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Poésie

Posts Tagged ‘salive’

L’INTERDICTION (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Isabelle Zimmermann
    
L’INTERDICTION

Garde-toi de m’aimer,
Ou ma défense, au moins, songe à te rappeler!
Non que je me paierais de ma folle dépense
De salive et de sang sur tes pleurs et soupirs
En te rendant les coups dont tu me sus férir.
Mais, comme un tel Bonheur passe notre existence,
De peur que ton amour par ma mort soit frustré
Si tu m’aimes un jour, garde-toi de m’aimer.

Garde de me haïr,
Ou bien de ce succès de trop t’enorgueillir
Non point qu’en répondant par ma haine à la tienne
Je voudrais de mes torts m’instituer vengeur;
Mais tu t’aliénerais le style du vainqueur
Si je devais, vaincu, succomber à ta haine.
Donc, pour que mon néant ne te vienne amoindrir
Si tu me hais un jour, garde de me haïr.

Joins la haine à l’amour :
Ces extrêmes, ainsi, s’annuleront toujours.
Aime-moi, que je souffre une mort allégée;
Hais-moi, car ton amour pour moi serait trop grand;
Ou qu’ils me laissent vivre en s’entre-déchirant :
Je vivrai ton Théâtre, et non pas ton Trophée.
Pour ne m’anéantir avec eux même jour.
Pour ma vie épargner, joins la haine à l’amour.

***

THE PROHIBITION

Take heed of loving mee,
At least remember, I forbade it thee;
Not that I shall repaire my’unthrífty vast
Of Breath and Blood, upon thy sighes, and tearer,
By being to thee then what to me thou wart;
But, so great Joy, our life at once outweares,
Then, least thy love, by my death, frustrate bee,
If thou love mee, take heed of loving mee.

Take heed of hating mee,
Or too much triumph in the Victorie.
Not that I shall be mine owne officer,
And hate with hate againe retaliate;
But thou wilt lose the stile of conquerour,
If I, thy conquest, perish by thy hate.
Then, least my being nothing lessen thee,
If thou hate mee, take heed of hating mee.

Yet, love and hate mee too,
So, these extremes shall neithers office doe;
Love mee, that I may die the gentler way;
Hate mee, because thy love’is too great for mee;
Or let these two, themselves, not me decay;
So shall I, live, thy Stage, not triumph bee;
Lest thou thy love and hate and mee undoe,
To let mee live, O love and hate mee too.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

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L’obéissance (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Edward Hopper
    
L’obéissance
To the dark lady

Encore une fois l’appel ancien se lève
dans le chant habituel de la guitare
et une solitude double nous amarre
nuit à nuit dans un bar, et je ne t’aime pas,

ceci n’est pas l’amour mais l’Éclaireur
avec ta peau, ta salive et cette griffe
qui nous déchire avec délicatesse
chaque fois qu’entre tes cuisses je me répands.

Deux corps en veille à voix basse se parlent
devant l’inébranlable sentinelle
du simulacre de cet amour gisant,

quelle servitude amère réconcilie
la ligne équinoxiale qui te modèle
avec ce pâle aura de l’occident.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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SAISON (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017




    
SAISON

Mon coeur n’est pas salive mais sang
mon coeur n’est pas cendre mais feu
silence silence sur la nuit
des ailes s’assemblent des quatre vents
pour fréter des oiseaux purs
ô forêt agenouillée d’automne
d’une longue averse de feuilles
tu dépares l’autel du froid.

Je suis loin des saisons
rien n’est proche de mon sang
le ciel tourne sur son ancre
feux gelés en attente
étoiles enchaînées enchâssées dans mes veux
la sève monte à l’arbre comme un enfant léger
pris de soudain vertige
qui s’endort dans les branches.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Lèvres (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Oui, des lèvres aussi, des lèvres savoureuses,
Mais d’une chair plus tendre et plus fragile encor,
Des rêves de chair rose à l’ombre des poils d’or
Qui palpitent légers sous les mains amoureuses.

Des fleurs aussi, des fleurs molles,
des fleurs de nuit,
Pétales délicats alourdis de rosée
Qui fléchissent, pliés sur la fleur épuisée
Et pleurent le désir, goutte à goutte, sans bruit.

Ô lèvres, versez-moi les divines salives,
La volupté du sang, la chaleur des gencives
Et les frémissements enflammés du baiser !

Ô fleurs troublantes, fleurs mystiques,
fleurs divines,
Balancez vers mon cœur, sans jamais l’apaiser,
L’encens mystérieux des senteurs féminines !

(Pierre Louÿs)


Illustration

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A pleine main à pleine bouche (Patricia Cottron-Daubigné)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

mures

A pleine main à pleine bouche
comme on mange les plaisirs gourmands
sur un chemin buissonnier, des fruits rouges,
avec des aubépines leur éclat dans le retour nouveau des jours
on mêle les saisons
tout se gorge de salive
qui coule dans les mots
ô les mots comme les beaux jours
ça fait le corps plus grand
et de grands repos dedans.

(Patricia Cottron-Daubigné)

Illustration

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Margarita Sikorskaia
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VII)

Je cherche dans ta bouche la source
du fleuve souterrain qui te parcourt
en rejetant en haut des cuisses
son écume de plante fraîchement coupée.

Quand tu écrases ton ventre contre moi,
quand mes doigts aiguisent ta gorge,
tu as des mots doux comme la salive,
des mots qui auraient poussé après un orage.

De ton corps je fais un pont
qui me conduit dans un monde
où nos dents se cognent contre le même verre d’air,
où nos regards à force d’être proches font la nuit entre eux.

Je ne vis plus au jour le jour
puisque tes baisers font partie de mon avenir
et nous allons jusqu’au bout de la lueur
que la foudre trace en remontant nos veines.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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A une sorcière exquise (Rabah Belamri)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Oleg Zhivetin  
    
à une sorcière exquise

j’ai attendu près de ton corps
les mains pleines de mots
tu ne venais pas
et la nuit creusait la plaie

es-tu pierre
ou seulement jardin clos
si la mémoire de ta salive
pouvait ouvrir une brèche
je descendrais jusqu’à la racine
de ton feu
brûler mes prières inutiles

(Rabah Belamri)

 

Recueil: Corps Seul
Editions: Gallimard

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Au grand matin (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Hugues Gillet
    
au grand matin envoyons
des colis postaux affranchis
de l’empreinte de nos voix
à ceux qui attendent
en deçà des lumières la
dernière distribution
grand manège de nos rires
que ne pouvons-nous t’arrêter
tourne tourne la salive opaque d’aimer
grand matin de nos passions
pourquoi vous déformer

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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