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Poésie

Posts Tagged ‘s’accroître’

Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve,
Elle est tiède, on ne sait si c’est l’éveil
Ou si la foudre lente et calme du sommeil
Trace déjà ses signes dans des branches
Qu’une inquiétude agite, puis c’est trop sombre
Pour qu’on y reconnaisse des figures
Que ces arbres s’écartent, devant nos pas.
Nous avançons, l’eau monte à nos chevilles,
Ô rêve de la nuit, prends celui du jour
Dans tes deux mains aimantes, tourne vers toi
Son front, ses yeux, obtiens avec douceur
Que son regard se fonde au tien, plus sage,
Pour un savoir que ne déchire plus
La querelle du monde et de l’espérance,
Et qu’unité prenne et garde la vie
Dans la quiétude de l’écume, où se reflète,
Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes
Étoiles qui s’accroissent dans le sommeil.

(Yves Bonnefoy)

 

 

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Parfois (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Parfois je ramasse
un poème blessé
qui meurt
entre mes mains

Je l’enterre

Et ma solitude s’accroît

(Anise Koltz)

Trouvé ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

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DERRIERE LE SILENCE (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
DERRIERE LE SILENCE

Le soir, ses lentes paupières,
Comme un oiseau près de mourir.
Qui lui jeta la grave pierre
Par où coule déjà la nuit?

Les racines dans la terre
Sentent s’accroître le péril.
L’âme oublieuse de la chair
S’alarme et gagne son zénith.

Dans la noirceur qui nous entoure
La lune veut faire son nid
Mais les ténèbres qui la roulent
Lui font perdre appui sur appui.

On se regarde,on s’ignore,
On croit saisir une main:
C’est la blancheur du lendemain,
On se penche sur l’aurore.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Soleil inaperçu (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Soleil inaperçu

Le temps nous aura disjonctés, me dis-je
Dans l’opacité de nous qui s’accroît.
Je trace à la craie un semblant de croix
Sur le tombeau d’illusoires prodiges.
Plus rien ne s’accorde au flux de nos gestes
Ni rose des vents ni rose des os.
Le sang s’aveugle en son propre réseau
De notre peau subsiste un palimpseste.
La vie est notre dette. Qui l’endosse?
Des rêves le brouillon s’est détaché.
L’arrière-écrit nous demeure caché
De tout penser quelque leurre est la fosse.
Est-ce le temps qui nous creuse et divise
Semant nos feuilles mortes sur le sol
Et de nos nuits désaxant la boussole
Voile en nos yeux une terre promise ?
Pourtant nous sommes faits de ce tissu
C’est lui qui se reprend puis se démaille.
De quel aimant sommes-nous la limaille
Captifs de quel soleil inaperçu?

(Charles Dobzynski)

 

 

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D’ici là (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
D’ici là
D’un instant l’autre
L’inattendu adviendra
Quand le divin habitera l’intervalle.
Du dire à l’ouï-dire,
Du don à l’abandon,
Tout le souffle du printemps
Qu’un trait d’éclair retrace.
Les anciens rêves éclatant en bourgeon
Soif et ivresse demeurent intactes ;
Dans le rythme primordial retrouvé,
Source sera nuage et nuage averse.
D’ici là
D’un instant l’autre
Nous nous rejoindrons,
Chacun en avant de soi
S’étend de oe qu’il ouvre,
S’accroît de ce qu’il donne,
Toute fêlure offrande,
Toute en-tente
ex-tase.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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La distance (Gil Jouanard)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Tandis que les distances rétrécissaient,
la distance, elle,
s’est accrue.

(Gil Jouanard)

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L’ange de verre est descendu Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



L’ange de verre est descendu, l’oiseau
géant, la sentinelle des brouillards,
et le sommeil d’amour en fut voilé,
l’ombre de l’aile troublant l’eau
des seins légers sur le sable entrouvert.

Insaisissable cri sur une bouche où rage
la tempête de plumes, et déjà voici l’heure
et la rosée pesante où se séparent
jour et nuit, chair et cristal.

Un soleil bleu s’accroît. L’ange de verre
emplit les chambres nues, griffes serrées
sur les épaules des amants qui se délient.

Dans le jardin, rampe sur les terrasses,
comme un grand félin noir, échevelé,
l’odeur très pourrissante de l’automne.

(Jean Joubert)

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AUBADE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



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AUBADE

Pas même le ciel.
Mais un souvenir du ciel,
et le bleu de la terre
dans tes poumons.

Terre
moins que terre : observer
comment le ciel t’enveloppera, s’accroîtra
avec les mots
que tu laisses informulés — et rien
ne se perdra.

Je suis ton angoisse, la fissure
dans le mur
qui s’ouvre au vent
et son balbutiement, tempête
au pluriel — cet autre nom
que tu donnes à ton monde : exil
dans les chambres de chez toi.

L’aube se referme, engendre
le témoignage,
le tremble et le frêne
qui tombent. Je reviens vers toi
à travers ce feu, un reste
de la saison prochaine,
et serai pour toi
comme poussière, comme air,
comme ce rien
qui ne te hantera pas.

Au lieu d’avant le souffle
nous sentons nos ombres se croiser.

(Paul Auster)

Illustration

 

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APPROCHE D’UN ASTRE (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



 

APPROCHE D’UN ASTRE

Il fait noir comme avant; froid comme avant.
Le même vide un peu sale s’écoule.
Ce vent ? C’est le néant que l’on refoule.
Pourtant une lueur éclot au fond;

Un point de feu, puis un rond d’ombre rouge
Qu’un brouillard voile et qu’une houle ronge.
L’alentour tiédit; le vide se palpe.
La lueur engendre un grand disque pâle;

Tout ce lieu là-bas se gonfle d’espace,
Lui qui fut petit impensablement.
La forme s’accroît, la flamme s’apaise.
Il monte l’évidence de Quelqu’un.

(Jules Romains)

Illustration: Edward Okun Mezczyzna

 

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MINUIT (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2016



 

Jeanie Tomanek bearing [1280x768]

MINUIT

Rencontrés à la pointe de la croix
étoile et lune, face à face,
se regardent, et un à un,
les astres réveillent les noyers.

Et sur le plastron du ciel
étincellent les beaux et vigoureux
Hypérions en innombrable foule,
pleins de grâce et de volonté.

De l’ouest jusqu’à l’est
toute l’herbe dessus le ciel,
à graine menue comme grain de poivre
a fleuri et tressailli.

Et cependant qu’en bas,
parmi les poulaillers, vieillit le monde,
d’une nouvelle adolescence
chaque jour le ciel s’accroît.

(Tudor Arghezi)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

 

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