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Poésie

Posts Tagged ‘s’affoler’

ENFIN (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




ENFIN l’occasion attendue, du temps libre
De toutes ces tâches, imposées volontairement ou non,
Cependant maintenant, prise au piège, je m’affole, j’essaie
De trouver un prétexte, n’importe quoi pour me dérober
À une confrontation avec la page blanche.
Il n’y a pas d’hôte invisible dans ma chambre:
Les temps et les lieux sont à eux, non à nous,
Rendant leur présence présente, infinie.
Ce vide est le terme
De bien des dérobades: nous nous détournons
Rien qu’un instant en l’incommensurable absence.

***

AT LAST the awaited opportunity, time free
Of all those tasks, imposed or self-imposed,
Yet now, trapped, I panic, try
To think of some pretext, anything to evade
A confrontation with the unwritten page.
There is no invisible visitant in my room:
The times and places are theirs, not ours,
Who make their presence present, infinite.
This blankness is the term
Of many evasions: we turn aside
Only for a moment into immeasurable absence.

(Kathleen Raine)

Illustration: Catherine Mayet

 

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QUELQUE CHOSE DU DEDANS (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 Alexander Anufriev  (11)

QUELQUE CHOSE DU DEDANS

Sortir de sa nuit
après une croissance imparfaite
se réveiller l’âme décolorée
ébouriffée.

Peut-on être nomade du temps ?
Peut-on être
d’une vie à une autre
passant ?

Silence des morts rebelles
qui renforcent les nœuds.
Silence de la vie
au hasard fixée
ou plantée telle une épine
indurée en nos rêves
irritant nos fougues.

Qui peut nous retenir
contre le vertige du dedans
si large si vide ?

Ceux à mi-chemin
arrêtés fébriles
comme des vagues poursuivies

ceux avec leurs mots lourds
tout fripés de tendresse
balancés à contre-temps

ceux boutefeux par désespoir
incendiaires
exacerbés d’espérance

ceux musiciens des songes
qui tâtonnent sans répit
lézardés jusqu’à la moelle

ceux que nulle main n’a guidés
qui s’épuisent à rassembler
leurs brisures

ceux qui mordent à bouche pleine
les pensées fauves
les passions sans remontée

ceux qui n’ont plus de frontières
et qui implosent chargés de sang
et de brûlures…

Qui peut emmurer
le vertige au-dedans
qui peut sceller notre cœur
pour qu’il cesse de s’affoler
pour un souffle d’air
ou d’ange distrait ?

Qui ?

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

Illustration: Alexander Anufriev

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L’école (Jacques Charpentreau)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



L’école

Dans notre ville il y a
Des tours, des maisons par milliers,
Du béton, des blocs, des quartiers,
Et puis mon coeur, mon coeur qui bat
Tout bas.

Dans mon quartier, il y a
Des boulevards, des avenues,
Des places, des ronds-points, des rues
Et puis mon coeur, mon coeur qui bat
Tout bas.

Dans notre rue il y a
Des autos, des gens qui s’affolent,
Un grand magasin, une école,

Et puis mon coeur, mon coeur qui bat
Tout bas.

Dans cette école, il y a
Des oiseaux qui chantent tout le jour
Dans les marronniers de la cour.
Mon coeur, mon coeur, mon coeur qui bat
Est là.

(Jacques Charpentreau)

 

 

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Présage (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Alexandre de Riquer
    
Présage

L’oiseau hier
Noir venu
D’au-delà des maisons des villes

Sa voix folle de sève et de rayons l’attarde
Tu sers sa confidence de branche en branche nue

Tu l’appelles tardif il n’est que la lumière
Tu l’appelles l’enfant, il va de feuille en feuille

Il s’affole, sa voix illimitée peut-être
Décide l’horizon de n’être qu’une parole.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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QUE J’AIME (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



QUE J’AIME

Ce n’est pas ta voix que j’aime
Ne crois pas ça
Même si tant de paroles
A la nuit tombée s’affolent
C’est le souffle qui me frôle
Dans ta voix que j’aime

Ce n’est pas ta main que j’aime
Ne crois pas ça
Elle est bien trop ferme et sûre
Bravant toute meurtrissure
C’est la pierre toute dure
Dans ta main que j’aime

Ce n’est pas ton corps que j’aime
Ne crois pas ça
Comme tu n’es pas émue
D’être de mes bras vêtue
C’est la terre toute nue
Sous ton corps que j’aime

Ce ne sont pas tes yeux que j’aime
Ne crois pas ça
Puisque tu parais certaine
Que toutes larmes sont vaines
C’est une étoile lointaine
Dans tes yeux que j’aime

(Guy Béart)

 

 

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DANS LE TEMPS (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Mariana Stauffer
    
DANS LE TEMPS

la plaine rauque endurait nos pas brefs
intestats mouraient bien des lieux

la pluie glosait les douleurs familières
un colporteur aux yeux violents passa

vendant des mots si simples qu’ils brûlaient
et des enfances dont le chant t’affola

nous habitions le donjon de l’hiver
chaque nuage savait qui nous étions

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Septembre matinal (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
septembre matinal se glisse
dans les chambres souple et jubilant
c’est partout dehors soudain
la moindre des choses déclare
avec une pieuse aisance
à la lumière son amour
le miroir ouvre grands ses yeux rajeunis
un vase avoue les couleurs à jamais
le bois lucidement s’étire

ailleurs le vent prend l’herbe
des steppes en pitié la console et lui offre
les secrets des lointains qu’il sait seulement fuir
l’aube plus loin d’une caresse sûre
réveille la féline fourrure de la mer
indécise entre rire et gronder

la main géante du sommeil
garde encore ta présence nue
et je n’ose te regarder plus
que ces troncs d’arbre aussi purs que des cris
par les vagues patiemment polis
et rejetés par elles sur le sable
pour révéler ce que seront les corps

notre nudité ne surgit
que d’un fourreau d’irréparables gestes
elle n’est vue que du seul bout des doigts
s’évanouit s’ils se taisent
finisterre des promesses
où la nuit vient d’un coup d’ailes
happer nos mots aventurés
entre gémir et murmurer

sous l’ogive des bras qui se tendent
tes paupières se lèvent
il fait moins clair déjà j’entends
croître l’ombre qui coule dans tes veines
comme nos voix sont rauques dans le cristal de l’aube
les étoiles se sont éteintes
et d’autres qui n’ont plus de nom
brûlent en nous désormais jusqu’au soir

de quelques pas soyeux
tu vas auprès de la fenêtre
septembre un peu s’affole
au bord de ton nu contrejour
en de lointaines alpes je le sais
un ruisseau joue sur les pierres
ondule et danse vif
on pourrait presque entendre son murmure

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Dans la nuit (conte)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    

Dans la nuit, un homme s’éveille
pour découvrir qu’un serpent se trouve dans sa chambre.
La présence de ce reptile le fige sur place.

Mais pour le mental, il en va tout autrement:
frappé de panique, il s’agite, se démène, s’affole.

Le serpent va-t-il s’approcher et bondir?
Ne vient-il pas de bouger?…

Plus le temps passe,
plus le mental de cet homme s’échauffe.

La nuit lui paraît interminable.
Mais au petit matin,
il découvre qu’il s’agissait…

d’une corde.

(conte)

 

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COEUR (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017




    
COEUR

Mon coeur, mon coeur, disent-ils, mon coeur
ainsi qu’on parle d’un malade qui se meurt
dans la chambre fermée sur des mots de délire
beaux peut-être ou fous en leur langue d’énigme

Ainsi qu’on parle d’un étranger
aux accès de douceur ou de rage
qui jette l’aventure au creux de la vie sage
comme une poignée d’or sur la table rustique
où des gens à couteaux s’égorgent pour un liard.

Chacun parle de ce lieu secret où sont des ronces
chacun montre la place où la bête s’affole
la bête aveugle et tendre que transperce le sang
la bête prise au piège tâtonnant sa prison.

Mon coeur, disent-ils, mon coeur, mon coeur
il frappe au flanc comme une pluie que rien ne console
comme un passant lassé de lieues frappe à la porte
de la maison de nuit qu’éclaire un bal

Et personne jamais n’ouvre la lumière
au visiteur inquiet de bonheur
et chacun tisse sur son coeur
le rite appris des gestes vers la boue et le pain.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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La porte est ouverte (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Renaud Baltzinger
    
La porte est ouverte entre les murs du soir,
les trappes cèdent sous mes pas haletants.
Au vent sans effort, souffle ta main légère,
suicide simple comme le regard de l’eau.

Le dernier matin de ta vie passe auprès de toi,
écoute battre le dernier jour de la terre,
happe au passage la dernière tige de vent.
Le ciel n’est plus sur tes yeux qu’un peu de buée.

N’appelle personne parmi les hommes :
on ne meurt bien que dans la solitude.
La lumière n’a plus de prises sur ton corps.
Sous ton corps, la terre monte à coups d’épaule.

Pas un mort ne te voit, pas un mort ne te cherche.
L’univers est seul comme une main coupée.
L’éternité s’affole, s’écarte de ta route,
mesure d’étoile en étoile ce qui la sépare de toi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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