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Poésie

Posts Tagged ‘sang’

INTERMÈDE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017


 

INTERMÈDE

L’amour, oublions-le pour l’instant, mon amour ;
soyons tout à l’écoute de ce cri
dans la nuit, tout à la terreur incroyable
de ce hurlement.
Les chiens
ont été lâchés comme hier, comme toujours,
et un coup de feu émiette les ombres.

L’amour, oublions-le cette nuit, mon amour.

Le mur, à nouveau, est rouge de sang.

(Elvio Romero)

Illustration

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Qu’attends-tu de la vie trop courte ? (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017



 

Qu’attends-tu
de la vie trop courte ?

tu voudrais
simplement
être là
au cœur du monde
écouter le battement
aveugle de ton sang

trouver enfin
les mots
pour dessiner
sur les grandes plages
du silence

cet espace inconnu
qui me hante

(Bernard Mazo)

Illustration: Michael Whelan

 

 

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La beauté vivante (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017


 


 

La beauté vivante

J’oblige, parce que la mèche et l’huile sont épuisées
Et que gelés sont les canaux du sang,
Mon coeur peu content à tirer contentement
De la beauté qui sort d’un moule où elle fut coulée
En bronze, ou de celle qui apparaît dans le marbre aveuglant,
Qui apparaît, mais qui lorsque nous nous éloignons s’éloigne,
Car elle est plus indifférente à notre solitude
Que si elle était une apparition. Ô mon coeur, nous sommes vieux ;
La beauté vivante est pour de plus jeunes hommes :
Nous ne pouvons lui payer son tribut de larmes dévorantes.

***

The living beauty

I bade, because the wick and oil are spent
And frozen are the channels of the blood,
My discontented heart to draw content
From beauty that is cast out of a mould
In bronze, or that in dazzling marble appears,
Appears, but when we have gone is gone again,
Being more indifferent to our solitude
Than ’twere an apparition. O heart, we are old ;
The living beauty is for younger men :
We cannot pay its tribute of wild tears.

(William Butler Yeats)

Illustration: Theodore Chassériau

 

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La révolution (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Illustration
    
La révolution comme l’acte religieux a besoin d’amour.
La poésie est un véhicule intérieur de l’amour.

Nous devons donc, poètes, produire cette « sueur de sang »
qu’est l’élévation à des substances si profondes, ou si élevées,
qui dérivent de la pauvre, de la belle puissance érotique humaine.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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IL Y A …(Dominique Joye)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



 

Regard

IL Y A …

Il y a la forêt de roses, certains soirs dans l’extase
Où des orages de soleils coulent à la source de tes yeux.

Il y a les saisons de couleurs, des nuits de ton amour
Comme une étrange liberté à l’ivresse du temps perdu.

Il y a les papillons de lumière qui volent dans nos têtes
Pour oublier l’araignée de la faim endormie dans la raison du sommeil.

Il y a la perte des étoiles dans le froissement du vent
Et ta bouche sur la mienne qui donne l’énergie aux ténèbres.

Il y a la beauté de l’horizon dans la courbure des blés,
Comme la volupté de l’eau des désirs de mon corps.

Il y a la griffe du sang sur l’étendue de la mer
Où la main de notre espace cueille l’orchidée du matin.

Il y a la neige des vagues qui gonfle la voilure de l’ombre
Jusqu’à l’absence d’un regard dans la retenue des astres.

Il y a l’azur de la pluie bu par le pourpre des jasmins
Dans les champs de nénuphars où s’envolent des hirondelles.

Il y a l’étreinte de la souffrance, l’échange d’un sourire
Et le besoin de tes yeux jusqu’à la folie de vivre.

(Dominique Joye)

 

 

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Le Rayon Vert (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



Le Rayon Vert

Ton ami aujourd’hui s’endort
ton ami s’est engourdi
ton ami s’est endormi.
Mais si ton ami dort
Corinne
il rêve de Loire et de lierre
il rêve de mouettes et d’estuaires
de Saint-Michel et de Préfailles
de Saint-Brévin et de tous les saints
de vent d’algue de sable et de doux crimes
sous les pins
de fillette du passé qui défaille
et des secrètes capucines
de Corinne.

Il rêve que son amour marche au-dehors
il rêve que son amour se retourne vers lui
Corinne
pour le regarder dormir
ami par l’amour engourdi
sous les pins du désir.

Qu’il s’éveille
qu’il émerge des aiguilles du sommeil
où l’enfant qu’il fut
épiait le rayon vert
du soleil qui meurt en sang dans la mer
voici devant lui debout son rêve
Ève
nue
les yeux ouverts.

(Armand Lanoux)


Illustration

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L’hiver déjà éteint la page (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
L’hiver déjà éteint la page

L’hiver déjà éteint la page
et le sang en sait plus
envahir la neige

nos voix malgré tout
restent futures

patience à la sève
le regard déplace tant de mots

*

Le vent nous désigne
ici ou ailleurs
la peau choisit son autre cause
à tout hasard
une phrase essuie la vitre
et se mêle à la pluie
le reste à présent piétine
où fut la blancheur
entre l’argile et ce livre
qui n’en finit pas
d’étreindre ses pages

(Christian Da Silva)

 

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Je me dévêts (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Je me dévêts

Je me dévêts, j’annule tous mes rôles.
Guerre, dis-tu ? J’ai fait toutes les guerres.
J’étais le mort, j’apprenais le silence,
je donnais l’heure exacte de la vie

ou bien, vivant, je ne savais plus vivre,
je me savais par un autre vécu,
je me cherchais dans les pages des livres
comme un secret caché depuis longtemps.

Ma préhistoire est celle des orages.
Le rideau noir est posé sur mes yeux.
Le monde est rouge. A qui veut bien m’entendre,
je ne dis plus que paroles de sang.

Quel est ce moi qui n’affleure à moi-même
que pour m’offrir un obstacle de plus ?
Et toi, la voix qui n’éteins plus le feu,
dissipe-toi dans les brumes de l’aube.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Le pur poète (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



LE PUR POÈTE EST MIS dans le sang écumeux
Est pris entre les lianes turgescentes
Des eaux des yeux des têtes médusantes
Et des douleurs à l’infinie expansion
Quelques bulles crevant de chaleur désirante
Quelques larmes chantant dans leurs creux ténébreux
Et lui le voyeur des chairs bouleversantes.

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Alexander Sulimov

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Celui qui parle à cette bouche (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Konstantin Kacev 25

Celui qui Parle a cette Bouche

Celui qui parle à cette bouche
ne peut plus croire aux ferveurs
que l’enfance gardait pour la mort.

Poursuivi par ses pas
et toujours aussi loin de sa vérité,
il n’existe plus qu’en ses songes.

Chaque jour, il secoue sa terre
mais il en reste assez sous ses pieds
pour faire croître la douleur
jusqu’au point où les yeux sont des tiges cassées.

Le vent traverse ses mains
fissurées par le sang.
Parfois, quelqu’un frappe
personne n’entre, il n’y a plus de portes
il n’y a plus que des yeux
mal éclairés par le soir
et l’or qui remonte du cœur
comme un feu déjà gris.

(Lucien Becker)

Illustration

 

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