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Poésie

Posts Tagged ‘s’amenuiser’

LEÇON (Mirosław Grudzień)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Illustration: Joseph Beuys    
    
LEÇON

ce sont si peu de mots
que j’extirpe du fond de moi
autant que de la poussière de craie
échappée du frottoir
après que le tableau
ait été frotté

il reste encore une chose
coincée dans la gorge telle une arête
qui ne veut pas sortir
au tableau noir
un vieux maître d’école écrit
un texte illisible:
ma vie

le temps s’amenuise
jusqu’à ce que retentisse la fin de la leçon
toujours moins de mots
toujours moins de craie
s’attache à vos doigts.

***

LEKCJA

tak mało słów
z siebie wyduszam
tyle co kredowego pyłu z gąbki
po starciu tablicy

ciągle coś
pozostaje
tkwi kością w gardle
nie chce wyjść

stary belfer
pisze na szkolnej tablicy
niezrozumiały tekst
moje
życie

coraz mniej czasu do dzwonka
coraz mniej słów
coraz mniej kredy
w palcach

***

LESSON

it’s so few words
that I wring out of myself,
as much as some chalk dust
out of an eraser
after the blackboard’s
been wiped clean.

Something still remains,
stuck like a bone in the throat,
will not go out.

On the school blackboard,
an old schoolmaster is writing
an unintelligible text:
my life.

It’s less and less time
until the lesson end rings,
fewer and fewer words
less and less chalk
in fingers.

***

AULA

São tão poucas as palavras
que de mim extraio
quanto o pó de giz
de um apagador
após limpa
a lousa.

Contudo, algo permanece preso
como um osso na garganta
que não se liberta

Na lousa negra da escola,
um velho professor escreve
um texto ininteligível:
a minha vida

Há cada vez menos tempo
até ao toque do fim da aula,
cada vez menos e menos palavras
cada vez menos giz
nos dedos.

***

LECCIÓN

son tan pocas palabras
que me deslizo
como el leve polvo de la tiza
fuera del borrador
cuando la pizarra
ha sido borrada.

Algo queda aún
adherido como un hueso a la garganta
que no saldrá

en la pizarra de la escuela
un viejo maestro escribe
un texto ininteligible:
mi vida

es cada vez más corta
hasta que suene la sirena al final de la lección
menos y menos palabras
cada vez menos tiza
en sus dedos

***

LEZIONE

sono poche appena le parole
che scrivo di me stesso,
tante quanto la polvere di gesso
che esce dal cancellino
dopo che la lavagna
è stata pulita.

qualcosa ancora rimane,
ficcata in gola come una spina,
che non vuole andare giù

sulla lavagna della scuola,
un anziano maestro sta scrivendo
un testo incomprensibile:
la mia vita.

sempre meno è il tempo
prima che la campanella suoni,
e sempre di meno sono le parole
ancora meno il gesso
sulle dita.

***

LEKTION

Es sind so wenige Worte
die ich aus mir heraus zwänge
so viel wie etwas Kreidestaub
aus dem Lappen
nachdem er die Tafel
abgewischt hat
etwas bleibt stecken
wie ein Knochen im Hals
will heraus
auf der Tafel
schreibt ein alter Schulmeister
einen unverständlichen Text:
mein Leben
es bleibt immer weniger Zeit
bis es klingelt zum Ende der Lektion
immer weniger Worte
immer weniger Kreide
bleiben in den Fingern.

***

LES

het zijn zo weinig woorden
die ik uit mij wring
zo veel als wat krijtstof
uit een bordenwisser
na het bord
schoon te hebben geveegd
iets blijft nog achter
zit vast als een graat in de keel
wil er niet uit
op het schoolbord
schrijft een oude schoolmeester
een onleesbare tekst:
mijn leven
er is steeds minder tijd
tot het einde van de les rinkelt
steeds minder woorden
steeds minder krijt
nablijft aan de vingers

***

УРОК

тaк немного слов
из себя выдавливаю
нaстолькo что пыли мела от губки
после стирания доски

всё еще что-то остается
кaк кость поперёк горлa
не хочет выйти
на классной доске
старый учитель пишет
непoнятный текст:
моя жизнь
всё менее времени до звонка
всё менее слов
всё менее мела
в пальцах

(Mirosław Grudzień)

 

Recueil: ITHACA 577
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais original / Anglais Stanley Barkan / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Espagnol Rafa Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Mirosław Grudzień – Germain Droogenbroodt / Russe Miroslav Grudzen – Malgorzata Zuretsk
Editions: POINT

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Sur le rebord du toit (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2018




    
Sur le rebord
du toit
une pluie maigre
joue du clavecin

Hésite
s’amenuise

Deux trois notes
encore

Aigrement
espacées

Cernent
le silence

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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La rencontre (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



La rencontre

Nous avons commencé à parler,
Nous nous sommes regardés, puis détournés.
Sans cesse les larmes me montaient aux yeux
Mais je ne pouvais pleurer.
Je voulais prendre ta main
Mais ma main tremblait.
Sans fin tu recomptais les jours
Qui nous séparaient de la prochaine rencontre,
Mais tous deux nous sentions dans nos coeurs
Que nous allions nous quitter pour toujours.
Le battement de la pendule emplissait la chambre paisible.
«Ecoute, t’ai-je dit, son bruit est si fort,
Comme un cheval au galop sur une route déserte.
Aussi fort que cela ? un cheval qui galope dans la nuit. »
Tu m’as enfermée dans tes bras
Et la pendule étouffait les battements de nos coeurs.
Tu as dit: «Je ne peux m’en aller:
Tout ce qu’il y a de vivant en moi
Est ici pour toujours.»
Puis tu es parti.
Le monde a changé. Le bruit de la pendule a faibli,
S’est amenuisé, est devenu chose infime.
Dans l’obscurité j’ai murmuré: «Si elle s’arrête, je mourrai. »

***

The meeting

We started speaking,
Looked at each other, then turned away.
The tears kept rising to my eyes
But I could not weep.
I wanted to take your hand
But my hand trembled.
You kept counting the days
Before we should meet again.
But both of us felt in our hearts
That we parted for ever and ever.
The ticking of the little clock filled the quiet room.
« Listen », I said, « It is so loud,
Like a horse galloping on a lonely road,
As loud as that — a horse galloping past in the night ».
You shut me up in your arms.
But the sound of the clock stifled our heart’s beating.
You said, « I cannot go : all that is living of me
Is here for ever and ever ».
Then you went.
The world changed. The sound of the clock grew fainter,
Dwindled away, became a minute thing.
I whispered in the darkness: « If it stops, I shall die ».

(Katherine Mansfield)


Illustration: Edvard Munch

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Mots s’amincissent (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018




    
Mots s’amincissent et mots s’étiolent.
Couleur muraille, couleur sépia.
S’ amenuisent au fil des lèvres
ombres d’eux-mêmes et d’autrui.
Ceux qui parlent ne célèbrent
qu’un nuage de fumée.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Sans coup férir (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018




    
Sans coup férir, sans dépérir
tu cours à toutes jambes
vers le miroir qui t’engloutit.
D’autres miroirs surgissent,
t’avalent à l’infini.
Sans crier gare tu t’amenuises
et disparais.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Ne feins pas la tendresse (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Ne feins pas la tendresse.
En toi se tendent les nerfs.
Epaules et rotules
fracassent la vie.
Et s’amenuisent aussi
pupilles et paroles.

(Jacques Izoard)

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Il marche dans le sommeil de l’avalanche (Jacqueline Saint-Jean)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2017



Il marche dans le sommeil de l’avalanche
lourdes paupières de givre où les pentes chavirent
Il marche dans la blancheur ivre
de l’espace qui devient sourd
Polyphonie lointaine de l’exil
Pointillé des pistes sans retour
Il glisse aux micas du vertige
aveuglé de spirales d’ailes
Le corps fraîchit
Le vent l’a dépouillé de ses peaux d’images
il s’avance à voix basse
son ombre s’amenuise
et ses traces d’oiseau s’accordent dans la neige

(Jacqueline Saint-Jean)

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La Tour (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2017



La Tour

Dans tes rêves tu as longtemps gravi
une muraille à l’intérieur d’une tour,
un escalier de plus en plus étroit
puis rien que des fissures
où s’accrocher des ongles
pour s’élever un peu encore

un peu encore avec une terrifiante lenteur
jusqu’à ces pierres lisses
où, tâtonnant d’abord,
tu te figes
le dos au gouffre.

Que cherchais-tu ?
Nul souvenir là-haut d’une lueur
ni d’un appel, ou bien cela fut oublié.
Il fallait monter, rien de plus,
et rien n’était promis
sinon toujours l’attente et le vertige.

Tu ne rêves plus ce rêve.
A vrai dire, tu ne rêves plus.
Tu n’as pas renoncé pourtant,
même si ta force sans doute s’amenuise,
ou peut-être fallait-il une autre force
qui ne te fut pas accordée.

Cette tour doit bien se situer quelque part,
une très haute tour dans un désert
que ne mentionnent ni les livres ni les cartes.

(Jean Joubert)

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DOMINUS DOMINO (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

DOMINUS DOMINO

L’eau qui affleure entre les saules invente un abîme d’étoiles.
L’espace à y rêver je le déploie et il m’obsède.
Mon songe crée ce vide où il s’aggrave.
Ma profondeur me montre en moi mon défaut
mais je suis sa borne en elle,
nous nous sommes étrangers corps à corps.

[…]

Paroles et brises se font de plus en plus impalpables.
La clarté s’amenuise sans une ombre.
Exister s’exténue comme un hymne. Mon absence
me pleure de joie dans les mains.

(Jean Grosjean)
Illustration: ArbreaPhotos

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Fontaine (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2015




Cette heure-ci a la forme d’une pause
La pause a ta forme
Et toi la forme d’une fontaine
non pas d’eau mais de temps
A la cime du jet
volent mes éclats
le je fus le je suis le je ne suis pas encore
Ma vie ne pèse pas
Le passé s’amenuise
Le futur est à peine un peu d’eau dans tes yeux

***

Esta hora tiene la forma de una pausa
La pausa tiene tu forma
Tú tienes la forma de una fuente
no de agua sino de tiempo
En lo alto del chorro de la fuente
saltan mis pedazos
el fui el soy el no soy todavía
Mi vida no pesa
El pasado se adelgaza
El futuro es un poco de agua en tus ojos

(Octavio Paz)

Illustration: Edouard Debat-Ponsan

 

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