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Poésie

Posts Tagged ‘s’altérer’

Du bon usage de la fatigue (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration: Hélène Hugon
    
Du bon usage de la fatigue

J’ouvre les yeux. Je lis un mot. Je songe. Je ferme
les yeux. J’écoute.

Je rouvre les yeux. Je lis un mot. Je me souviens. Je
songe. Je remonte en arrière. Je ferme les yeux. Quelle
heure est-il ? J’écoute. Le temps passe.

Je rouvre les yeux. Me lever. Je lis un mot. Je voudrais me lever.
Je me souviens. Je n’arrive pas à me lever.
Je songe. J’accumule peu à peu la volonté de me lever. Je
remonte en arrière. Encore un effort. Je ferme les yeux.
Pas trop d’effort ! Quelle heure est-il ? Je n’en peux plus.
J’écoute. Je soupire. Le temps passe. Je souffle.

Je rouvre les yeux. Attendez ! Me lever. Un instant.
Je lis un mot. Cette chaleur dans le dos. Je voudrais me
lever. Cette douleur dans les yeux. Je me souviens. Ce
frisson. Je n’arrive pas à me lever. Cette liquéfaction. Je
songe. Cet épaississement. J’accumule peu à peu la
volonté de me lever. Cet amincissement. Je remonte en
arrière. Je sombre. Encore un effort ! Je nage. Je ferme
les yeux. Je remonte. Pas trop d’effort ! Un peu de courage.
Quelle heure est-il ? Laissez-vous aller ! Je n’en
peux plus. Je ne peux pas encore. J’écoute. Laissez-moi
aller ! Je soupire. Laissez-moi me lever ! Le temps passe.
Le temps presse. Je souffle. J’ai réussi à me lever.

L’univers se retourne et s’aère dans nos lits défaits.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Je suis l’enfant (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



 

Nicholas Roerich 19381

Je suis l’enfant d’un équinoxe de printemps.

C’est pourquoi j’ai suivi l’ensoleillé; je sens
Qu’il porte mieux mon espoir que moi-même,
Et quel petit vacillement d’amour! L’effroi
Des grandes marées obscures, des nuits extrêmes
Où tout le ciel s’altère, il les dépassera.
Il va, je ne sais où : c’est lui qui mène.
J’ai ma lumière en lui, et il est un enfant.

ll fraye son chemin vers le coeur du printemps.

(Patrice de La Tour du Pin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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Ô Rêve, où es-tu à présent ? (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Ô Rêve, où es-tu à présent ?
De longues années ont passé
Depuis que sur ton visage d’ange
J’ai vu la lumière s’altérer —

Hélas, hélas pour moi,
Si radieuse était ta beauté,
Je ne savais pas que ton souvenir
Ne me livrerait que tourment !

Le rayon de soleil et l’orage,
La soirée d’été divine,
La nuit silencieuse au calme solennel,
La clarté pure de la pleine lune

Jadis entrelacés à toi
Le sont aujourd’hui au lourd chagrin —
Vision perdue ! il me suffit —
Tu ne peux plus resplendir —

***

O Dream, where art thou now ?
Long years have past away
Since last, from off thine angel brow
I saw the light decay —

Alas, alas for me
Thou wert so bright and fair,
I could not think thy memory
Would yield me nought but care !

The sun-beam and the storm,
The summer-eve divine,
The silent night of solemn calm,
The full moon’s cloudless shine

Were once entwined with thee
But now, with weary pain —
Lost vision ! tis enough for me —
Thou canst not shine again —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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Il n’est en ce monde qu’une seule fleur (Ono no Komachi)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



 

De teinte invisible
qui pourtant va s’altérer
il n’est en ce monde
qu’une seule fleur, pour sûr,
on l’appelle Cœur-de-mortel.

(Ono no Komachi)

découvert ici chez laboucheaoreilles

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Réponse à un Poète (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Auguste Rodin
    
Réponse à un Poète

Comme un astre luit sur la terre,
Sans que sa lumière s’altère
Aux feux obscurcis d’ici-bas ;
Ou, comme ces vagues lointaines,
Qui, jamais n’ont baigné les plaines
Que l’homme foule sous ses pas :

Heureuse est ton âme, ô poète !
L’univers entier s’y reflète,
Ton regard plane dans les deux,
Et de ces sphères, qu’il explore,
Il n’a pas vu surgir encore
Les rayons d’un jour soucieux.

A ta voix, toujours ingénue,
L’hymne de deuil est inconnue ;
Pour toi la vie est dans sa fleur ;
Et sur ton front pur et candide,
On ne voit pas encore la ride
Que creuse, en passant, la douleur.

La muse que tu t’es choisie,
Source de toute poésie,
Inspira mes accords naissants ;
A ses foyers, où tu t’embrases,
Au sein des plus pures extases,
Ma lyre enflammait ses accents.

J’évoquais, dans leur harmonie,
Dieu, la nature, le génie ;
Ces trois déités que tu sers !
Le monde idéal de mes songes,
Était le même où tu te plonges
Pour créer tes chastes concerts.

Là, m’enivrant comme l’abeille,
Qui boit les parfums, puis sommeille
Dans les calices dépouillés ;
J’errais de richesse en richesse,
Et par des larmes de tristesse
Mes yeux n’étaient jamais mouillés.

Mais, quittant sa céleste orbite,
Sur ce globe que l’homme habite
Mon étoile sembla pâlir :
Ici, plus d’ineffable joie ;
Je n’ai pas trouvé sur ma voie
Une seule fleur à cueillir.

Voilà pourquoi mon âme est triste :
Hélas ! des banquets où j’assiste
Si je savoure la liqueur,
La coupe, où je cherche l’ivresse,
N’offre à ma lèvre qui la presse
Rien de ce qu’a rêvé mon cœur !

Dans ce monde, où j’ai voulu lire,
Ne vas pas, enfant de la lyre,
Abattre ton vol radieux :
Ah ! sur cette terre inféconde,
Il n’est point d’écho qui réponde,
A nos accents mélodieux !

(Louise Colet)

 

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Plus de vers (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Illustration: Henri Matisse
    
Plus de vers

Non, plus de vers, jamais ; ce monde où tout s’altère,
Ma muse, a fait pâlir ton front pudique et saint,
Ton aile s’est brisée en touchant à la terre :
Comme un oiseau blessé cache-toi dans mon sein.

Non, plus de vers, jamais, car les vers sont des larmes
Qui brûlent en tombant le cœur qui les forma,
Et les indifférents ne trouvent pas de charmes
A savoir de ce cœur qu’il souffrit, qu’il aima.

Vous qui venez sourire et pleurer dans mon livre,
Illusions d’un jour, beaux rêves que j’aimais,
A ce monde étranger en tremblant je vous livre,
Et je vous dis adieu ! Non, plus de vers, jamais !

(Louise Colet)

 

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NE CROYEZ PAS (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2015



 

Edson Campos  (33)

NE CROYEZ PAS

Ne croyez pas que la colère
Est laide lorsque vos yeux bleus
Comme la mer soudain s’altèrent
Ou scintillent de mille feux.

J’aime en vous ce qui chante ou gronde,
J’aime vos yeux bouleversés,
Et j’aime la douceur profonde
De votre âme aux flots apaisés.

Tout ce qui fait votre nature,
Tourmente, langueur, volupté,
C’est la quotidienne pâture
Dont se nourrit ma pauvreté.

(Franz Hellens)

Illustration: Edson Campos

 

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