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Poésie

Posts Tagged ‘s’agenouiller’

Les nuages sont si purs (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2017



Les nuages sont si purs
dans le ciel de l’aube
que tout est bleu
pour le regard né de la mer
la terrasse la prairie les montagnes
et bleu aussi le soleil
comme le fond de la pensée

un bleu si pur
qu’il efface tout sommeil
réveille une pensée seconde
qui s’agenouille au sein
du monde
illuminé
jusqu’au-delà de l’horizon
sans aucun éclat
comme si une phrase retenue
voulait se faire entendre

avec moins de mots que de silences

une phrase
adorablement
sous-entendue.

(Jean Mambrino)

Illustration

 

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Post-scriptum poétique (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Post-scriptum poétique

Les poèmes ne peuvent plus
être beaux
puisque la vérité s’est enlaidie.
Désormais l’expérience
est le seul corps des poèmes
et tandis que s’enrichit l’expérience
elle nourrit le poème et sans doute lui donne force.
J’ai mal aux genoux je ne peux plus
m’agenouiller devant la Poésie,
je ne peux lui offrir
que l’expérience et les blessures.
Les adjectifs sont défraîchis —
seuls mes fantasmes
peuvent désormais orner ma poésie.
Mais je la servirai toujours
tant qu’elle voudra de moi bien sûr
car elle seule me permet d’oublier un peu
l’horizon bouché de mon avenir.

***

Poetic Postscript

Poems cannot be beautiful
anymore, because truth
has turned ugly.
Experience is now
the only body of poems
and the richer the experience
the better the poem is nourished
and the stronger it grows.
My knees ache
I am unable to fall on them
to worship poetry;
the wounds of my experience
is all I have to offer.
The adjectives withered;
only with my fantasies
I can decorate poetry now.
But I shall always serve her
-for as long as she wants me-
because only poetry can make me
forget for a while
the closed horizon of my future.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

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Si tout le corps est replié (Nicole Brossard)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017



si tout le corps est replié
quelle détente si le corps
s’agenouille refait surface
à l’heure des draps ou de l’encre

(Nicole Brossard)

Illustration

 

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Le tigre et le curé (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Le tigre et le curé

Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
«Prions», se dit l’abbé. «Seigneur, je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien.»
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.
Le fauve en tout cas s’agenouille :
«Seigneur», dit-il, bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

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Chanson des deux éléphants du paradis (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



II était, il était une fois
Deux éléphants qui ne dormaient pas.

Leurs grands yeux constamment allumés
Effrayaient le monde et les années.

On décida de les enfermer.
Mais nul ne put les emmener.

Il était, il était une fois
Deux éléphants qui ne bougeaient pas.

Ils fixaient toujours le même point
Qui semblait, à chaque fois, plus loin.

Aucun fouet ne les distrayait
Nulle douleur, pas même leurs plaies.

Il était, il était une fois;
Deux éléphants qui ne mouraient pas.

On avait beau leur tirer dessus,
Ils gardaient, malgré eux, le dessus,

Espérait-on la nuit les brûler,
Le feu, à leur contact, s’éteignait.

Cherchait-on alors à les noyer,
Devant eux, la mer s’agenouillait.

II était, il était une fois
Deux éléphants qu’on ne nommait pas.

Ils vivaient leurs mille vies secrètes
Dedans leur regard que rien n’arrête.

Avec leur trompe toujours baissée,
Humaient la terre dans ses pensées.

Il était, il était une fois
Deux éléphants que l’on n’aimait pas.

(Edmond Jabès)

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Je crois qu’il faut prendre appui sur le vent (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2016



je crois qu’il faut prendre appui sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer à l’infini

(Zéno Bianu)

Illustration: Brigitte Valin

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Prière pour être sage (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2016



Prière pour être sage

Ah ! ne me soyez plus, orgueil, d’aucun secours.
Cet hiver épuisant me laisse trop sincère
et j’ordonne avant tout une force sévère
à mon coeur fatigué d’inutiles détours.

Il ne me reste plus qu’un misérable amour
et le secret de l’Ange égaré sur la terre ;
mais écoute ! je sais une route légère,
j’imite Dieu avec ce rire de velours…

Que ferais-je à présent de votre lourde vie ?
Montrez-moi le chemin des vagues endormies,
laissez-moi découvrir un rivage inconnu ;

et que m’agenouillant sur ces plages parfaites
par le bruit d’un poème et des eaux satisfaites
la grâce de la mer augmente ma vertu.

(Odilon-Jean Périer)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Je crois qu’il faut prendre appui sur le vent (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2016



je crois aux cassures
de fièvre
aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

je crois
qu’il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)


Illustration

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Je crois à l’opacité solitaire (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2016



je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure
je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous
je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse
je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical
je crois aux cassures
de fièvre
aux sursauts de nuit
aux césures de nerf
je crois
qu’il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

(Zéno Bianu)

 

 

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