Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘s’affliger’

Pourquoi se rendre ? (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

Pourquoi se rendre ?

Oh! Rencontrée, nos ailes vont côte à côte
Et l’azur leur est fidèle.
Mais qu’est-ce qui brille encore au-dessus de nous?

Le reflet mourant de notre audace.
Lorsque nous l’aurons parcouru,
Nous n’affligerons plus la terre:
Nous nous regarderons.

(René Char)

Illustration: Karen L’Hémeury

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Berceuse (Francis Carco)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



Ce lent et cher frémissement,
C’est la pluie douce dans les feuilles.
Elle s’afflige et tu l’accueilles
Dans un muet enchantement.

Le vent s’embrouille avec la pluie.
Tu t’exaltes; moi, je voudrais
Mourir dans ce murmure frais
D’eau molle que le vent essuie!

C’est la pluie qui sanglote, c’est
Le vent qui pleure, je t’assure…
Je meurs d’une exquise blessure
Et tu ne sais pas ce que c’est.

(Francis Carco)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Parfois tu regardes une pierre (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Parfois tu regardes une pierre
— est-ce bien cela ? toucher
du regard une opaque surface
qui n’est rien que silence.

Le suave printemps peut
te réjouir ou t’affliger
à cause des fleurs nouvelles
ou des animaux distraits.

La pierre, elle, est toujours là :
semblable à elle-même,
si bien assurée dans son être,

Sa forme, sa densité, son poids,
si précise et si proche,
non changeante.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chant du matin (Nakahara Chûya)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Illustration: Herbert Bayer
    
Chant du matin

Au plafond surgit une couleur rouge
Par la fente de la porte filtre la lumière,
Souvenirs rustiques de fanfare militaire
De mes deux mains que faire ? Oh non rien à faire.

Des oiseaux on n’entend aucun chant
Le ciel aujourd’hui doit être d’un bleu pâle,
Contre un cœur humain qui s’écoeure
Que dire ? Oh non rien à dire.

Dans une odeur de résine le matin s’afflige
A jamais perdus tous ces rêves divers,
Les arbres serrés dans la forêt résonnent au vent !

Tandis que s’élargit sereinement l’azur,
Le long des berges s’en vont filant
Toujours si splendides tant de rêves divers !

(Nakahara Chûya)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Nakahara Chûya Poèmes
Traduction: Yves-Marie Allioux
Editions: Picquier poche

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Blanche lune (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



 

Illustration: Anne Fayet

    

Blanche lune, plaine de neige
un linceul recouvre notre coin de terre.
Les bouleaux, tout blancs, dans les bois s’affligent.
Qui gît ici ? qui est mort ? Serait-ce moi, déjá ?

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Océan de cris de moineaux (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




    
Océan de cris de moineaux.
Il fait nuit… mais si clair !
Que demander de mieux.
Il fait nuit… mais si clair !
Sur les lèvres innocentes
un océan de cris de moineaux.

Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !
Par ce beau temps indigo
je ne veux point de repos.
Ah ! sous la lune, quelle
lumière… jetons-nous à l’eau !

L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Lèvres insatiables.
Lèvres qui, comme en eaux rapides,
étanchent ma vie. Ces lèvres.
L’aimée, c’est toi, c’est elle ?
Les roses, que me chuchotent-elles ?
J’ignore que sera demain.

Tout près, quelque part — va savoir,
la joyeuse flûte s’afflige.
Dans le bourdonnement du soir
je vénère du sein le lys.
La joyeuse flûte s’afflige,
j’ignore que sera demain.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



UN AMOUREUX ATTRISTÉ PAR UNE INSENSIBLE

Parmi les fleurs rouges fanées et
Les abricotiers verts
Les hirondelles frôlent l’eau émeraude
Qui entoure une maison
Les chatons du saule s’envolent au gré du vent
Où sur notre terre ne peut-on trouver le parfum de l’herbe ?

Dans le jardin une balançoire
Et de l’autre côté de son enceinte un promeneur
Qui longe le chemin
Qui entend l’éclat de rire d’une beauté
Petit petit s’évanouit le rire
Amoureux, le promeneur s’afflige de l’insensible

(Su Shi)

Illustration: Chai Qiu Nong

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Phénomène (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Quand à l’écran de pluie
Phébus se marie,
Il se forme soudain un arc
Dont les bords se nuancent de couleurs.

Dans le brouillard
Je vois tracé un cercle pareil;
L’arc, sans doute, est blanc,
Mais c’est tout de même un arc céleste.

Ainsi, vieillard alerte,
Tu ne dois pas t’affliger;
Même si tes cheveux sont blancs,
Tu aimeras quand même.

***

Wenn zu der Regenwand
Phöbus sich gattet,
Gleich steht ein Bogenrand
Farbig beschattet.

Im Nebel gleichen Kreis
Seh ich gezogen;
Zwar ist der Bogen weiß,
Doch Himmelsbogen.

So sollst du, muntrer Greis,
Dich nicht betrüben:
Sind gleich die Haare weiß,
Doch wirst du lieben.

(Goethe)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
JE NE PLEURERAI PAS DE TE VOIR ME QUITTER

Je ne pleurerai pas de te voir me quitter
Il n’est rien d’aimable ici-bas,
Et doublement m’affligera ce sombre monde
Tant que ton coeur y pâtira.

Je ne pleurerai pas : la splendeur de l’été
Nécessairement s’enténèbre;
L’histoire la plus heureuse, quand on la suit,
Se termine avec le tombeau!

Et je suis excédée de l’angoisse qu’apporte
Le long cortège des hivers,
Outrée de voir l’esprit languir au long des ans
Dans le plus morne désespoir.

Si donc un pleur m’échappe à l’heure de ta mort,
Sache-le, il ne marquera
Qu’un soupir de mon âme impatiente de fuir
Et d’être en repos avec toi.

***

I’LL NOT WEEP THAT THOU ART GOING TO LEAVE ME

I’ll not weep that thou art going to leave me,
There’s nothing lovely here;
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there.

I’ll not weep, because the summers’ glory
Must always end in gloom;
And, follow out the happiest story—
It closes with the tomb!

And I am weary of the anguish
Increasing winters bear;
I’m sick to see the spirit languish
Through years of dead despair.

So, if a tear, when thou art dying,
Should haply fall from me,
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :