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Poésie

Posts Tagged ‘sang’

Prisonnier de moi-même (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Prisonnier de moi-même
Entre ces murs de chair
Où la douleur promène
Ses couteaux, ses éclairs,
Prisonnier de tant d’ombres
Qui ne me font des signes
Que pour mieux me trahir,
Prisonnier dont la force
S’use cruellement
Aux grilles qu’elle plante,
Il serait vain d’attendre
De moi le mot de passe
Ou la lampe qui luit,
Poussée la porte basse,
O mes lointains amis,
Vous que j’ai tant aimés
Pour ces chants, cet été,
Ces routes de lumière
Dans mon sang répandus
Et ce pain partagé
Quand je n’en avais plus.

Cette grande distance
Entre nous maintenant,
Ah ! qu’elle ne s’étende
A perte d’horizons,
A perte d’espérance
Et que faible et sans joie,
Pour vous du moins, ma voix
Demeure d’un vivant.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration: Salvador Dali

 

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La nuit (Fabienne Contat)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



La nuit. Un rêve.
Une goutte de sang en forme de coeur.
Partage, similitude, ressemblance, âme soeur.
Nuit silencieuse et mystérieuse.

(Fabienne Contat)


Illustration: Fabienne Contat

Autres Poèmes dans ce Florilège que j\’ai illustrés avec les oeuvres de Fabienne Contat

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Assez de cette parure vivante qui me vêt (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Assez de cette parure vivante qui me vêt.
Je veux appeler ma face et mon nom,
Et me connaître enfin dans le sang et la plaie
De ma solitude nue démesurée.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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La Naissance d’Aphrodite (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
Où roulaient sans mesure et l’Espace et le Temps ;
Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes.

Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
Et jamais, sans l’éther foudroyé, le Printemps
N’avait fait resplendir les soleils éclatants,
Ni l’Été généreux mûri les moissons blondes.

Farouches, ignorants des rires et des jeux,
Les Immortels siégeaient sur l’Olympe neigeux.
Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosée ;

L’Océan s’entr’ouvrit, et dans sa nudité
Radieuse, émergeant de l’écume embrasée,
Dans le sang d’Ouranos fleurit Aphrodité.

(José-Maria de Hérédia)

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Les barques d’or (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



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Les barques d’or

Les barques d’or du bel été
Qui partirent, folles d’espace,
S’en reviennent mornes et lasses
Des horizons ensanglantés.

A coup de rames monotones,
Elles s’avancent sur les eaux ;
On les prendrait pour des berceaux
Où dormiraient des fleurs d’automne.

Tige de lys au beau front d’or,
Toutes vous glissez abattues ;
Seules les roses s’évertuent
A vivre, au delà de la mort.

Qu’importe à leur beauté plénière
Qu’octobre luise ou bien avril :
Leur désir simple et puéril
Boit jusqu’au sang, toute lumière.

Même aux jours noirs, quand meurt le ciel,
Sous la nuée âpre et hagarde,
Sitôt qu’une clarté darde,
Elles s’exhalent vers Noël.

Vous, nos âmes, faites comme elles ;
Elles n’ont pas l’orgueil des lys,
Mais détiennent, entre leurs plis,
L’ardeur sacrée et immortelle.

(Emile Verhaeren)

 Illustration

 

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CECI (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018


 


Ernest Pignon-Ernest

 

CECI

(…)

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

Ce sang dilapidé sur le bitume
s’ordonnait, hier encore, dans un réseau de veines
retissait, hier encore, la loi de l’existence

Ce coeur-sentinelle
s’est raidi sous le plomb

Ce sac-à-vermine
abritait des entrailles
où s’ouvrait le plaisir
où germinait la vie

Un rictus a drainé toute la pulpe de ces lèvres
Ces orbites-à-fourmis logeaient oeil et regards.

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

L’esprit travaillait cette motte d’indifférence
La parole soulevait cette forme interrompue.

La femme vêtue de noir
tremble dans la tourmente
hurle dans le chaos

S’agglutine aimantée
à ce profil d’écorce
à cette main qui stagne
à ce marécage d’humeurs
à ce balluchon putride

à ce « Toi, que j’appelle
et qui ne sera plus ! »

(Andrée Chedid)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Une tombe en Lucanie (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



 

Otto Dix   La Guerre

Une tombe en Lucanie

La figure
de plumes et de griffes (oiseau et démon)
se tient en arrière, mais prête à
bondir. Il la sent
mais il ne la voit pas, le jeune soldat
qui l’a derrière lui. Il la sent
et il la voit peut-être, l’adversaire
qui s’apprête, javelot au poing, à faire vibrer
le coup mortel. Nulle haine dans leur visage
mais une attention profonde, car doit s’accomplir vite
ce qui doit s’accomplir, et chacun d’eux porte
la triste conscience de l’amer destin
de l’homme en guerre. Au vainqueur,
rien n’assure que demain, sous le coup d’un autre
ce ne sera pas lui le vaincu, lui le tué.
Du condamné d’aujourd’hui l’âme reflue
avec son sang. Mystérieux comme sa Parque, un joueur de
flûte donne le signal. Les bras
serrés sur la poitrine ou levés
vainement au ciel, les femmes peuvent
commencer à pleurer.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Otto Dix

 

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Trop à l’étroit dans le malheur (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



Trop à l’étroit dans le malheur, l’ayant crevé comme une vieille peau
Vieille tunique craque aux coutures, se déchire et se fend de bas en haut
L’ayant habité à sueur et à sang, vétuste caverne où s’ébrèche l’ombre du soleil
Ayant épuisé de tristes amours, la vie en rond, le cœur sans levain
Nous sommes réveillés un matin, nus et seuls sur la pierre de feu
Et la beauté du jour nous trouva sans défense, si vulnérables et doux de larmes
Qu’aussitôt elle nous coucha en joue comme des fusillés tranquilles.

(Anne Hébert)

Illustration: Janusz Orzechowski

 

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Les Couleurs (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018



Les Couleurs

ELOIGNEZ de mes yeux les flamboiements barbares
Du Rouge, cri de sang que jettent les fanfares.

Eteignez la splendeur du Jaune, cri de l’or,
Où le soleil persiste et ressurgit encor.

Ecartez le sourire invincible du Rose,
Qui jaillit de la fleur ingénument déclose,

Et le regard serein et limpide du Bleu, —
Car mon âme est, ce soir, triste comme un adieu.

Elle adore le charme atténué du Mauve,
Pareil aux songes purs qui parfument l’alcôve,

Et la mysticité du profond Violet,
Plus grave qu’un chant d’orgue et plus doux qu’un reflet.

Versez-lui l’eau du Vert, qui calme le supplice
Des paupières, fraîcheur des yeux de Béatrice.

Entourez-la du rêve et de la paix du Gris,
Crépuscule de l’âme et des chauves-souris.

Le Brun des bois anciens, favorable à l’étude,
Sait encadrer mon silence et ma solitude.

Venez ensevelir mon ancien désespoir
Sous la neige du Blanc et dans la nuit du Noir.

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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Le sommeil (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Le sommeil

La nuit nous dicte sa tâche magique.
Détisser les mailles de l’univers,
les ramifications inépuisables
des effets et des causes, qui se perdent
dans ce vertige insondable, le temps.
La nuit exige que cette nuit même
tu oublies ton nom, ton sang, tes ancêtres,
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu te révéler,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le cube, la pyramide,
et plan, sphère, cylindre, mer et vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf…
les empires, les César et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes.
Étrangement un comprimé pourra
gommer le cosmos, créer le chaos.

(Jorge Luis Borges)

 

 

 

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