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Posts Tagged ‘s’affaler’

On le sait (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019



Illustration: Vladimir Kush
    
On le sait

On le sait par cette écume
où frissonnent nos poitrines
par ce phare qui s’allume
cette voile qui s’incline

le vent glisse sur la toile
bruit de sable qui s’écoule
on le sait qu’on va chez toi
l’acharnée où mon sang roule

sur la côte tremble un feu
on le sait qu’on nous attend
vague à vague creux par creux
que s’affale cet élan.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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DANS L’EPAIS DE LA NUIT (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



DANS L’EPAIS DE LA NUIT

La vie lèche la page et se retire blanche
vaste mer incertaine aux hommes qui l’attendent

me manquent tes photos tes lèvres tes pointes dures
me manque ton passage portant cette cambrure

bonjour encore soleil étrange aux longues mèches noires
que tu vives que tu meures : toujours lumière et désespoir

vivace te voici pendant que se déhalent
les images gravées des chagrins enfouis

toi visage du passé dont pâlira le hâle
parure qui s’affale dans l’épais de la nuit.

(Jean Pérol)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Jean Jacques Henner

 

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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Mélopée (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Mélopée

Une âme s’affale au fond d’une yole
Bercée au fil des rythmes assourdis ;
Comme un cœur sans défense qu’on désole
L’eau se laisse fendre – et sonne midi.

Bercé au fil des rythmes assourdis
Un chant traîne lent comme une plainte.
L’eau se laisse fendre – et sonne midi,
Les douze notes, une à une, tintent.

Un chant traîne lent comme une plainte
Étouffé au sein des lourdes senteurs.
Les douze notes une à une tintent
Réveillant un long écho dans un cœur.

Étouffé au sein des lourdes senteurs
Le chant effleure les rides de l’onde
Réveillant un long écho dans un cœur
Où se creuse une blessure profonde.

(Birago Diop)


Illustration

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DANS LE DELTA DU NIL (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



DANS LE DELTA DU NIL

La jeune épouse pleurait droit dans son assiette
à l’hôtel, après une journée passée dans cette ville
où elle avait vu des malades ramper et s’affaler
et des enfants qui allaient mourir à force de misère.

Elle monta avec l’homme dans la chambre
qu’on avait aspergée d’eau pour lier la saleté.
Ils se couchèrent chacun dans leur lit et sans dire grand-chose.
Elle sombra dans un profond sommeil. Il resta éveillé.

Dehors, dans l’obscurité, courait un immense vacarme.
Rumeurs, bruits de pas, cris, carrioles, chansons.
Cela se faisait dans la détresse. Cela ne s’arrêtait jamais.
Puis il s’assoupit, replié sur une négation.

Vint un rêve. Il voyageait en mer.
L’eau grise s’anima
et une voix lui dit: «Il y a quelqu’un qui est bon.
Quelqu’un qui sait tout voir sans jamais nous haïr.»

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Marc Chagall

 

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