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Poésie

Posts Tagged ‘saluer’

J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



 

J’entends le loriot, sa voix toujours chagrine,
Je salue le déclin de cet été superbe,
La faucille en sifflant comme un serpent
Tranche l’épi serré contre un autre épi.
Les belles filles moissonnent, et leurs jupes
Volent au vent comme des drapeaux de fête.
Il faudrait maintenant un bruit de sonnailles,
Un long regard sous des cils pleins de poussière.
Je n’attends ni caresses, ni mots doux.
Je pressens des ténèbres sans retour.
Mais viens revoir ce paradis : ensemble,
Nous y étions heureux et innocents.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Rencontre (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



 

Illustration: Jean-Jacques Sempé
    

Rencontre

Celui que je rencontre en rêve
et qui poliment me salue
il me semble le connaître
je crois l’avoir déjà vu

Je cherche dans ma mémoire
où j’ai pu le rencontrer
Je ne retrouve pas son nom
mais son air me dit quelque chose

Puis-je vous demander monsieur
où nous avons fait connaissance?
Si je me trompe excusez-moi
J’ai quelquefois des absences

Je vous en prie dit la personne
Vous avez tout à fait raison
Nous avons habité tous deux
les mêmes lieux la même ville

le même temps le même corps
la même guerre (et un peu plus
nous habitions la même mort
Mais vous vous avez survécu)

Excusez-moi dis-je à voix basse
Je ne m’étais pas reconnu

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma vie, ma mort et mon destin (Edith Södergran)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Edith Södergran
    
Ma vie, ma mort et mon destin

Je ne suis rien qu’une immense volonté,une immense volonté
– de quoi, de quoi ?
Autour de moi tout est ténèbres, je ne peux soulever un fétu de paille.
Ma volonté ne veut qu’une chose, mais cette chose je ne la connais pas.
Quand éclatera ma volonté, je mourrai :
Ma vie, ma mort et mon destin, je vous salue.

(Edith Södergran)

 

Recueil: Le pays qui n’est pas, et Poèmes
Traduction: Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Editions: De la Différence

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Libre, le renard (Kobayashi Issa)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2019



 

Libre,
le renard salue joyeusement
le monde des fleurs

(Kobayashi Issa)

Illustration: Ohara Koson

 

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QUI PEUT RENIER (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

odd nerdrum 904

QUI PEUT RENIER

Qui peut renier ce qu’on entend
Comme derrière un silence de pierre

Les monts retentissent, les autres monts.

Chaque moment frappe le tambour,
A tout moment nous disparaissons dans le sommeil.

Avant que le grand vent nous brouille,
Avant qu’une pluie nous lave, une âme
Sourit une autre, la salue de loin.

L’éclair appelle l’éclair.

Nous venons des ténèbres comme les morts.
Nous nous voyons dans un éclair,
Dans une lumière subite, mains et visages.

De grands animaux sont entre nous. Ce sont
Des fleuves profonds, nous ne pouvons pas nous approcher.

Il ne faut pas s’attarder, le tambour bat.

L’amour se hâte comme le feu
Comme l’ombre rapide de la mort.

(Georges Themelis)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Les filles aux yeux bandés (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Les filles aux yeux bandés,
(Otez les bandeaux d’or)
Les filles aux yeux bandés
Cherchent leurs destinées…

Ont ouvert à midi,
(Gardez les bandeaux d’or)
Ont ouvert à midi,
Le palais des prairies…

Ont salué la vie,
(Serrez les bandeaux d’or)
Ont salué la vie,
Et ne sont point sorties…

(Maurice Maeterlinck)

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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La danseuse espagnole (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
La danseuse espagnole

Ainsi qu’une allumette qui avant de flamber
darde autour d’elle des langues blanches de lumière;
ainsi commence, — enserrée dans le cercle
des spectateurs , — nerveuse et ronde, brûlante et claire
à s’étendre saccadée sa danse.

Et tout à coup elle est flamme tout à fait.

D’un regard elle allume ses cheveux
et d’un geste révélant un art téméraire
elle lance sa robe toute dans l’incendie
d’où les bras tels des serpents effrayés
s’élancent vifs et claquants.

Puis, comme si le feu lui semblait trop étroit,
elle le ramasse tout entier et le jette,
fière, avec des gestes hautains
et regarde : il est là furieux par terre,
flambant toujours et ne se rendant point.

Cependant victorieuse et sûre d’elle-même
elle lève son visage, d’un doux sourire saluant
et le piétine de ses petits pieds fermes.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Je sais aujourd’hui (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018





Illustration: ArbreaPhotos
    

Je sais aujourd’hui saluer la beauté.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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Saluez bas ce drapeau (Marc-Adolphe Guégan)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



drapeau [800x600]

Le sabre

Une oeuvre d’art, la poignée
De ce sabre fier.
Comme on embellit le crime!

***

Le quart

Quart en forme de sébile.
Piètre insigne
Des mendiants de la gloire.

***

Progrès

On tue à distance.
Plus de mains sanglantes.
La guerre est très propre.

***

Reportage

Le moribond criait: Maman!
De l’arrière, le journaliste
A entendu: Vive la France!

***

Testament

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d’âme,
Un portrait de fillette blonde.

***

Cimetière

Petite croix. Epitaphe.
Ci-gît le soldat Gribouille.
Il mourut pour vivre libre.

***

L’emblème

Saluez bas ce drapeau.
On en fit l’emplette
L’autre jour dans mon bazar.

(Marc-Adolphe Guégan)

 

 

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