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Posts Tagged ‘sacrifié’

Le tombeau des rois (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



chambre funéraire

Le tombeau des rois

J’ai mon coeur au poing
Comme un faucon aveugle.

Le taciturne oiseau pris à mes doigts
Lampe gonflée de vin et de sang,
Je descends
Vers les tombeaux des rois
Étonnée
À peine née.

Quel fil d’Ariane me mène
Au long des dédales sourds?
L’écho des pas s’y mange à mesure.

(En quel songe
Cette enfant fut-elle liée par la cheville
pareille à une esclave fascinée?)

L’auteur du songe
presse le fil,
Et viennent les pas nus
Un à un
Comme les premières gouttes de pluie
Au fond du puits.

Déjà l’odeur bouge en des orages gonflés
Suinte sous le pas des portes
Aux chambres secrètes et rondes
Là où sont dressés les lits clos.

L’immobile désir des gisants me tire.
Je regarde avec étonnement
À même les noirs ossements
Luire les pierres bleues incrustées.

Quelques tragédies patiemment travaillées,
Sur la poitrine des rois, couchées,
En guise de bijoux
Me sont offertes
Sans larmes ni regrets.

Sur une seule ligne rangés :
La fumée d’encens, le gâteau de riz séché
Et ma chair qui tremble :
Offrande rituelle et soumise.

Le masque d’or sur ma face absente
Des fleurs violettes en guise de prunelles,
L’ombre de l’amour me maquille à petits traits précis ;

Et cet oiseau que j’ai
Respire
Et se plaint étrangement.

Un frisson long
Semblable au vent qui prend, d’arbre en arbre,
Agite sept grands pharaons d’ébène
En leurs étuis solennels et parés.

Ce n’est que la profondeur de la mort qui persiste,
Simulant le dernier tourment
Cherchant son apaisement
Et son éternité
En un cliquetis léger de bracelets
Cercles vains jeux d’ailleurs
Autour de la chair sacrifiée.

Avides de la source fraternelle du mal en moi
Ils me couchent et me boivent ;
Sept fois, je connais l’étau des os
Et la main sèche qui cherche le coeur pour le rompre.

Livide et repue de songe horrible
Les membres dénoués
Et les morts hors de moi, assassinés,
Quel reflet d’aube s’égare ici?
D’où vient donc que cet oiseau frémit
Et tourne vers le matin
Ses prunelles crevées?

(Anne Hébert)

 

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Tu t’en allais (Jean-Paul Hameury)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2016



Tu t’en allais
et je mourais alors
de cette absence sans mesure.

Restait la sente étroite des rêves
où je suivais la trace de tes pas
et t’appelais.

Pour garder près de moi
ta silhouette rongée
pour l’entendre murmurer mon nom
j’aurais voulu t’offrir
le lait au goût de miel
le vin la farine blanche
et verser dans la chambre
l’épais sang noir des bêtes sacrifiées.

(Jean-Paul Hameury)

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En exil (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2015



En exil

Elle est triste elle fait valoir
Le doute qu’elle a de sa réalité
dans les yeux d’un autre.

Plante majeure dans le bain
Végétal travaillé brune ou blonde
A l’extrême fleur de la tête
Sa nudité continuelle

Ses seins de faveurs refusées
Un rire aux cheveux de cytise
Parmi les arbres
L’orage qui défend les siens
Brise les tiges de lumière

C’est elle c’est l’orage aussi
Qui distribue des armes maladroites
Aux herbes aux insectes
Aux dernières chaleurs
Les fumées de l’automne
Les cendres de l’hiver

La perle noire n’est plus rare
Le désir et l’ennui fraternisent
Manège des manies
Tout est oublié
Rien n’est sacrifié
L’odeur des décombres persiste.

Les yeux fermés c’est elle tout entière.

(Paul Eluard)


Illustration: Schilder Antoon Van Wely

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DÉSÉCRITURE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2015



 

partition qui brule

DÉSÉCRITURE

Amas de papiers sacrifiés
à l’écriture du poème
esquisse aux lignes raturées
par vagues successives
ensablant sur la page (la plage)
le dessin d’une épure

Vaine quête de perfection
un ressassement silencieux
s’étire ou se recroqueville
s’allège d’apprêts superflus
autour d’un noyau (d’un joyau ?)
irréductible ou insoluble

Quelqu’étincelle dissidente
s’étiole loin du feu central
soudain hors de portée
une musique s’est éteinte
et le texte à peine ébauché
se meurt aux limbes d’embolie

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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