Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘s’agenouiller’

Je prétends à la vie (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



    
Je prétends à la vie
Et ne supporte pas
Qu’on me tienne enfermé
Dans les pages d’un livre

Hors des mots seulement
Je palpite et je suis
Pareil à cette image
Inconnue de moi-même

Si quelqu’un veut toucher
Mon coeur qu’il s’agenouille
Et creuse lentement
Le coeur chaud de la terre

Qu’il soulève en ses mains
La glaise et le terreau
L’humus qui garde encor
Une odeur de châtaigne

Qu’il aille plus profond
Dans la nuit des racines
Là où le feu commence
A mordiller le grain

Qu’il me saisisse enfin
Alors que je dérive
Inlassablement nu
Vers un pays certain.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Capucine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Capucine

A midi la chaleur est si forte sous le beau ciel de Séville,
que marchands, soldats, nobles, prêtres, chanoines,
archevêques, religieuses, abbesses, même le grand inquisiteur,
tout le monde fait la sieste.
Seules deux jeunes filles du couvent des Capucines
ne se livraient pas au sommeil.
Assises sous une charmille au fond du jardin du cloître,
elles causaient à voix basse.
Mais de quoi, je vous le demande, peuvent causer deux capucines
quand tout le monde dort, quand il fait si chaud?
De ce qui tient les jeunes coeurs éveillés,
de ce qui leur fait oublier la chaleur, la froidure, le vent et le soleil,
de fêtes, de plaisirs, de promenades en plein air, de danses, de liberté.

Il se pourrait bien aussi qu’elles parlassent d’autre chose,
mais nous n’en sommes pas assez sûrs pour l’affirmer.
—Je fais des rêves affreux.
—Il me semble que j’entends, [la nuit] le bruit d’une guitare sous la fenêtre de ma cellule,
et une voix qui m’appelle Inès!
—Si en effet un homme venait sous nos fenêtres?
—Si c’était le diable?
On dit qu’il rôde toujours autour des couvents.
Et les deux soeurs furent s’agenouiller dévotement
au pied d’une croix placée au milieu du jardin.

Pour peu qu’on connaisse la botanique,
on sait que les capucines sont des fleurs à passions ardentes.
Éclatantes le jour, on les voit la nuit s’entourer d’une auréole d’étincelles phosphorescentes.
Quelle idée leur avait fait choisir de préférence la vie claustrale?
C’est ce qu’on ne peut deviner,
à moins qu’elles n’aient été entrainées par une similitude de noms.

(J.J. Grandville)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pour Jacqueline (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



 

Francis Picabia -   (1)

Pour Jacqueline

Qu’on parle tout bas; la petite est morte.
Ses jolis yeux clairs sont clos pour jamais,
Et voici déjà des fleurs qu’on apporte…
Je ne verrai plus l’enfant que j’aimais.

Je rêve, sans doute, et l’enfant sommeille;
Pourquoi, près de moi, dit-on qu’il est mort
Pas de bruit surtout, que rien ne l’éveille,
Ne voyez-vous pas que ma fille dort?

Mais elle a gardé la bouche entr’ouverte,
Sa joue est bien pâle et son front glacé,
Son petit corps semble une chose inerte…
Agenouillez-vous, la Mort a passé.

Alors, c’est fini! Tes prunelles closes
Jamais ne verront le ciel rayonnant,
Tu dors pour toujours au milieu des roses,
Toi mon sang, ma chair, ô toi, mon enfant !

Je ne verrai plus ton joli sourire,
Jamais tes regards ne me chercheront,
Tes petites mains qu’on croirait de cire,
Jamais, plus jamais ne me toucheront.

Adieu, mon amour, adieu, ma jolie:
Je n’entendrai plus ton rire joyeux.
Ah! comment guérir ma triste folie;
Comment vivre encore ! je n’ai plus tes yeux.

Et voici soudain qu’on ouvre la porte…
On t’arrache à moi, mon ange adoré,
Mais dans le cercueil, afin qu’on l’emporte,
Près du tien j’ai mis mon coeur déchiré.

Oh! ne parlez plus, la petite est morte…

(Ida Faubert)

Illustration: Francis Picabia

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CREDO (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



 

CREDO

je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure

je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous

je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse

je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical

je crois aux cassures
de fièvres aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

je crois
qu’ il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)

Illustration: Zoran Music

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Pour une belle (Hector Ganier)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Fabienne Contat

    
Pour une belle

A gente damoiselle
Toujours suis à rêver :
Quand l’étoile étincelle,
Le jour, dès mon lever.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon rêver !

Mais la farouche belle
Ne veut pas me chérir ;
Pour fléchir la cruelle
Que lui faut-il offrir ?
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon souffrir !

Je donnerais pour elle
Mon pigeon messager,
Avec ma tourterelle,
Et mon chien de berger.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon gager !

Pour un doux regard d’elle
Je deviendrais martyr,
Sans que jamais mon zèle
Puisse se ralentir.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon pâtir !

Pour un sourire d’elle
Je me ferais damner,
Dût la joie éternelle
De moi se détourner.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon donner !

Sur sa lèvre jumelle
Si j’arrive à quérir
Un brûlant baiser d’elle,
Je consens à périr.
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon mourir !

A la Sainte-Chapelle
Je veux m’agenouiller :
« Sainte Vierge immortelle,
« Daigne la conseiller ! »
Ah ! pour une belle
Qu’il fait bon prier !

(Hector Ganier)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les nuages sont si purs (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2017



Les nuages sont si purs
dans le ciel de l’aube
que tout est bleu
pour le regard né de la mer
la terrasse la prairie les montagnes
et bleu aussi le soleil
comme le fond de la pensée

un bleu si pur
qu’il efface tout sommeil
réveille une pensée seconde
qui s’agenouille au sein
du monde
illuminé
jusqu’au-delà de l’horizon
sans aucun éclat
comme si une phrase retenue
voulait se faire entendre

avec moins de mots que de silences

une phrase
adorablement
sous-entendue.

(Jean Mambrino)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Post-scriptum poétique (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Post-scriptum poétique

Les poèmes ne peuvent plus
être beaux
puisque la vérité s’est enlaidie.
Désormais l’expérience
est le seul corps des poèmes
et tandis que s’enrichit l’expérience
elle nourrit le poème et sans doute lui donne force.
J’ai mal aux genoux je ne peux plus
m’agenouiller devant la Poésie,
je ne peux lui offrir
que l’expérience et les blessures.
Les adjectifs sont défraîchis —
seuls mes fantasmes
peuvent désormais orner ma poésie.
Mais je la servirai toujours
tant qu’elle voudra de moi bien sûr
car elle seule me permet d’oublier un peu
l’horizon bouché de mon avenir.

***

Poetic Postscript

Poems cannot be beautiful
anymore, because truth
has turned ugly.
Experience is now
the only body of poems
and the richer the experience
the better the poem is nourished
and the stronger it grows.
My knees ache
I am unable to fall on them
to worship poetry;
the wounds of my experience
is all I have to offer.
The adjectives withered;
only with my fantasies
I can decorate poetry now.
But I shall always serve her
-for as long as she wants me-
because only poetry can make me
forget for a while
the closed horizon of my future.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si tout le corps est replié (Nicole Brossard)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017



si tout le corps est replié
quelle détente si le corps
s’agenouille refait surface
à l’heure des draps ou de l’encre

(Nicole Brossard)

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | 2 Comments »

Le tigre et le curé (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Le tigre et le curé

Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
«Prions», se dit l’abbé. «Seigneur, je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien.»
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.
Le fauve en tout cas s’agenouille :
«Seigneur», dit-il, bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

Posted in humour | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :