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Le Corroyeur et le Financier (Isaac de Benserade)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2022




    
Le Corroyeur et le Financier

Le délicat voisin d’un puant corroyeur
Plaida pour l’éloigner, et gagna son affaire :
Pendant qu’à déloger le corroyeur diffère,
Le voisin s’accoutume à la mauvaise odeur.

Bientôt le délicat plaideur
Des peaux de son voisin ne sentit plus l’odeur :
Que conclure de là ? Que ce qui semble rude
Devient avec le temps, plus doux par l’habitude.

(Isaac de Benserade)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Combien de temps te lamenteras-tu (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Illustration
    
Si tu as dans ta bourse la monnaie de poésie,
Frotte-la à la pierre de touche de la vie

Longtemps tu t’es reposé sur un lit de soie :
Accoutume-toi au coton grossier!

Jette-toi sur le sable brûlant
Et plonge dans la source de Zemzem !

Combien de temps te lamenteras-tu comme le rossignol ?
Combien de temps feras-tu ta demeure dans des jardins?

(Mohammad Iqbal)

 

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J’attends le printemps (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



« Vous cherchez du côté du plus grand…
C’est tellement plus simple : J’attends le printemps.
Ce que j’appelle le printemps n’est pas affaire de climat ou de saison.
Cela peut surgir au plus noir de l’année.
C’est même une de ses caractéristiques :
Quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser
– et au bout du compte, délivrer.

Le printemps n’est rien de compréhensible
– c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien
– un bruit, un silence, un rire.

Il se moque de conclure.
Il ouvre et ne termine jamais.
Il est dans sa nature d’être sans fin.

Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure.
C’est une chose douce et brutale.
Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange.
Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits.
Nous ne faisons pas assez attention.

Si nous regardions bien, si nous regardions calmement,
nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette :
elle est là, toute bête, toute jaune.
Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts.
Pour être là, toute menue,
elle a dû livrer des guerres sans pitié.

Ce que j’appelle le printemps est une chose du même ordre…

Dans le printemps, rien de tranquille ni de gagné d’avance.
Lorsqu’il arrive, nous ne nous y retrouvons plus.
Presque rien n’a changé et ce presque rien change tout.

Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons.

Dieu merci, le printemps vient remettre du désordre dans tout ça.
Nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous,
et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse. »

(Christian Bobin)

 

 

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Cœur (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2015




Cœur

Suffit d’une bougie
Pour éclairer le monde
Autour duquel ta vie
Fait sourdement sa ronde,
Cœur lent qui t’accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Cœur grave qui te résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
Mais des milliers d’enfants
Sur la place s’élancent
En poussant de tels cris
De leurs frêles poitrines
Qu’un homme à barbe noire,
De quel monde venu ? –
D’un seul geste les chasse
Jusqu’au fond de la nue.
Alors de nouveau, seul,
Dans la chair tu tâtonnes,
Cœur plus près du linceul,
Cœur de grande personne.

(Jules Supervielle)

Illustration: Vladimir Kush

 

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