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Posts Tagged ‘s’accomplir’

CHOISIR (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



 

Igor Morski  2) [1280x768]

CHOISIR

Ouvre le livre. Accomplis-toi. Fragile
Avec ta force, exprimant l’arbre et l’ange,
Et te sachant à l’image d’un autre
Qui te créa d’un frisson de plaisir.

Pour tout credo je donne ici le temps
Que tu connus, traçant lettre après lettre,
Le mot rejoint se dérobant déjà
Pour que le croire et l’être se dédoublent.

Choisir. Elire. Un muscle ou le soleil,
Une pensée ou son lit de silence,
La passion, la chaîne ou la révolte.
O loterie où tourne l’existence.

(Robert Sabatier)

Illustration: Igor Morski

 

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Fête joyeuse (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



 

Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (30) [1280x768]

Fête joyeuse

Tout en nous ne devrait être qu’une fête joyeuse
quand quelque chose que nous n’avons pas prévu,
que nous n’éclairons pas,
qui va parler à notre coeur,
par ses seuls moyens,
s’accomplit.

(René Char)

lllustration: Alexandre Pavlenko

 

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Penser une chose (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Penser une chose
c’est commencer une prière,
instituer un reflet de tout
dans une goutte d’existence.

Penser une chose
c’est aussi y croire
et confirmer son existence,
s’associer à la foi
qu’elle existe en elle-même
et s’accomplit dans son ombre.

Penser une chose
c’est célébrer un rite dans l’abîme
qui nous restitue au rêve inavouable :
face à quelque chose il y a toujours quelque chose.

***

Pensar una cosa
es iniciar una oración,
fundar un reflejo de todo
en una gota de existencia.

Pensar una cosa
es también confiar en ella
y confirmar su ser,
asociarse a la fe
de que está en ella misma
y se cumple en su sombra.

Pensar una cosa
es oficiar un rito en el abismo
que nos reintegra al sueño inconfesable
de que frente a algo siempre hay algo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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UNE invasion de paroles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
UNE invasion de paroles
tente d’assiéger le silence,
mais, comme toujours, échoue.

Elle essaie alors de coincer les choses
qui habitent le silence,
mais n’y arrive pas davantage.
Elle va finalement encercler les paroles
qui cohabitent avec le silence,
alors se produit l’imprévu :
le silence se convertit en paroles
pour mieux protéger les paroles
qui cohabitent avec lui.

Et pendant que l’invasion des autres paroles
se dissipe comme un souffle furtif,
l’insolite s’accomplit :
les paroles qui restent
ressemblent alors beaucoup plus au silence
qu’aux autres paroles.

(pour René Char)

***

UNA invasión de palabras
trata de acorralar al silencio,
pero, como siempre, fracasa.

Intenta luego arrinconar a las cosas
que habitan et silencio,
pero tampoco lo consigue.
Y va por fin a cercar a las palabras
que conviven con el silencio,
pero entonces se produce lo imprevisto :
et silencio se convierte en palabra
para proteger mejor a las palabras
que conviven con él.

Y mientras la invasión de las otras palabras
se desvanece como un soplo furtivo,
se completa lo insólito
las palabras que quedan
se asemejan ahora mucho mas al silencio
que a las otras palabras.

(para René Char)

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Quelle horreur (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Quelle horreur d’imaginer deux corps
qui font l’amour en proie au besoin
que quelque chose se passe
s’accomplisse et puis effilochés
par une satisfaction se recomposent
dans leur apparence.
Je préfère ce mètre de distance
où je voyais l’éternelle mer nuiteuse
calme silencieuse.

(Patrizia Cavalli)

 

 

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Méditation dans la Solitude (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



 

Méditation dans la Solitude

Les fleurs ne s’épanouissent-elles pas chaque année ?
Et les fruits chaque année ne tombent-ils pas ?
La vie n’est rien d’autre : croître, espérer,
et suivre ainsi le chemin vers la tombe.

Mais c’est précisément sur un tel rythme des choses
que, jour après jour, nous construisons notre équilibre.
Nous savons comment, après le reflux, bondira le flux,
comment l’obscurité alterne avec la lumière,

et comment la maladie et la mort s’accomplissent en nous,
suivant des lois toujours pareilles, sans relâche.
Ce peut être un fardeau de n’en découvrir aucune,
mais sur elles régler sa vie est un réconfort.

(Herwig Hensen)

Illustration: Gustav Klimt

 

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ENDYMION (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



ENDYMION

La chasse l’habite encore. Au travers de ses veines
comme d’un fourré, jaillit la bête.
Des vallées prennent forme, des étangs en forêt
reflètent la biche, tandis que derrière elle

alerte court le sang du dormeur clos,
tourmenté par la brutale évanescence
de l’arsenal confus des rêves.
Mais la déesse, elle qui n’a jamais connu l’union,

va, adolescente, par les nuits de tous les âges,
elle qui s’est accomplie elle-même
dans les cieux, sans rencontrer personne,

elle se pencha sans bruit sur les flancs du dormeur,
et de ses épaules elle fit briller
soudain la coupe où il buvait le sommeil.

***

ENDYMION

In ihm ist Jagd noch. Durch sein Geäder
bricht wie durch Gebüsche das Tier.
Täler bilden sich, waldige Bäder
spiegeln die Hindin, und hinter ihr

hurtigt das Blut des geschlossenen Schläfers,
von des traumig wirren Gcwäfers
jähem Wicderzergehn gequält.
Aber die Göttin, die, nievermählt,

Jünglingin über den Nächten der Zeiten
hingeht, die sich selber ergänzte
in den Himmeln und keinen betraf,

neigte sich leise xu seinen Seiten,
und von ihren Schultern erglänzte
plötzlich seine Schale aus Schlaf.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Edward John Poynter

 

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Terres Chaleureuses (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Terres Chaleureuses

Moi, altéré de vie, enfant des impatiences,
Je chanterai les noces de l’ombre et de l’ardent.

Avec mon peu de souffle, jusqu’au temps sans lisière,
Je tiendrai promesse envers l’unique mort.

Aux chemins divisés, l’horizon est le même ;
Nos jours furent ce miracle pareil aux moissons.

Songe à l’oiseau délié en nos arbres meurtris ;
Nous avons eu l’herbe et l’eau du seul amour.

Songe à l’espérance, sa tige doublée de terre ;
Songe au cœur dénoué par la voix de l’ami.

Un champ raidi prête naissance au pavot ;
Et le grain fut, chaque fois, le contraire de la nuit.

Mon amertume se noie, si légère est sa trame ;
Si vaste est l’univers où tout s’accomplira.

Oui, je te chante ô mort, jusqu’à l’ultime absence,
Gardienne de l’inconnu, douce prairie des errants !

Je chante, car ici-bas l’épi échappe aux cendres ;
La parole délivre, l’aile trouve sa raison.

Un soir, je m’en irai loin des terres chaleureuses ;
Le masque, couleur d’aube, sur ma face de vivant.

Un soir je m’en irai, ayant pour seule peine
De quitter tout amour enlacé aux saisons.

Ô mort, tu me viendras, et je le veux ainsi.

(Andrée Chedid)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Parfois entre l’ombre et l’ombre (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Parfois entre l’ombre et l’ombre
nous comprenons quelque chose
Et c’est comme si au plus intime de nous un geste nuptial
s’accomplissait telle une ombre encore
mais verticale Et alors respirer
n’est plus que sillonner l’oubli et la paix initiale
comme si l’autre en nous était le même
Et sans images nous entrons au contact
du vide brûlant
qui englobe tous les contraires dans une affirmation silencieuse
et consume à l’intérieur de nous l’obscurité magique
où être revient à ne pas être et ne pas être à être

(António Ramos Rosa)

Illustration

 

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Il se peut que la vie soit une copie (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018




    
Il se peut que la vie soit une copie
d’un processus qui s’accomplit ailleurs.

Il se peut que l’on vive seulement dans un miroir
ou dans la tiède granulation d’un écran.

Il se peut qu’il y ait d’autres copies.
Il se peut que la vie ne soit
que la copie d’une copie.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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