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Poésie

Posts Tagged ‘sang’

La ligne droite (Maurice Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



La ligne droite

Dès lors, tout devenait simple et facile. L’homme
suivait la route des hommes. Les alizés suivaient les
flèches tracées sur les cartes. À l’heure du sommeil, au
sein de la nuit, je rentrais dans la maison des hommes,
dans une de ses innombrables chambres où l’étrange
faculté de renaître reprend ses droits, prodigue ses
sortilèges.
Tout à coup, un cri épais éclata : le cri des choses
— ainsi nommées parce qu’elles ne choisissent pas leur
chemin et qu’elles sont imperméables au tracé des
cartes — et je gravis les étages, telle une flamme sur le
bois mort. Derrière le mur, le cri s’éteignit, derrière le
mur d’une chambre sans porte, la seule de ce genre au
pays des problèmes.
Je frappai et me brisai les poings, je frappai comme
un bûcheron ivre à la porte de la forêt. Autour de moi,
des figures effrayées apparurent dans l’entrebâillement
des murs. Des figures de pierre vidées de leur sang, des
pensées assagies.

(Maurice Blanchard)


Illustration: Île Nancy

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Amaryllis (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2018



Illustration
    
Le mot amaryllis
la fleur amaryllis, aussi belle que son nom
charnue, rouge prune, rose du plaisir

coupe de sang soleil coulant
sur mes plaies pour les guérir

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Si dure, si forte, si froide (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Tous les tam-tams de la jungle battent dans mon sang
Toutes les lunes farouches et ardentes de la jungle
brillent au fond de mon âme.
J’ai peur de cette civilisation,
Si dure,
Si forte,
Si froide.

(Langston Hughes)


Illustration: Charlie Chaplin

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LA PAROLE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LA PAROLE

Voleuse
O perle noire enrichie d’étincelles
Ecuyère des mots
Trapéziste du sang
Lancée sur le circuit vertigineux du temps
Convoi de mon amour
Echarpe lumineuse
Je te perds
Je te prends
Je te mets en veilleuse

A nous deux
Dans la nuit sans hâte des cachots
Sur les marches du ciel
Sur les premiers tréteaux
Dans l’ascenseur doré de la lampe
Tressant la flamme avec les barreaux de la cage

Tu passes sur mes dents comme un givre léger
Tu n’as pas le dédain des souffles étrangers
Tu n’es que l’horizon des âmes
L’aventure
Le vent qui va plus loin achève ton murmure
L’arbre mêle ses bonds à ton élan sans bord
Et l’oiseau qui revient te reconduit au port.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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IMAGE DE LA FEMME NUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Brad Kunkle
    
IMAGE DE LA FEMME NUE

La femme prise dans ses feuilles
Ne bouge pas plus qu’un oiseau
Elle écoute son sang qui hante
Le ciel limpide la forêt

Lentement dans sa poitrine
Se défont des liens obscurs
Elle est debout dans son poids d’herbe
Elle tient à la main des fleurs

Ses tristes yeux ne pensent guère
A la beauté qui est en eux
Mais davantage au merveilleux
Des choses rondes de la terre

Elle regarde sans y croire
Les animaux qui viennent boire
Marchent un peu et puis s’essuient
Les lèvres fraîches sous les saules

Elle est vêtue de ses épaules.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Plus juste que ma vie peut-être (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    
Plus juste que ma vie peut-être
Et de toutes façons plus sûre
Ici dans la brume partout
Où mon amour ne peut plus être

Un signe obscur dans la vallée
Une femme en cheveux qui boit
Le sang de ses fils goutte à goutte

Ne plus rien savoir mais savoir
Que tu es là que je t’emporte
Ma belle mort irremplaçable

Le dernier quart d’heure où je vis
Est celui-là où tu soupèses
Ma poussière mes tristes mains

Tu ne sembles pas satisfaite.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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L’étrange douceur (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




Illustration


L’ÉTRANGE DOUCEUR

Comme un oiseau dans la tête
Le sang s’est mis à chanter
Des fleurs naissent c’est peut-être
Que mon corps est enchanté

Que je suis lumière et feuilles
Le dormeur des porches bleus
L’églantine que l’on cueille
Les soirs de juin quand il pleut

Dans la chambre un ruisseau coule
Horloge aux cailloux d’argent
On entend le blé qui roule
Vers les meules du couchant

L’air est plein de pailles fraîches
De houblons et de sommeils
Dans le ciel un enfant pêche
Les ablettes du soleil

C’est le toit qui se soulève
Semant d’astres la maison
Je me penche sur tes lèvres
Premiers fruits de la saison.

(René Guy Cadou)

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Seul sait danser le boiteux (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Valère Prosperi

    
— Seul sait danser le boiteux,
seul sait voir l’aveugle,
seul rêve l’insomniaque,

Si tu veux connaître
la fraîcheur de la source,
interroge le désert
qui l’a engloutie,

Réserve au chant que tu inventes
les sons les plus rares de ta voix,
aux mots que tu écris
l’usage le plus souple de tes doigts,
aux corps que tu aimes
les plus forts battements de ton coeur,
aux luttes que tu assumes
l’énergie de ton sang ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Je regarde (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




    
— Je regarde,
je te regarde,
je regarde ton corps,

Je cherche à savoir
pourquoi et comment,
présent ou absent,
il irradie ma pensée,
mon sang et mes rêves,

Pourquoi, envahisseur accueilli,
il occupe mon corps,
mes émotions, mes gestes,
pourquoi et comment,
il m’a fait naître
une seconde fois,

Né de ton corps choisi,
mon corps se transfigure,
Je regarde ton corps,
non pas comme je regarde la mer,
ses nuances, du gris sombre
au bleu translucide,
dont je goûte la fraîcheur, la saveur,
dont je suis le flux et le reflux,
Non, je regarde ton corps,
comme je ressens le vent,
réel car invisible,
qui rafraîchit mon visage,
dessèche ma peau,
fait trembler les feuilles,
fait voler les oiseaux,
qui, s’il s’emporte,
abat qui lui résiste,
siffle, souffle, s’apaise,
est présent, actif, toujours,
sait aussi être discret,
imperceptible presque,
au point de n’être plus
que l’idée du vent,

Je regarde,
je te regarde,
je regarde ton corps,
je lui confie le mien,
je lui confie la maîtrise
de mon désir de vivre,
le pouvoir ultime,
de ma mise à mort ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Les mots que j’écris (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration

    

— Les mots que j’écris
sont l’air que je respire,
sans eux mes poumons s’étiolent,
sans eux mon sang s’épaissit,
sans eux, je ne peux vivre,

Asthmatique du verbe,
je m’efforce d’aspirer
les mots qui me manquent,
dont je me nourris,

Si je les trouve,
mes poumons s’emplissent
mes côtes se détendent,
mon sang se liquéfie,
mon angoisse s’éteint.

Les mots que j’écris
sont l’air qui me fait vivre ;

(Yves Mabin Chennevière)

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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