta nudité,
Où s’exaspérera mon désir irrité ! —
De ta chair qui détend ses impudeurs meurtries
Montent obscurément les chaudes trahisons,
Et mon âme d’hiver aux graves rêveries
S’abîme dans l’odeur perfide des Toisons.

(Renée Vivien)

Illustration: Jean Jacques Henner

 

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Épris d’un pays (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2017



 Illustration: Robert Cattan

    

Épris d’un pays que nous avons bâti
à la mesure de nos erreurs,
de nos détresses, de nos dénis,
nous avançons, endettés par une vie
qui ne nous restituera jamais les espoirs
que nous lui avions concédés.

Quel chemin s’accordera à notre marche,
à nos exigences ?

Jusqu’où l’horizon nous mènera-t-il,
quand il serait vrai que notre image
s’est abîmée en nous ?

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Le pêcheur (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017




    

Le pêcheur s’abîme, il tient
au centre de sa réflexion
son âme comme son hameçon
Hébété il sourit
et le bouchon qui tangue à la surface de l’eau
hausse les petites épaules de l’indifférence de l’eau

(Laurent Albarracin)

 

Recueil: Le Secret secret
Editions: Flammarion

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Rien ne part (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



Rien ne part sans disparaître,
sans s’abîmer
dans un vieux fond perplexe.

(Laurent Albarracin)

Illustration: Gao Xingjian

 

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À Philis (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



À Philis

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

(Pierre de Marbeuf)


Illustration: Frederic Leighton

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Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017




Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère et l’amour est amer ;
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux, qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau
Mais l’eau contre le feu ne peut fournir des armes.
Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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