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Poésie

Posts Tagged ‘sang’

Léda (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Paul Véronèse
    
III

Pour un court moment, ô Cygne, je voudrais unir mes voeux
à ceux de tes deux ailes, qui embrassèrent Léda,
et à mon rêve d’adulte, encore vêtu de soie,
tu diras, pour les Dioscures, la gloire des cieux.

L’automne est là. De la flûte roulent des consolations.
Juste un instant, ô Cygne, en cette allée bordée de nuit,
je boirai entre deux lèvres malgré l’interdiction
de la Pudeur, mordant tour à tour Scrupules et Jalousie.

Cygne, j’aurai pour un instant tes ailes immaculées,
et le coeur de rose que ta douce poitrine abrite
palpitera dans la mienne avec son sang régulier.

Alors, Amour sera heureux, puisque sera vibrant
l’enthousiasme qui réveille le grand Pan et l’excite
tandis que son rythme cache la fontaine de diamant.

IV

Avant toute chose, Léda, gloire à toi !
Ton doux ventre recouvrit de soie
le Dieu. Miel et or au vent de Zéphyr !
Résonnèrent alternativement
flûtes et cristaux, la fontaine et Pan.
La Terre était chant et le Ciel sourire !

Devant l’acte suprême et céleste
un pacte fut conclu entre dieux et bêtes.
La lumière du jour pour l’alouette,
la sagesse advint aux chouettes
et pour les rossignols la mélodie.
Aux lions ce fut bien sûr la victoire,
les aigles reçurent toute la gloire
et tout l’amour aux colombes fut acquis.

Mais n’êtes-vous pas, vous, les divins
princes ? Indolents comme les bateaux
immaculés et purs comme le lin,
et merveilleux comme les oiseaux !

Vous avez dans vos becs les qualités
qui révèlent les coraux purs.
De vos poitrines, vous ouvrez les sentiers
que d’en haut vous indiquent les Dioscures.

La dignité de chacun de vos actes,
immortalisée dans l’infini,
fait qu’ils sont rythmes exacts,
lumières du mythe, voix de nos rêveries.

De l’orgueil olympien vous êtes le résumé,
ô blanches urnes de l’harmonie !
Joyaux éburnés qu’anime une volonté
de par sa céleste mélancolie.

Mélancolie d’avoir aimé,
auprès de la fontaine, dans le bois,
son cou lumineux étiré
entre les cuisses blanches de Léda !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage
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Pour donner la parole au poème (Cédric Demangeot)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Wendy Anziska    
    
pour donner la parole au poème et ne pas
trahir ce pacte de silence qui
scelle sa concrétion d’un éclat noir

il faut un cœur qui déborde la tête
et que la tête soit forte — et l’encolure —

il faut être une bête de somme et léger
comme une inquiétude : une soustraction
de mains qui savent

subtilement laisser aller le sens en sang
vers sa limpidité sur le fil
d’une lèvre de femme.

(Cédric Demangeot)

 

Recueil: Obstaculaire
Traduction:
Editions: Atelier la Feugraie

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Un coeur panique (Cédric Demangeot)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Laurent Fièvre
    
un coeur panique
arpente en sang
sa propre meute
et miracule son gravat
contre les dénouements

— par ce désastre rien
merveille allant cassant
le territoire aphone
et les mailles de la rixe
ou la folie devant.

(Cédric Demangeot)

 

Recueil: Obstaculaire
Traduction:
Editions: Atelier la Feugraie

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LA PLAGE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



    

LA PLAGE

Sur la plage où blanchit la mer dans les ténèbres,
Où le figuier frémit sous le poids des oiseaux,
Un homme, à demi-voix, n’a prononcé qu’un mot :
Celui qui l’a reçu s’éloigne sous les cèdres.

Il est l’heure. Bacchus entreprend sa conquête.
Un rendez-vous l’accable et, comme un ruisseau sourd,
L’espace le pénètre. Il fit nuit. Fait-il jour ?
Qu’importe, dispersez les foyers de la fête.

Dans un pays de bois et de fraîches rivières
Un homme sent couler, dans ses veines, son sang.
Il connaît ce pays, ces hommes, leur accent.
Déjà l’odeur du sol lui était familière.

Sur la plage celui qui livra le secret
Gît avec un poignard entre les deux épaules,
Mais sa voix flotte encor sur l’eau, le long du môle
Et répète le mot d’où naquit son regret.

Sans cesse elle redit ces syllabes : Corinthe,
Et la terre gémit de langueur et de crainte.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avec un cheval… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Avec un cheval…

Avec un cheval
Ou bien un chameau
On peut aller jusqu’au Sénégal
Avec dix chevaux
Par monts et par vaux
On peut aller jusqu’à l’hôpital
On peut même aller jusqu’au tombeau
Mais le plus beau
C’est qu’on a une contravention
Désolation
Pour avoir
Sans savoir
Encombré
Le pavé
Et maculé
L’asphalte avec son sang.
C’est inique
Agaçant
Pathétique
Et mécanique
Ce n’est plus dix chevaux
Mais plutôt dix chameaux
Moins la sobriété,
Car à votre santé,
Ça boit l’essence à flots
C’est inique
Agaçant
Pathétique
Épuisant
La dix chevaux
C’est une dix chameaux.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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À cinq heures (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



sang pavé [1280x768] 

À cinq heures du matin dans une rue neuve et vide j’entends le bruit
d’une voiture qui s’éloigne.
Un avertisseur d’incendie a sa glace brisée et les débris de verre
resplendissent dans le ruisseau.
Sur le pavé il y a une flaque de sang et un peu de fumée se dissout dans l’air.
Ohé! Ohé! racontez-moi ce qui s’est passé.
Éveillez-vous! Je veux savoir ce qui s’est passé.
Racontez-moi les aventures des hommes.

(Robert Desnos)

Illustration

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Couplet du trottoir d’été (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

pavés-012 [1280x768]

Couplet du trottoir d’été

Couchons-nous sur le pavé,
Par le soleil chauffé, par le soleil lavé,
Dans la bonne odeur de poussière
De la journée achevée,
Avant la nuit levée,
Avant la première lumière
Et nous guetterons dans le ruisseau
Les reflets des nuages en assaut,
Le coup de sang de l’horizon
Et la première étoile au-dessus des maisons.

(Robert Desnos)

Illustration

 

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Pour la belle Isabelle (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Pour la belle Isabelle

1
Pour la belle Isabelle
Et Jeanne et Suzon,
Pour Lucie pour Marcelle,
Que de beaux garçons
Perdirent leurs beaux jours,
Beaux jours, beaux amours,
Illusions vaines
Qui se chang’nt en peine.
Car chacun d’entre eux aurait pour chacune
Pris le soleil et décroché la lune
Pour teindre leur robe eût donné son sang
Peine perdue, soins épuisants.

Refrain
Malin celui-là qui pour plaire aux belles
Fait tout ce qu’il faut pour être aimé d’elles
Malin celui-là qui satisfait celles
Que mille choses ne satisfont.

2
Bien volontiers les femmes
Se font prendre au mot
Fou celui qui les blâme
Et souffre leurs maux
Tout ce qui brille est d’or
Et vienne la mort

3
Vive un mensonge
Si c’est un beau songe.
Celui dont l’amour est fort et sincère
Souvent maladroit, ne sait pas quoi faire
Pour être aimé en vain il s’évertue
Soins épuisants, peines perdues.
Celui-là s’évertue
À de grands travaux
Il s’épuise, il se tue.
Oui, mais ses rivaux
N’ont qu’à cligner des yeux
La belle est à eux
Battez campagne
Qui méprise gagne.
C’est jeu de dupes, et pourtant pour elles
C’est un jeu qui vaut toutes les chandelles
L’amour à son gré sait brouiller les cartes,
Verser du sel sur une tarte.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Un beau jour… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Sophie Vulliard
    
Un beau jour…
Blues

1
Un beau jour, on se rencontre
Juste le temps
De lire l’heure au cadran de la montre
Et l’amour naît en chantant
C’est un jeu d’enfant
C’est jouer avec le feu
Ce n’est qu’un jeu
Mais aussi c’est un jeu grave
Où le vaincu est toujours le plus brave
Le plus brave.

2
Quand on aime à la légère
Le ciel est bleu
Mais celle qu’on aime est une étrangère
Qui sait bien ce qu’elle veut
Ce n’est jamais peu
C’est la vie et le sang
Un jeu d’enfant
C’est un jeu un jeu très grave
Où le vaincu est toujours le plus brave
Le plus brave.

3
Lorsque l’amour vous tourmente
O jeunes gens!
Avant de choisir une douce amante
Qui vous mord à belles dents
Pensez-y longtemps
C’est jouer avec le feu
Ce n’est qu’un jeu
Mais aussi c’est un jeu grave
Où le vaincu est toujours le plus brave
Le plus brave.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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L’Enfant démon (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Guillaume Seignac
    
L’Enfant démon

1
La forêt s’endort au flanc des monts
Tu t’endors comme un enfant démon
Tu t’endors comme une pierre
Un petit caillou
Prends bien garde enfant démon le soir
Un fantôme à ce banc vient s’asseoir
Sans yeux sans paupières
Mon enfant démon

Refrain
Caressante
Enfant démon
Quand tu chantes
Enfant démon
Dans tes yeux je vois des roses
Au rosier de tes paupières closes
Sur tes lèvres
Je vois du sang
Et ma fièvre
Va montant
Mon enfant démon
Mon enfant démon
Endors-toi démon bel enfant
Mon bel enfant.

2
Ne t’endors pas là enfant démon
Sous le ciel à travers champs et monts
Ne t’endors pas sur les pierres
Et sur les cailloux
Dans mon lit viens t’endormir ce soir
Viens dormir dans mes bras pleins d’espoir
Ouvre tes paupières
Mon enfant démon.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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