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LE LUNATIQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    

LE LUNATIQUE

Le soleil amorti s’absorbe dans la brume;
Ainsi qu’un astre mort mon amour s’est couché.
Le long des quais salis l’aveugle nuit s’allume;
Mon coeur est aussi vieux qu’Hérode et son péché.

Chaque vivant, moyeu d’un univers caché,
Bat, victime et bourreau, son malheur sur l’enclume;
Et les visages gris sont des flocons d’écume
Dans le noir flot humain sur l’asphalte épanché.

Amour, où sommes-nous? Est-il sûr que nous sommes? La
lune qui pâlit d’avoir pitié des hommes
Au bord des toits déserts verse un sanglot d’argent.

Et l’oeil fou des cités regarde sans envie,
Froidement lumineux et fixement changeant,
Cet astre déjà mort et plus pur que la vie.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce que tu offres (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2016



Si tu dis que le Dieu unique demeure en tous les êtres,
pourquoi égorges-tu des volailles?

Tu attrapes un animal, tu l’emportes, tu l’égorges,
mais ce que tu offres « au nom de Dieu »,
c’est de l’argile!
Sa lumière essentielle s’absorbe dans l’Absolu:
dis-moi, qu’est-ce donc que tu as tué?

(Kabîr)

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L’été (Marie Nizet)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016



L’été

Nous rôdons par les blés roussis que midi brûle.
Une fièvre amoureuse en nos veines circule.
Nous nous sommes couchés aux pentes des talus,
Sous le ciel bleu, moins bleu que le bleu de nos âmes,
Sous un soleil moins fort, moins ardent que la flamme
Qui consume nos sens… Et nous n’en pouvons plus.

Puis nous avons cherché les étangs et les saules.
J’ai posé mes deux mains, ainsi, sur vos épaules,
Afin de m’absorber mieux en votre beauté…
Et d’elle j’ai joui plus que je ne puis le dire,
Et de vous je me suis grisée, et j’ai vu rire,
Dans vos yeux clairs, le rire immense de l’Eté.

(Marie Nizet)

Illustration: William Bouguereau

 

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