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Poésie

Posts Tagged ‘salle’

À mon frère Miguel (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019




    
À mon frère Miguel
In memoriam.

Petit frère, je suis là assis sur le banc de notre maison,
où tu nous manques infiniment!
Je me rappelle, c’est l’heure où nous jouions, et maman
nous câlinait : « Vraiment, les enfants… »

Maintenant je me cache,
comme avant, toutes ces prières
vespérales, et j’espère que tu ne me trouveras pas.
Dans la grande salle, le vestibule, les couloirs.
Ensuite, c’est à toi de te cacher et moi, je ne te trouve pas.
Je me rappelle que nous nous faisions pleurer,
petit frère, à ce jeu-là.

Miguel, tu t’es caché
une nuit d’août, au lever du jour;
mais au lieu de te cacher en riant, tu étais triste…
Et ton coeur jumeau de ces après-midi
consumées, s’est lassé de ne pas te trouver. Et voilà
l’ombre qui tombe sur mon âme.

Dis, petit frère, ne tarde pas
à sortir. Allons? Maman pourrait s’inquiéter.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Le corps ressemble à une salle meublée (Wang Fanzhi)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



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Le corps ressemble à une salle meublée
et le destin à une bougie à l’intérieur.
Si le vent souffle fort, la bougie s’éteint
Et ne reste qu’une salle vide.

(Wang Fanzhi)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Vladimir Kush

 

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Se relire (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Se relire:
se retrouver seul,
dans la salle décorée,
au lendemain de la fête.

(Edmond Jabès)

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J’habite le Possible (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



J’habite le Possible —
Maison plus belle que la Prose —
Aux Croisées plus nombreuses —
Aux Portes — plus hautes —

Des Salles comme les Cèdres —
Imprenables pour l’OEil —
Et pour Toit impérissable
Les Combles du Ciel —

Pour Visiteurs — les plus beaux —
Mon Occupation — Ceci —
Déplier tout grands mes Doigts étroits
Pour cueillir le Paradis —

***

I dwell in Possibility —
A fairer House than Prose —
More numerous of Windows —
Superior — for Doors —

Of Chambers as the Cedars —
Impregnable of eye —
And for an everlasting Roof
The Gambrels of the Sky —

Of Visitors — the fairest —
For Occupation — This —
The spreading wide my narrow Hands
To gather Paradise —

(Emily Dickinson)


Illustration: Sylvie Lemelin

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Sphinx (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    

Sphinx

Ils la trouvèrent, le crâne à demi défoncé,
tenant dans sa main roide un revolver brûlant.
Les badauds s’étonnaient. — Et l’ambulance
l’emporta vers l’hôpital jaune.

Une seule fois s’ouvrit sa paupière…
Nulle lettre, nul nom, — seuls une robe, un châle;
puis vint le médecin, questionnant à voix basse, —
puis le prêtre. — Elle resta muette et livide.

Pourtant, tard dans la nuit, elle voulut parler,
avouer… Personne dans la salle ne l’entendit.
– Un râle. — Et on l’emporta,
elle et sa souffrance. —

Et dehors nulle tombe.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Le luth (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018




    
Le luth

Je suis le luth. Veux-tu décrire
mon corps, ses courbes belles et galbées :
parles-en comme du galbe
d’une figue mûre. Amplifie

l’obscurité qu’en moi tu vois. Ce fut
l’obscur de Tullia. En son sexe
il n’en fut point autant, et la clarté
de ses cheveux était comme une salle claire.

Pour faire passer en son front
quelques sons elle effleurait mes cordes
et chantait. Et contre sa faiblesse
je me tendais, — mon âme enfin était en elle.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Pourtant chaque jour plus seul (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration: Daniel Siguier
    
Pourtant chaque jour plus seul

Homme ouvre le seuil de ta demeure
femme ouvre ta chambre ouvre tes jambes
enfant ouvre la salle de tes jeux
parlez-moi embrassez-moi dites un peu
montrez-moi les photos les cicatrices les secrets
la solitude me maçonne
chaque jour elle jette sur moi d’un geste sec
sa truellée de ciment noir
elle me crépit elle vise mes yeux
elle monte son mur autour de moi
elle épaissit ma peau toujours sa trahison
quand l’envie de brûler me parle
quand l’envie de parler me brûle
quand l’océan des autres me lèche
quand cet homme qui passe je voudrais l’arrêter
et cette femme lui sourire poser ma main sur son épaule

pourtant chaque jour plus seul isolé contre moi
moi qui ai le goût des bonjours
des braises du coeur dans les yeux
des mots
des mains
du verre de vin sous les platanes.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Joyeuse (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018




    
Joyeuse

Souviens-toi de septembre La saveur des sourires
alourdissait nos jours comme aucun fruit les branches
cet automne où soudain le verbe désunir
disparut sous la joie comme sous l’avalanche

Moi je fermais les yeux ce jour dont je te parle
de nuit je descendais les escaliers secrets
de ton corps et j’entendais dans la haute salle
de ton coeur des femmes surprises qui riaient.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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UNE FABRIQUE DE BROSSES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



UNE FABRIQUE DE BROSSES

On voit l’intérieur de la salle principale.
Des hommes forent de petits trous dans des planchettes
et de jeunes femmes enfoncent des poils de sanglier
enduits de colle dans ces cavités.
Les murs de la fabrique sont bleus.
Au-dessus d’une petite porte,
une image représente saint Audoin, patron des brossiers.
Au fond, de grandes caisses contiennent probablement
des brosses terminées.

(Norge)

 

 

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Le Minotaure (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
Le Minotaure

Dans le grand labyrinthe où je cherchais ma vie,
Volant de feu en flamme comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
J’ai cherché le vertige en apprenant à vivre.

J’ai cheminé souvent, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant malade, envoûté par un charme.

Dans ce grand labyrinthe, allant de salle en salle,
De saison en saison, et de guerre en aubade,
J’ai fait cent fois mon lit, j’ai fait cent fois mes malles,
J’ai fait cent fois la valse, et cent fois la chamade.

Je cheminais toujours, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Mais un matin tranquille, j’ai vu le minotaure
Qui me jette un regard comme l’on jette un sort.

Dans le grand labyrinthe où il cherchait sa vie,
Volant de feu en flamme, comme un grand oiseau ivre,
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
Il cherchait le vertige en apprenant à vivre.

Il avait cheminé, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes,
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes.

Dans ce grand labyrinthe, de soleil en soleil,
De printemps en printemps, de caresse en aubaine,
Il a refait mon lit pour de nouveaux sommeils,
Il a rendu mes rires et mes rêves de reine.

Dans le grand labyrinthe, de soleil en soleil,
Volant dans la lumière, comme deux oiseaux ivres,
Parmi les dieux nouveaux et les nouveaux amis,
On a mêlé nos vies et réappris à vivre…

(Barbara)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

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