Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sable mouvant’

Roi de rien (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Zephyr-Flore-r1

 

Je ne suis roi de rien, je règne sur le vent,
Sur des chemins perdus, sur des sables mouvants,
Sur d’anciens châteaux-forts et sur des cathédrales
englouties.

Je suis roi d’un soleil qui se meurt comme il peut,
J’ai l’air d’un vieux volcan refroidi peu à peu,
Je crois que ma parade à grands coups de cymbales
est finie.

Je ne suis roi de rien, ma couronne est en bois,
C’est scandaleux bien-sûr, c’est de mauvais aloi,
Je ne suis rien roi de rien mais je suis roi quand même
car je t’aime.

Alors le monde entier peut s’écrouler d’un coup,
J’ai le droit d’être pauvre et le droit d’être fou.
Je suis esclave et roi, je n’ai pas de problèmes
si tu m’aimes.

Je ne suis roi de rien que de mon avenir,
Qui n’est déjà plus rien qu’un désastre à venir,
Et l’intérieur de moi n’est plus qu’un paysage
en délire,

Je ne suis roi de rien, je suis comme un enfant
Qui reconstruit le monde en écoutant le vent.
Il ne me reste plus, je crois, que le courage
de te dire
que je t’aime

Je ne suis roi de rien mais je suis roi quand même
si tu m’aimes
encore un peu …

(Bernard Dimey)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Proème (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018




Proème

Parfois la poésie est le vertige des corps et le vertige du bonheur et celui de la mort;
la promenade les yeux fermés au bord du précipice et la kermesse dans les jardins sous-marins;
le rire qui met le feu aux préceptes et aux dix commandements;
la descente des mots parachutés sur les sables mouvants de la page;
le désespoir qui embarque sur un bateau de papier et traverse,
pendant quarante jours et quarante nuits, l’océan de l’angoisse nocturne et la mer de pierre de l’angoisse diurne;
l’adoration du moi, l’exécration du moi et sa dissipation;
l’épithète décapitée, l’enterrement des miroirs;
la récolte des pronoms fraîchement coupés dans les jardins d’Épicure et de Netzahualcóyotl;
un solo de flûte sur la terrasse de la mémoire et un ballet d’étincelles dam l’oubliette de la pensée;
les migrations de verbes par myriades, d’ailes et de griffes, de graines et de mains;
l’ossature des noms aux racines plantées dans les ondulations du langage;
l’amour du jamais vu et l’amour de l’inouï, l’amour du jamais dit : l’amour de l’amour.

Syllabes semences.

(Octavio Paz)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Sables mouvants (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Sables mouvants

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s’est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s’est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer.

(Jacques Prévert)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :