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Poésie

Posts Tagged ‘s’anéantir’

L’amour ou la flèche de Zénon (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019




    
L’amour ou la flèche de Zénon.
Aussi fort puissions-nous nous aimer,
nous ne nous toucherons pas.
Notre séparation ne prendra fin que dans l’infini
où les séparations s’anéantissent pour ne faire qu’une.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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L’OISEAU DE FEU AUX FLAMMÈCHES (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
L’OISEAU DE FEU AUX FLAMMÈCHES

J’ai hurlé au milieu du feu
A l’aide!
Je veux vivre
Pardonnez-moi une seule fois
Je ne suis pas mort dans le feu et j’ai pleuré

Ce que je ne peux plus supporter
Ce que je ne peux plus vénérer
Je l’ai bien
Reconnu
J’ai agité brusquement les ailes.

En me cognant les ailes à un au-delà du monde
une voix qui m’appelait
Je l’ai entendue. Je
M’anéantirai
Je l’ai promis.

En tombant en tas de cendres
Dans le tas de cendres
Ne pas renaître en chair
Ne pas naître encore
Vase d’argile sur le point de se briser

En repliant mes ailes moi,
Vers la mer d’aurore

Vers le pays du matin où je rêve de voler
J’ai reposé ma tête
Vers une fenêtre haute qui attend quelques heures
le lever du soleil.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes __..
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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LE COEUR BRISÉ (John Donne)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



    

LE COEUR BRISÉ

Il est fol a lier, qui dit
Être amoureux depuis une heure :
Non que l’amour si tôt se meure,
Mais peut en moins de temps dévorer plus de dix.
Qui me croira quand je proteste
Que depuis un an j’ai la peste?
Qui ne rirait de moi si j’allais déclarer
Que j’ai vu poire à poudre au long d’un jour brûler?

Ah! c’est peu de chose qu’un coeur
Quand aux mains d’Amour il se trouve :
Tout autre mal que l’on éprouve,
Ne prenant que sa part, laisse aux autres la leur.
Lui ne vient point, mais nous arrache,
Nous avale, et jamais ne mâche;
Il fauche rangs entiers, comme un train de boulets,
Et nos coeurs sont fretin pour ce tyran brochet.

Sinon, qu’est mon coeur devenu
Le jour où je t’ai rencontrée?
J’en avais un à mon entrée,
Mais lorsque je sortis je n’en possédais plus.
S’il s’était mis chez toi, je gage
Qu’il eût au tien appris l’usage
D’un peu plus de pitié pour moi; c’est donc, hélas,
Que comme verre Amour d’un seul coup le brisa.

Rien pourtant ne s’anéantit,
Et le vide absolu n’existe;
Je crois donc qu’en mon sein subsistent
Encor tous ces morceaux, bien qu’ils ne soient unis.
Comme on voit aux glaces brisées
Cent images rapetissées,
Mon coeur peut, en lambeaux, désirer, adorer,
Mais après tel amour il ne peut plus aimer.

***

THE BROKEN HEART

He is Starke mad, who ever sayes,
That he hath beene in love an honre,
Yet not that love so soone decayes,
But that it can tenne in Jesse space devour;
Who will beleeve mee, if I sweare
That I have had the plague a yeare 1
Who would not laugh at mee, if I should say,
I saw a flaske of powder burne a day?

Ah, what a trifle is a heart,
If once into loves hands it come !
All other griefes allow a part
To other griefes, and aske themselves but some
They come to us, but us Love draws,
Hee swallows us, and never chawes:
By him, as by chain’d shot, whole rankes doe dye,
He is the tyran Pike, our hearts the Frye.

If ’twere not so, what did become
Of my heart, when I first saw thee ?
I brought a heart into the roome,
But from the roome, I carried none with mee:
If it had gone to thee, I know
Mine would have taught thine heart to show
More pitty unto mee: but Love, alas,
At one first blow did shiver it as glasse.

Yet nothing can to nothing fall,
Nor any place be empty quite,
Therefore I thinke my breast hath all
Those peeces still, though they be not unite;
And now as broken glasses show
A hundred lesser faces, so
My ragges of heart can like, wish, and adore,
But after one such love, can love no more.

(John Donne)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: J.Fuzier et Y. Denis
Editions: Gallimard

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Marco (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Mikhaïl Vroubel
    
Marco

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
Où les feux d’Amour brûlaient sans pitié
Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ;
Tout autour dansaient des parfums mystiques
Où l’âme, en pleurant, s’anéantissait.
Sur ses cheveux roux un charme glissait ;
Sa robe rendait d’étranges musiques
Quand Marco passait.

Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire
Évoquaient souvent la profondeur noire
Des airs primitifs que nul n’a redits,
Et sa voix montait dans les paradis
De la symphonie immense des rêves,
Et l’enthousiasme alors transportait
Vers des cieux connus quiconque écoutait
Ce timbre d’argent qui vibrait sans trêves,
Quand Marco chantait.

Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
Défiaient l’éclat des plus belles armes ;
Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
Et son désespoir n’avait rien d’humain ;
Pareil au foyer que l’huile exaspère,
Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
Dit d’une lionne à l’âpre forêt
Communiquant sa terrible colère,
Quand Marco pleurait.

Quand Marco dansait, sa jupe moirée
Allait et venait comme une marée,
Et, tel qu’un bambou flexible, son flanc
Se tordait, faisant saillir son sein blanc ;
Un éclair partait. Sa jambe de marbre,
Emphatiquement cynique, haussait
Ses mates splendeurs, et cela faisait
Le bruit du vent de la nuit dans un arbre,
Quand Marco dansait.

Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d’ambre
Et de chair mêlés opprimaient la chambre !
Sous les draps la ligne exquise du dos
Ondulait, et dans l’ombre des rideaux
L’haleine montait, rhythmique et légère ;
Un sommeil heureux et calme fermait
Ses yeux, et ce doux mystère charmait
Les vagues objets parmi l’étagère,
Quand Marco dormait.

Mais quand elle aimait, des flots de luxure
Débordaient, ainsi que d’une blessure
Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,
De ce corps cruel que son crime absout :
Le torrent rompait les digues de l’âme,
Noyait la pensée, et bouleversait
Tout sur son passage, et rebondissait
Souple et dévorant comme de la flamme,
Et puis se glaçait.

(Paul Verlaine)

 
Découvert ici: https://marinegiangregorio.wordpress.com/

Recueil: Poèmes saturniens
Traduction:
Editions:

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Ecoute (Colette Gibelin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Ecoute

J’atteins de nouveau l’instant nul où l’avant et l’après s’anéantissent,
Foudroyés
Des grains de mimosas m’éclaboussent dans l’ombre
Je n’ai rien à t’apprendre
Je ne dure pas
Je ne perpétue que le défi de chaque seconde
Ne dis rien
Le présent est ce plaisir absolu de n’avoir pas de lendemain
Précédé de rien
Suivi de rien
Total

(Colette Gibelin)


Illustration: Odilon Redon

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Regarde bien les yeux du chat (Pierre Gabriel)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



Regarde bien les yeux du chat
Il rêve, il fait semblant
Il dort tout éveillé
Pourtant c’est toi
C’est bien toi qu’il épie.
Mais plonge tes yeux dans les siens
Ne les laisse pas t’échapper
Très lentement tu vas glisser
Dans l’eau dorée de ce regard,
Glisser sans fin
Jusqu’à t’anéantir dans son immensité.
Regarde bien les yeux du chat
Bientôt tu seras devenu,
Sans le savoir, le chat lui-même,
Les yeux du chat qui te regarde…

(Pierre Gabriel)

 
Illustration

 

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Aimer c’est agoniser (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Andrei Buryak  (7)

Aimer c’est agoniser
aimer c’est aimer mourir
les singes puent en mourant

assez je me voudrais mort
je suis trop mou pour cela
assez je suis fatigué

assez je t’aime comme un fêlé
je ris de moi l’âne d’encre
brayant aux astres du ciel

nue tu éclatais de rire
géante sous le baldaquin
je rampe afin de n’être plus

je désire mourir de toi
je voudrais m’anéantir
dans tes caprices malades

(Georges Bataille)

Illustration: Andrei Buryak

 

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Genèse (Joël Baudry)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2016



Genèse

La ressemblance est profonde
entre l’herbe et la pierre
sur elles le temps est silencieux,
la mort est vécue et n’existe plus
c’est dans ce rythme que je veux habiter
— mort vécue cent fois ou mort oubliée.

La confiance de l’écriture
justement soudée au souffle des éléments.
Chercher les unités les aimer
bâtir une fierté pour être plus encore
dans le balancement rituel des choses de ce monde.

La ressemblance est complète entre l’herbe et la pierre
mais l’herbe est de mon allure d’homme
la pierre m’échappe encore
— le noyau en moi est imparfaitement immobile.
Quête.
La pierre m’échappe encore.

Qui chevauche le grand voyage
apprend l’immobilité devant la pierre
le signe y existe obligatoirement
qu’importe quoi/qui l’a tracé
qu’importe qu’il y ait eu main d’homme,
le signe existe contemplation.

Cette genèse n’est pas celle de la pierre
la pierre se fiche des six jours et du repos
elle est le magma du dessus
et du dedans elle est l’absence idéale.
Je compte les jours ma marche a besoin du repos
j’existe tellement que je puis m’anéantir.

Dans l’écriture je m’absente.
La grâce des pierres gravées
nourrit le meilleur en nous.

(Joël Baudry)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

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