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Poésie

Posts Tagged ‘salutaire’

Franchises vénéneuses (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Franchises vénéneuses
salutaires mensonges
subtilités sauvages
agressives patiences
pardons impitoyables
dévorants aliments
nourrissantes morsures
baisers qui font saigner
aveux qui font mystère

Si rugueuses tendresses
si donnantes conquêtes
si riantes rigueurs
si douces cruautés
si ferventes froideurs
et si fraîches brûlures
qu’on ne sait pas
entre ombre et jour
entre supplice et volupté
où naît et meurt l’amour

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Refuge (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

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Refuge

Il est du moins au-dessus de la terre
Un champ d’asile où monte la douleur ;
J’y vais puiser un peu d’eau salutaire
Qui du passé rafraîchit la couleur.
Là seulement ma mère encor vivante
Sans me gronder me console et m’endort ;
O douce nuit, je suis votre servante :
Dans votre empire on aime donc encor !

Non, tout n’est pas orage dans l’orage ;
Entre ses coups, pour desserrer le coeur,
Souffle une brise, invisible courage,
Parfum errant de l’éternelle fleur !
Puis c’est de l’âme une halte fervente,
Un chant qui passe, un enfant qui s’endort.
Orage, allez ! je suis votre servante :
Sous vos éclairs Dieu me regarde encor !

Béni soit Dieu ! puisqu’après la tourmente,
Réalisant nos rêves éperdus,
Vient des humains l’infatigable amante
Pour démêler les fuseaux confondus.
Fidèle mort ! si simple, si savante !
Si favorable au souffrant qui s’endort !
Me cherchez-vous ? je suis votre servante :
Dans vos bras nus l’âme est plus libre encor

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Gleb Nazarov

 

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Plaintes d’un Chrétien (Jean Racine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018




Plaintes d’un Chrétien

Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L’un veut que, plein d’amour pour toi,
Mon coeur te soit toujours fidèle ;
L’autre, à tes volontés rebelle,
Me révolte contre ta loi.

L’un, tout esprit et tout céleste,
Veut qu’au Ciel sans cesse attaché,
Et des biens éternels touché,
Je compte pour rien tout le reste ;
Et l’autre, par son poids funeste,
Me tient vers la terre penché.

Hélas ! en guerre avec moi-même,
Où pourrai-je trouver la paix ?
Je veux, et n’accomplis jamais,
Je veux, mais (ô misère extrême !)
Je ne fais pas le bien que j’aime
Et je fais le mal que je hais !

O Grâce, rayon salutaire !
Viens me mettre avec moi d’accord ;
Et, domptant par un doux effort
Cet homme, qui t’es si contraire,
Fais ton esclave volontaire
De cet esclave de la Mort.

(Jean Racine)

Illustration: William Blake

 

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NOUVEAU CREDO DU PAYSAN (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Léon-Augustin Lhermitte
    
NOUVEAU CREDO DU PAYSAN

Bon paysan -dont la sueur féconde
Les sillons clairs où se forment le vin
Et le pain blanc qui doit nourrir le monde,
En travaillant, je dois crever de faim ;
Le doux soleil, de son or salutaire,
Gonfle la grappe et les épis tremblants ;
Par devant tous les trésors de la terre,
Je dois crever de faim en travaillant !

Refrain
Je ne crois plus, dans mon âpre misère,
A tous les dieux en qui j’avais placé ma foi,
Révolution ! déesse au coeur sincère,
Justicière au bras fort, je ne crois plus qu’en toi ! (bis)

Dans mes guérets, au temps de la couvraille,
Les gros corbeaux au sinistre vol brun
Ne pillent pas tous les grains des semailles :
Leur bec vorace en laisse quelques-uns !
Malgré l’assaut d’insectes parasites,
Mes ceps sont beaux quand la vendange vient
Les exploiteurs tombent dessus bien vite
Et cette fois, il ne me reste rien !

Au dieu du ciel, aux maîtres de la terre,
J’ai réclamé le pain de chaque jour :
J’ai vu bientôt se perdre ma prière
Dans le désert des cieux vides et sourds ;
Les dirigeants de notre République
Ont étalé des lois sur mon chemin,
D’aucuns m’ont fait des discours magnifiques,
Personne, hélas ! ne m’a donné de pain !

Levant le front et redressant le torse,
Las d’implorer et de n’obtenir rien,
Je ne veux plus compter que sur ma force
Pour me défendre et reprendre mon bien.
Entendez-vous là-bas le chant des Jacques
Qui retentit derrière le coteau,
Couvrant le son des carillons de Pâques :
C’est mon Credo, c’est mon rouge Credo

(Gaston Couté)

 

 

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Dans l’espace (François Jacqmin)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2018



Illustration: JeanMichel Folon
    
Dans l’espace
entre les pensées

coule une absence
fraîche et salutaire

(François Jacqmin)

 

Recueil: Prologue au silence
Traduction:
Editions: De la Différence

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AVOIR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Oleg Korolev - (57)

AVOIR

Je puise un fleuve à la fontaine
Je traîne un désert dans la ville
J’ai un émetteur de mirages
Où s’affranchissent les esclaves
Dès qu’ils boivent de mon eau

J’ai des ombres qui lessivent
Dans les étoiles des lavoirs
Toutes les traces de sang d’homme
Le sang des femmes des enfants
Je n’ai rien pour l’effacer

J’ai des remords un peu partout
J’ai des larmes dans les yeux
J’ai un recueil de désespoirs
D’un temps dont j’ai séché les fleurs

J’ai des refuges secrets
Pour les ennemis de la misère
J’ai des lieux de réunions sûrs
Pour les conjurés

J’ai un choeur de neuf sibylles
Pour prédire le beau temps
J’ai des observatoires
Pour le monde nouveau

J’ai des formules de pacte
Pour lier l’homme à ses semblables
Et des oubliettes absolues
Pour tous les parjures

J’ai des lampes pour déchiffrer
Les faux contre l’homme
J’ai assez d’amour
Pour supporter la vie

J’ai dans mon paradis
Les battements de cils
Qui arrêtent les larmes
Des femmes indomptables
Sous l’humble tablier
Dans leur patience d’ange
Mortes en captivité

J’ai un pape dans mes étables
Des rois des banquiers des faux frères
J’attends un fleuve salutaire
Pour nettoyer toute la terre

J’ai un phare qui éclaire
Si loin le profond avenir
Qu’on voit même les plus humbles
Devenir les égaux des plus grands

(Ernest Delève)

Illustration: Oleg Korolev

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Les arbres (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



Les arbres

Les bons arbres qui font de l’ombrage à la terre
Ont des frémissements de feuilles infinis,
Quand les petits oiseaux, à la saison des nids,
Viennent se confier, furtifs, à leur mystère.

Leur verte frondaison au parfum salutaire
A la sécurité des asiles bénits,
Et leurs bras protecteurs, trop vite dégarnis,
Bercent patiemment la famille légère.

Quand après bien des jours, quand après bien des nuits,
Quand après les fureurs des orages enfuis,
Les arbres voient au bord des nids battre des ailes,

Oh ! comme ils sont heureux d’envoyer par les airs
Tant de joyeuses voix chanter dans les cieux clairs,
Les arbres aux douceurs graves et maternelles !

(Albert Lozeau)

 Illustration: Jean Louis Jabalé

 

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Salutaire pinceau (Emmanuel Dall’aglio)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2016



Salutaire pinceau – la nuit
jamais ne tremble.

(Emmanuel Dall’aglio)

 

Illustration: Gilbert Garcin

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ESPRESSO (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016




ESPRESSO

Le café noir du service en terrasse
aux tables et aux chaises aussi gracieuses que des insectes.

Ces gouttes précieuses et captées
ont le même pouvoir qu’un Oui ou un Non.

On les sort du fond de bistrots obscurs
et elles fixent le soleil sans ciller.

Dans la lumière du jour, un point d’une noirceur bienfaitrice
qui se répand très vite dans un hôte blafard.

Il rappelle ces gouttes de noire clairvoyance
que l’esprit happe parfois et

qui nous donnent une bourrade salutaire : vas-y !
Une exhortation à ouvrir les yeux.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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LITANIES D’AMOUR (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2016



LITANIES D’AMOUR

Je lui disais souvent : vous êtes ma Madone
Et mon âme est un lis d’argent que je vous donne.

J’ai pleuré mes péchés comme font les pécheurs
Et je suis maintenant digne de vos blancheurs.

J’ai le ferme propos, le propos salutaire
De ne plus retomber en péché volontaire.

Je ne veux plus aimer d’autre vierge que vous
Et suis l’enfant de choeur qui vous sert à genoux,

Je suis l’enfant de choeur qui passe, qui s’incline
Sous votre souvenir vêtu de mousseline.

Quelquefois je vous donne, et cela m’est charmant,
Des noms de litanie avec recueillement.

Je voudrais bien encore appuyer sur les pointes
De vos souliers brodés, appuyer mes mains jointes.

Et j’enluminerai selon le rituel
Un poème d’amour qui nous soit un missel,

Un missel où, parmi de longues banderoles,
Des strophes tout en fleurs ouvriront leurs corolles,

Où vous verrez sous l’or fluide des ciels fins,
Mes aveux prosternés comme des séraphins,

Où je vous vêtirai d’une robe de moire
Pour que le temps futur vous garde en sa mémoire,

Et qu’à vous voir si belle entre des rameaux verts
Sur le mystique autel qu’auront bâti mes vers

D’autres hommes plus tard, ô ma vierge ingénue,
Vous aiment. comme moi, sans vous avoir connue.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Sandro Botticelli

 

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