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Poésie

Posts Tagged ‘sagesse’

BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Tendresse (Noël Roux)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2019



tendresse

La Tendresse

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien… on s’y fait
Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

Un enfant vous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu…
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours

(Noël Roux)

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Paresseux morose (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Paresseux morose
j’ai laissé passer
l’étoile et la rose
sans les regarder.

L’école des jours
instruit ses enfants :
« aimons-nous toujours,
mentons-nous souvent,

qui naît doit grandir
dans la déraison,
au mal du désir
pas de guérison ».

— Comprendre m’ennuie,
ces ruses, ces traits !
Le jeu de la vie
me trouve distrait.

A telle sagesse
je n’ai point de part,
je prends, je délaisse
au gré du hasard.

Derrière le voile
des métamorphoses
est-il une étoile,
est-il une rose?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sagesse (Emmeline Carriès-Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter -   (9)

Sagesse

Ne me regarde pas
de peur que tu reviennes.
Laisse-moi avec ma lourde chaîne,
ma puissance d’aimer,
et mes désirs,
et mon grand rêve
tel un arc-en-ciel immense
se déroulant dans la nuit.

Ne me regarde pas
de peur que de mes yeux, le diamant humide
ne se reflète dans le lac profond des tiens
et que mon sourire figé ne t’émeuve.
Je ne veux pas de ta pitié.

Ne me regarde pas,
Sinon tu reviendras.
Il ne faut pas.
Prends le vaste arc-en-ciel,
fais-en l’écharpe qui soutiendra ton coeur;
Ne me regarde plus.

(Emmeline Carriès-Lemaire)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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Le dieu joyeux ne vient jamais me voir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Le garçon qui joue de la musette,
La fillette qui tresse sa couronne,
Deux sentiers qui se croisent dans le bois,
Loin, dans un champ lointain, une lumière,

Je vois tout. Je me rappelle tout.
Humblement, amoureusement, je le garde.
Il n’y a qu’une chose qui toujours m’échappe,
Dont même plus jamais je ne me souviendrai.

Je ne demande ni force ni sagesse.
Laissez-moi seulement me chauffer près du feu.
J’ai froid… Qu’il ait ou non des ailes
Le dieu joyeux ne vient jamais me voir.

(Anna Akhmatova)


Illustration: William Bouguereau

 

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LE PÉRIPLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LE PÉRIPLE
pour Winifred Nicholson

En gravissant la colline de fossiles
J’ai recueilli des petites pierres soudées:
Je me suis souvenue de la mer archaïque
Où jadis ces cailloux furent mes os.

Je marchais le long du mur d’Hadrien;
Le vent du nord soufflait, venant du pôle.
Oh, je fus cet assaut de violence
Contre les remparts du monde!

Au crépuscule, dans une crypte déserte,
J’ai éprouvé la peur de toutes mes morts :
Des formes que j’avais vues avec des yeux de bête
Peuplaient l’obscurité de mystères.

Je suis restée près d’un torrent
Et d’un tertre où poussaient des chardons;
Ce lieu qui si longtemps avait été mon lieu,
Maintenant mon coeur y pourrit sous terre.

J’ai été la truite qui hante le lac,
L’ombre, la présence qui traverse l’eau.
Tant et tant de vies dont je laisse
Les os épars, les ailes brisées !

J’ai été l’animal qui meurt,
Œil qui se ferme sur l’aubépine dentelée,
Carcasse étouffée bientôt par la mousse,
Crâne englouti sous les fougères.

Les traces de mes pas s’enfoncent dans les sables mouvants
Et les champs d’orge ont bu mon sang, .
Ma sagesse a tracé la spirale d’un coquillage,
Mon labeur a dressé un tumulus de pierres sur une colline.

De loin je suis venue et je dois aller loin,
Il y a tant de tombes qu’habite ma douleur,
Mais toujours les doigts morts font naître
Les fleurs que je bénis de mes yeux vivants.

***

THE JOURNEY
For Winifred Nicholson

As I vent over fossil hill
I gathered up small jointed stones,
And I remembered the archaic sea
Where once these pebbles moere my bons.

As I walked on the Roman wall
The wind blew southward from the pole.
Oh I have been that violence hurled
Against the ramparts of the world.

At nightfall in an empty kirk
I felt the fear of all my deaths:
Shapes I had seen with animal eyes
Crowded the dark with mysteries.

I stood beside a tumbling beck
Where thistles grew upon a mound
That man, a day had been my home,
Where now my heart rots in the ground.

I was the trout that bannis the pool,
The shadowy presence of the stream.
Of many many lives I leave
The scattered bone and broken wing.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LA PYTHONISSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




Illustration: John Collier
    
LA PYTHONISSE
pour John Hayward

Je suis cette caverne hantée par les serpents
Dont l’ombilic engendre le destin des hommes.
Toute sagesse jaillit d’un trou dans la terre :
Les dieux se forment dans mon obscurité,
puis se dissolvent.

De ma matrice aveugle sortent tous les royaumes,
Et dans ma tombe les sept dormeurs prophétisent.
Nul enfant pas encore né qui ne s’éveille à mon rêve,
Nul amant qui ne finisse par trouver en moi sa tombe.

Je suis ce lieu brûlant dont on a peur et soif,
Où l’homme et le phénix sont consumés,
Et de mon lit impur et bas se lèvent
De nouveaux fils, de nouveaux astres, de nouveaux ciels.

***

THE PYTHONESS
For John Hayward

I am that serpent-haunted cave
Whose navel breeds the fates of men.
Ail wisdom issues from a hole in the earth:
The gods form in my darkness, and dissolve again.

From mil blind womb ail kingdoms corne,
And from my grave seven sleepers prophesy.
No babe unborn but wakens to my dream,
No lover but at last entombed in me shall lie.

I am that feared and longed-for burning place
Where man and phoenix are consumed away,
And from nay low polluted bed arise
New sons, new suns, new skies.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LE LANGAGE DES OISEAUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    
LE LANGAGE DES OISEAUX
pour Helen Sutherland

Ce ne sont pas les oiseaux qui parlent, mais les hommes qui apprennent le silence.
Eux, ils ne savent et n’utilisent aucun langage.
D’une sagesse de feuilles
Dans un vol d’ombres qui se faufilent entre les frondaisons des arbres,
N’exprimant que les longues pensées du monde,
Leur chant s’élève, absolu, ce chant qui n’a qu’une seule phrase
Et ne vient pas d’un coeur divisé, douloureux.

Les bêtes aux yeux indifférents et doux,
Éveillées ou endormies, ont la grâce naturelle.
Ordre innocent des étoiles et des marées,
Un élan circule dans le cours du sang.
Obéissant à un seul pouls vivant,
Avec eux, les saints conversent en secret.

Nous, ignorants et bannis, nous restons
A nous émerveiller du vol de l’hirondelle,
A contempler la main ouverte,
A interroger les lignes de la chance :
Chaque destinée tourmente
L’esprit exilé.

Nos paroles et nos idées ne nomment
Qu’un univers d’ombres; car la vérité est claire
Qui a visité Jacob en rêve,
Que Moïse entendit dans le désert brûlant,
Et que livrent les anges dans l’annonciation.

***

THE SPEECH OF BIRDS
For Helen Sutherland

It is not birds that speak, but men learn silence;
They know and need no language; leaf-wise
In shadowy flight, threading the leafy trees,
Expressive only of the world’s long thoughts,
Absolute rises their one-pointed sons,
Not from a heart divided, and in pain.

The sweet-eyed, unregarding beasts
Waking and sleeping Wear the natural grace.
The innocent order of the stars and tides
An impulse in the blood-stream circulates.
Obedient to one living pulse,
With them, at heart, converse the saints.

We, ignorant and outcast, stand
Wondering at the swallow’s flight
Gazing at the open band,
Questioning the lins of fate —
Bach individual destin »,
Preying on an exiled mind.

Our words, our concepts, only Harle
A world of shadows; for the truth is plain
That visited Jacob in a dream,
And Moses, from the burning desert heard,
Or angels in annunciation bring.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Sous la falaise (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Sous la falaise

Quand tu marches sous la falaise
N’oublie pas de faire offrande
D’une pensée transparente au pèlerin
N’oublie rien de son vol de cendre
Plus rapide que la pierre qui tombe du roc
O meurtrier silencieux
Souviens-toi de son vol plus lointain
Que le vent qui se jette à l’amont du fleuve
De sa trace coupante au nuage
Imite cet oiseau serein et cruel
Envie sa justice de maître de la vie et de la mort
Passant songeur, envie son aire et la sagesse de sa retraite
Et quand vient l’heure de l’ombre
Jour après jour souviens-toi de plonger en elle
Comme l’oiseau se jette au vide
(Ainsi le cœur au mal, l’âme au vent sans mémoire)
Et regarde en toi blanchir le gouffre
Passant calme
En retard sur l’eau des rêves

(Jacques Chessex)

 

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QU’EN EST-IL de la vie? (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




QU’EN EST-IL de la vie?
Où mon commencement,
Où ma fin
Moi qui suis ici et maintenant
Source cachée
Et écoulement incessant?
Ma chambre est petite
Cependant je suis sans borne,
Les mots que j’écris
D’autres les ont dits,
Mon héritage
Sagesse ancestrale
D’au-delà du temps,
Je parle de nouveau
À qui n’est pas né,
Car l’être est sans fin.

Qu’est-ce que la mort ?
Où irai-je?
Il n’y a qu’ici,
Et maintenant est toujours.
Me rappellerai-je
Cette vie, ce lieu?
Ce que j’ai oublié
Le saurai-je,
Ce que je sais
L’aurai-je oublié?
Dois-je cesser?
La musique continue de s’écouler.
Qui étais-je alors?
La Présence éternelle
Passe à travers l’herbe.

***

WHAT of life?
Where my beginning,
Where my ending
Who am here and now
Hidden source
And ceaseless flow?
My room is small
Yet I am boundless,
The words I write
Others have spoken,
My heritage
Ancestral wisdom
From beyond time,
I speak again
To the unborn,
For being is endless.

What is death?
Where shall I go?
There is only here
And now is always.
Shall I remember
This life, this place?
What I have forgotten
Shall I know,
What I know
Shall I have forgotten?
Must I cease?
The music flows on.
Who then was I?
The eternal Presence
Moves through the grass.

(Kathleen Raine)

 

 

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