Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sacrée’

N’est-il une chose au monde, Chère, à la face du ciel (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Nicholas Roerich . Song of Shambhala

« N’est-il une chose au monde,
Chère, à la face du ciel
– un rire, un rêve, une ronde,
Un rayon d’aurore ou de miel

N’est-il une chose sacrée
– un livre, une larme, une lèvre,
Une grève, une gorge nacrée,
Un cri de fierté ou de fièvre

N’est-il une chose haute,
Subtile et pudique et suprême
– Une gloire, qu’importe! une faute,
Auréole ou diadème

Qui soit comme une âme en notre âme,
Comme un geste guetté que l’on suive,
Et qui réclame, et qui proclame,
Et qui vaille qu’on vive?… »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

L’abeille (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Multitude de l’abeille!
Élévation
sacrée
de l’unité,
collège
palpitant!

Bourdonnent
de sonores
nombres
qui travaillent
le nectar,
et passent
de rapides
gouttes
d’ambroisie :
c’est la sieste
de l’été dans les vertes
solitudes
d’Osorno. Là-haut
le soleil plante ses lances
dans la neige,
les volcans luisent,
vaste
comme
les mers
est la terre,
bleu est l’espace,
mais
il y a quelque chose
qui frémit, c’est
le coeur
brûlant
de l’été,
le coeur de miel
multiplié,
la bruissante
abeille,
le crépitant
rayon de miel,
d’envol et d’or!

Abeilles,
travailleuses pures,
ogivales
ouvrières,
fines, étincelantes
prolétaires,
parfaites,
téméraires milices
attaquant au combat
d’un aiguillon suicide,
bourdonnez,
bourdonnez par-dessus
les dons de la terre,
famille d’or,
multitude du vent,
secouez l’incendie
des fleurs,
la soif des étamines,

le vif
fil

(Pablo Neruda)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Réconfort (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Réconfort

J’habite un pays serein
D’où le chemin s’éloigne
Interminable et raide
Vers un endroit de douleur
Les soirs sont tièdes
Je me protège de moi-même
Dans l’espoir de durer
Jusqu’à l’aube de partir

Je m’enflamme
À une lumière sacrée
Pour découvrir
Qu’on m’a mortifié
Je m’inflige au coeur et à la chair
D’éternelles brûlures
Pour justifier sans détours
Ma brûlante existence

Avec sa blouse de labeur
Je revêts le chemin
Et j’entends dans le lointain
Battre des mains de femme
Dans ta chaumière la chanson
Monte derrière la vitre
Les vaches te donnent leur lait
Pour le beurre du matin

Avec sa gorge jeune
Ton corps m’a troublé
J’espère que tu n’iras pas
Te confesser dimanche

Sur le toit de chaume
S’accrochent la chair du jour
Et des lambeaux d’étoiles
Arrachés à l’espace.

(Jean-Baptiste Besnard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Seul ce qui est incandescent devient cendre (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Seul ce qui est incandescent
devient cendre.
La cendre est sacrée.

Tu m’as touché
et je suis devenu cendre.
Mon moi, mon être est devenu cendre, consumé par toi.

Ainsi parlent l’amant et le croyant.
Tu m’as touché. Je suis sacré.
Non pas moi, mais ma cendre est sacrée.

***

Det är bara det glödande
som blir aska.
Askan är helig.
Du rörde vid mig
och jag blev till aska.
Mitt jag, mitt själv blev till aska, förtärt av dig.
Så säger den älskande och den troende.
Du rörde vid mig. Jag är helig.
Inte jag men min aska är helig.

(Pär Lagerkvist)


Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

CE CORPS DE MORT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




CE CORPS DE MORT

Pardonné, purifié, de tout ce
Moi, que peut-il demeurer ?
De cet être formé
Pour et par le péché ?
Comment ces mains pourraient-elles être miennes,
Façonnées par tout le mal que j’ai fait,
La vie prise à des créatures,
Les coups donnés, les choses délicates brisées,
Frappées avec violence, les tissus végétaux déchirés,
Un autre être vivant touché avec rudesse —
Façonnées par la cruauté sans trêve de toute vie,
Pardonnées, ces mains devront mourir.

Pardonné, comment ce visage
Que la peur et la froideur,
L’aveuglement sans amour, la fatigue inquiète
Ont marqué, ont ridé,
Ces traits formés et composés
Par la futile indifférence,
La mesquinerie changeante et la violence cachée,
Comment ce visage pourrait-il être béni,
Qui porte témoignage d’une vie mal vécue ?

Chaque créature est la signature de ses actes.
La mouette pique de haut, façonnée par le vent et la faim,
Les yeux, le bec fouailleur et les fortes ailes blanches
Avivés, affilés, rendus beaux et puissants par le vent et par l’eau,
Les cris et les battements d’ailes murmurent la vérité
sacrée de son être.
L’homme agit mal : seul pur le chant
Issu des lèvres de l’amour, et le cri muet
Quand la douleur raille l’humain qui est en nous.

***

THIS BODY OF DEATH

Forgiven and made pure, what of all this
Self could remain?
This person formed
For sin, by sin?
How could these hands be mine,
Shaped as they are by all the ill I have done,
Life of creatures taken,
Blows given, delicate things broken,
Struck violently, green textures torn,
Another living being touched ungently-
Shaped as they are by all life’s restless cruelty,
Forgiven, these hands must die.

Forgiven, how could this face
That fear and coldness,
Unloving blindness, anxious weariness
Have marked and lined,
These features formed and framed
By trivial indifference,
Unstable pettiness and latent violence,
How could this face be blessed,
Bearing its record of a life lived amiss?

Each creature is the signature of its action.
The gull swoops, shaped by wind and hunger,
Eyes and scavenging beak, and strong white wings
Turned to a fine edge of beauty and power by wind and
water.
Scream and wing-beat utter the holy truth of its being.
Man acts amiss: pure only the song
That breaks from the lips of love, or the wordless cry
When grief or pain makes mock of all that is human in us.

(Kathleen Raine)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À LA BEAUTÉ (Karin Boye)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



À LA BEAUTÉ

Quand tombent nos dieux
et que nous restons seuls au milieu des décombres
sans plus d’attache sous nos pieds
que la sphère dans l’espace –
alors un instant tu te laisses entrevoir, auguste Beauté.
Alors, alors seulement.
Implacable comme le feu, tu consoles:
“Tout peut s’écrouler – je suis immortelle.”
Ô demeure, demeure, Beauté sacrée,
et sauve mon âme
du mensonge d’un infini chagrin.

(Karin Boye)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Ekaterina Panikanova

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

L’ardoise noire (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



L’ardoise noire

J’aime
tes cauchemars
je leur suis très
reconnaissant
et commence
à leur devoir
une sacrée ardoise
de tendresse
j’aime
tes cauchemars
et ta façon
de te réfugier
contre moi
pour les dissoudre
dans le grand noir

(Thomas Vinau)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: John Henry Fuseli

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

FÉERIE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

Red_roses

FÉERIE

La lune mince verse une lueur sacrée,
Toute une jupe d’un tissu d’argent léger,
Sur les bases de marbre où vient l’Ombre songer
Que suit d’un char de perle une gaze nacrée.

Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux
De carènes de plume à demi lumineuse,
Elle effeuille infinie une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux…

Est-ce vivre?… O désert de volupté pâmée
Où meurt le battement faible de l’eau lamée,
Usant le seuil secret des échos de cristal…

La chair confuse des molles roses commence
A frémir, si d’un cri le diamant fatal
Fêle d’un fil de jour toute la fable immense.

(Paul Valéry)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Où es-tu ? (Giosuè Carducci)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Où es-tu ? De tes yeux purs et riants,
sur qui reposes-tu le beau regard, ô femme ?
Pour qui harmonises-tu dans tes suaves accents
l’intime mélodie de ton coeur
Assise parmi la verdure et les fleurs,
abandonnes-tu ton âme songeuse et douce aux vents légers,
ou bien as-tu livré ton corps aux étreintes frémissantes de vigueur de l’onde sacrée?

(Giosuè Carducci)

Illustration: Alexandre Cabanel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Danses sacrées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Danses sacrées

DE leurs tendres pieds les femmes de la Crète
Ont pressé la fleur de l’herbe du printemps…
Je les vis livrer à la brise inquiète
Leurs cheveux flottants.
Leurs robes avaient l’ondoiement des marées.
Elles ont mêlé leurs chants de clairs appels
En rythmant le rire et les danses sacrées
Autour des autels.

(Renée Vivien)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :