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Poésie

Posts Tagged ‘salpêtre’

LE VILLAGE (Roland Brachetto)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



LE VILLAGE

Le village quadrille le soleil
damier de soufre et de salpêtre
pêcherie des souffrances tues

Le long apprentissage à n’être rien
en nos veines descend monacale brûlure
et l’orgueil se consume
et chaque ombre ferme son poing
sur un vacillement de vie
telle une lampe à jamais sous le vent
s’enferme en sa fragilité

Ô ces longs regards sous la pierre
qu’ouvre tout grand la lourde obscurité
toujours prompte à peser dans les choses
L’absence d’espérer alourdit les paupières
jusqu’au nocturne poids du végétal

Amère finitude
qui restreint l’âme à la chair
la chair à la faim la faim à la nuit

(Roland Brachetto)

Illustration

 

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SALPÊTRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



SALPÊTRE

Entre les champignons et les volcans
état larvaire de l’eau qui veut devenir feu.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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LES USINES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



 

 

LES USINES

Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres
Et se mirant dans l’eau de poix et de salpêtre
D’un canal droit, marquant sa barre à l’infini,
Face à face, le long des quais d’ombre et de nuit,
Par à travers les faubourgs lourds
Et la misère en pleurs de ces faubourgs,
Ronflent terriblement usines et fabriques.

Rectangles de granit et monuments de briques,
Et longs murs noirs durant des lieues,
Immensément, par les banlieues ;
Et sur les toits, dans le brouillard, aiguillonnées
De fers et de paratonnerres,
Les cheminées.

Se regardant de leurs yeux noirs et symétriques,
Par la banlieue, à l’infini,
Ronflent le jour, la nuit,
Les usines et les fabriques.

Parée et noire et opulente,
Au cri des orgues violentes
Qui la célèbrent,
La mort tout en ténèbres
Règne, comme une idole assise,
Sous la coupole des églises.

Des feux, tordus comme des hydres,
Se hérissent, autour du catafalque immense,
Où des anges, tenant des faulx et des clepsydres,
Dressent leur véhémence,
Clairons dardés, vers le néant.

Le vide en est grandi sous le transept béant ;
De hautes voix d’enfants
Jettent vers les miséricordes
Des cris tordus comme des cordes,
Tandis que les vieilles murailles
Montent, comme des linceuls blancs,
Autour du bloc formidable et branlant
De ces massives funérailles.

Drapée en noir et familière,
La Mort s’en va le long des rues
Longues et linéaires.

Drapée en noir, comme le soir,
La vieille Mort agressive et bourrue
S’en va par les quartiers
Des boutiques et des métiers,
En carrosse qui se rehausse

De gros lambris exorbitants,
Couleur d’usure et d’ancien temps.

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s’exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières.

Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l’on trimballe,
Par les églises colossales,
Vers un coin d’ombre, où quelques cierges,
Pauvres flammes, brûlent, devant la Vierge.

Vêtue en noir et besogneuse,
La Mort gagne jusqu’aux faubourgs,
En chariot branlant et lourd,
Avec de vieilles haridelles
Qu’elle flagelle
Chaque matin, vers quels destins ?
Vêtue en noir,
La Mort enjambe le trottoir
Et l’égout pâle, où se mirent les bornes,
Qui vont là-bas, une à une, vers les champs mornes ;
Et leste et rude et dédaigneuse
Gagne les escaliers et s’arrête sur les paliers
Où l’on entend pleurer et sangloter,
Derrière la porte entr’ouverte,

(Emile Verhaeren)

 

 

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Tout d’un coup (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016



Tout d’un coup
Le coeur est reparti dans un bruit de gâchettes
Le coeur a fait sauter la tête
On ne sait plus où va s’attiser le regard
Feu de paille!
Où vont ces lèvres vers quels fards
A quels seins vouer ses bras?
Et si nos cris d’amour ne nous revenaient pas!

La terre est retournée
Les murs ont fait craquer leur torse de salpêtre
Les visages se sont ouverts avec les fenêtres
Le printemps a roulé sur les rails de la nuit

(René Guy Cadou)


Illustration: Sabin Balasa

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Fleurs d’Espérance (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2015


barbele

Fleurs d’Espérance

Aux barbelés des camps et des prisons
Eclosent d’étranges fleurs d’espérance
Nées de la peur, des cris, de l’ignorance
Qu’un coeur parfois fait devenir chanson

Et de ces peurs, de ces coeurs, de ces fleurs
Et de ces ronces et de ces fers rouillés
Un fruit parfois vient à maturité,
Un fruit poussé au terreau du malheur.

Et il prend là des noms bien différents,
Couleur du regard que chacun lui porte,
Arrête-toi et laisse filer le temps.

Le temps ici hélas est démesure
La liberté perçue entre deux portes,
Et fleurs de salpêtre sur les vieux murs.

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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