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Poésie

Posts Tagged ‘sacrifier’

LA LETTRE BRÛLÉE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
LA LETTRE BRÛLÉE

Adieu, lettre d’amour, adieu! Elle l’ordonne…
Mais combien j’ai tardé, que ma main fut rétive
à sacrifier au feu la trace de mes joies !…
Puisque l’heure a sonné : brûle, lettre amoureuse,
je suis prêt et mon coeur ne veut plus rien entendre.
Tes feuilles sont touchées par la flamme vorace…
Un moment ! Un éclair ! Elles flambent… Légère
une fumée s’enroule, emportant mes prières.
Maintenant s’évanouit l’empreinte du cachet
et la cire en fondant grésille. Ô Providence !
C’en est fait. Les feuillets noircis se crispent,
sur l’impalpable cendre encore transparaissent
les lignes tant aimées. J’ai le coeur lourd. Ô cendre,
humble consolation pour mon destin en deuil,
demeure à tout jamais sur mon coeur affligé.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Ce sentiment là (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Marie-France Le Clainche
    
Oh! Je ne me révolte pas.
Jamais je ne me suis révoltée. Il est grand!

Je l’adore, je m’incline, aussi religieuse maintenant que jadis,
devant sa pensée infinie dont je suis victime.

Et j’accepte avec une sérénité sans espoir d’être,
moi, le rien, sacrifiée à ses fins.

Il me semble que si j’étais une pauvre pièce de toile,
je me soumettrais ainsi avec une douleur affectueuse et docile
à la torture des ciseaux et de l’aiguille,

par respect et par amour
pour le chef-d’oeuvre inconnu de l’ouvrière.
Ce sentiment là, ce doit aussi être une piété.

(Marie Noël)

 

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Débaptiser le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: René Magritte
    
Débaptiser le monde,
sacrifier le nom des choses
pour gagner leur présence.
Le monde est un appel nu,
une voix, pas un nom,
une voix porteuse de son propre écho.

Et la parole de l’homme est une part de cette voix,
non pas un signe du doigt
ni une étiquette d’archive
ni un profil de dictionnaire
ni une carte d’identité sonore
ni un drapeau indicatif
de la topographie de l’abîme.

L’оffiсе de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela,
est un acte d’amour : crier de la présence.

L’office de la parole
est que le monde puisse dire le monde,
que le monde puisse dire l’homme.

La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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La vérité (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



verite

La vérité

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D´abord on le tue
Puis on s´habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

J´affirme que l´on m´a proposé beaucoup d´argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.

A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu´il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Le monde doit s´enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l´Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d´hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s´évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent « juste » à l´heure.
L´inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C´est plus juste en somme
D´abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

(Guy Béart)

 

 

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Le jardin (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018




    
Le jardin

Le jardin dormait noir
Et parfois soupirait.
Ce n’étaient que bruits
Noirs dans l’obscurité.

Et la maison elle-même.
Toute sacrifiée à la nuit,
Une dépendance noire.
Pourtant c’était là et

Qui allait, faisait halte.
Et repartait sans bruit.
Refaisait halte, attendait.
Écoutait peut-être. Écoutait.

(Mohammed Dib)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: De la Différence

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J’ai réglé mes comptes avec la vie (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Hans Baldung
    
En disant « J’ai réglé mes comptes avec la vie »,
je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ;
regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie,
c’est élargir la vie.

A l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie,
par peur de la mort et refus de l’accepter,
c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée,
méritant à peine le nom de vie.

Cela semble un paradoxe :
en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète
et en l’y accueillant on élargit et on enrichit sa vie.

(Etty Hillesum)

 

 

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CHANT FUNEBRE (Bedros Tourian)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



 

CHANT FUNEBRE

Voici que s’approchent les heures de ma mort,
Je ne ressens plus toutes mes douleurs,
Je me sépare de toi, ma charmante fleur,
Mais mes pauvres yeux ne cessent de te voir,
Comment me séparer, mon amour est si ardent
Mais c’est inutile, c’est Dieu qui est mon maître.

Patiente un peu, ô mort terrible,
N’as-tu pas pitié de mon cœur douloureux ,
Patiente un peu que je tienne mon amour
Et après cela que je dorme tranquille.
Comment me séparer, mon amour est si ardent
Mais c’est inutile, c’est Dieu qui est mon maître.

Quand je pense que dans un ou deux heures,
Vont me recouvrir, la terre et les vers,
Vont me percer, me perforer de tous côtés,
Mon tendre corps vont le sacrifier.
Comment me séparer, mon amour est si ardent
Mais c’est inutile, c’est Dieu qui est mon maître.

(Bedros Tourian)

Découvert ici Poèmes arméniens

Illustration: Steve Emmett

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Au sein de l’œuf du corps (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
Au sein de l’œuf du corps, tu es un merveilleux oiseau;
tant que tu es à l’intérieur de l’œuf, tu ne peux pas voler.
Lorsque la coquille du corps se brisera,
tu étendras tes ailes et tu obtiendras l’esprit

Tu ne trouveras rien de plus inanimé que mon corps.
Donne lui la lumière vivifiante de ton Essence!
Fais le devenir tout entier esprit,
ce corps qui sacrifie sa vie pour Toi

(Mawlana Rûmî)

 

 

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C’est creuser dans du noir (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



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Écrire,
C’est creuser dans du noir
C’est au sein de ce noir
Y sacrifier.
Du noir qui est en soi
Le marier à du noir des mots.

(Eugène Guillevic)

Illustration: Arno Rafael Minkkinen 

 

 

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Débaptiser le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



Débaptiser le monde,
sacrifier le nom des choses
pour gagner leur présence.
Le monde est un appel nu,
une voix, pas un nom,
une voix porteuse de son propre écho.

Et la parole de l’homme est une part de cette voix,
non pas un signe du doigt
ni une étiquette d’archive
ni un profil de dictionnaire
ni une carte d’identité sonore
ni un drapeau indicatif
de la topographie de l’abîme.

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela,
est un acte d’amour: créer de la présence.

L’office de la parole
est que le monde puisse dire le monde,
que le monde puisse dire l’homme.

La parole: ce corps vers tout.
La parole: ces yeux ouverts.

(Roberto Juarroz)


Illustration: René Magritte

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