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RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



    

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER

Combien de temps, tête sempiternelle,
Te faudra-t-il penser et repenser,
Tel l’aiguilleur reclus dans sa tourelle,
Guetteur raidi du train qui va passer ?
Au roulement des rapides idées
Ouvrant ou non les disques lumineux,
Combien de temps, leviers vertigineux,
Dois-je mouvoir vos tiges recoudées?
Combien de temps?

Combien de temps, radoteuse cervelle,
Dois-je sentir ta roue en moi tourner,
Virer au vent et voleter ton aile,
Et sous ta meule un grain dur s’enfourner?
Combien de temps, machine tyrannique,
De ton tiquant, de ton taquant moulin,
Où toujours entre et d’où sort un sac plein,
Me faudra-t-il servir la mécanique?
Combien de temps?

Combien de temps,
Dans la guérite où je
Me faudra-t-il garder
Tenace Esprit qui ne
nocturne sentinelle,
dois m’enfermer,
ta citadelle,
veux désarmer?
Le poing toujours sur le pommeau du glaive,
Prêt à jeter l’anxieux Qui va là,
Combien de temps, dans le trou que voilà,
Me faudra-t-il attendre la relève?
Combien de temps?

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Chaque jour en des instants semblables quelqu’un, quelque chose (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




    
QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE

chaque jour
en des instants semblables
quelqu’un, quelque chose, sous quelle forme?
me rejoint — chaque jour — me rejoint –
m’enfonce le visage dans un sac et là, me terrorise et me fait mal
mêlé au grain, dans l’odeur d’écurie
ou
d’étable — chaque jour — me terrorise et me fait mal
c’est
c’est sa fonction, son rôle
voici exactement ce qui se passe, ce qu’il advient de moi au présent
lorsque
la chose approche, m’empêche — tête dans le sac — de respirer
c’est pour
c’est pour t’apprendre l’humilité
me dit une voix que je puis qualifier encore d’humaine
c’est pour cela
que
chaque jour, en des instants semblables,
la vie
se rétracte un peu plus encore
plus pénible
voici

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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C’est fini (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2019



Illustration: Pascal Franche
    
C’est fini
Déjà les rêves
Sont illisibles

Une lueur malingre suinte
Entre les volets

Un jour encore
Vieux sac informe
Qu’il faudra remplir

Un jour blanc

Comme un mur d’hôpital

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Clair de lune (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



 

Clair de lune

La lune était sereine et jouait sur les flots.
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d’un flot d’argent brode les noirs îlots.

De ses doigts en vibrant s’échappe la guitare.
Elle écoute… Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,
Battant l’archipel grec de sa rame tartare ?

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l’eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d’une voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? –
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l’onde avec des rames.

Ce sont des sacs pesants, d’où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine… –
La lune était sereine et jouait sur les flots.

(Victor Hugo)

 

 

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Ambiance diabolo menthe (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Ambiance diabolo menthe
Sur le boulevard

Vert des arbres
Encore verts
Glaçons crus
D’un vent sans indulgence

Le soir tombe
D’un coup
Porte de Montreuil

La petite foule du vendredi
S’irrite

Entre les palissades des chantiers
Gisant noir
Dodu
Un sac poubelle
Embarrasse le trottoir

Le temps presse

Il est bientôt l’heure
De se repaître
Des malheurs du monde
Au journal télévisé

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LA VAGUE (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration: Clark Little
    
LA VAGUE

Vague qui monte, et à sa crête
rencontre la lumière qui la traverse
puis retombe, et la mer se creuse pour la recevoir
dans son sac noir et la brasser encore
pour quel or recueillir enfin
pour quelle main tendue?

(Paul de Roux)

 

Recueil: Les pas
Traduction:
Editions: L’Alphée

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Pourquoi les énormes avions (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Pourquoi les énormes avions
ne promènent-ils leurs petits ?

Quel est l’oiseau aux plumes jaunes
qui remplit le nid de citrons ?

Pourquoi n’apprend-on aux hélicoptères
à butiner sur le soleil ?

Où la pleine lune a-t-elle laissé
son sac nocturne de farine ?

(Pablo Neruda)

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Il a plu cette nuit (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018



 

Daniel Siguier  4da59p10002622

Il a plu cette nuit,
c’est la première fois que je regarde,
jusqu’au silence qui résonne.

Sac, ressac, je ne juge pas,
l’instant demeure,
l’écume transparente.

Je m’interromps comme je parle,
en la marée,
chaque jour y a-t-il un jour de plus?

Le ciel n’est jamais vide, le sol nous porte,
on n’aperçoit aucun arbre,
on sait pourtant qu’ils sont proches.

Une marge, un rivage,
il n’y a de secret que le visible
épanoui…

(Pierre Dhainaut)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Daniel Siguier

 

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ETUDE D’AME (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Clara Lieu

ETUDE D’AME

Je suis la maison hantée, croulante
Qui se tient ici comme une plante et se penche au-delà.

Demeure pour âmes anciennes, domicile pour revenants
J’existe, je suis
Comme si j’ignorais
Que cette bâtisse
Est comme un fil
Un coup d’air froid et vide
Entre moi-même
Et la mort.

J’existe, je sens mon poids
Ma lourdeur m’effraie.

Des actes lourds, pesants, vains,
Des objets écrasants, ainsi qu’un vieux sac de pierres.

Comment viendraient-ils me soulever, me porter
Une charge pénible remplie de son essence.

(En arrière, mon Dieu, en arrière, à recommencer…)

(Georges Themelis)

Illustration: Clara Lieu

 

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BONNE OREILLE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



BONNE OREILLE

J’entends mourir des enfants au fond d’un sac.
J’entends miauler ton chat, mère Michel.
J’entends le vent du sabre,
j’entends la souris grignoter ta robe, tante Valentine,
j’entends la rouille germer sur la clé des songes.
Jacques, j’entends pâlir ta signature sur tes lettres d’amour.
Et j’entends, Marie, j’entends ton plus beau cil tomber à la rigole, partir à la dérive.

Tant d’oreille, c’est fatigant.

(Norge)


Illustration: Laurence Cleyet-Merle

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