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Posts Tagged ‘sang’

SAINT-SEBASTIEN (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



 

Alfred Courmes   Saint Sebastien 40 [1280x768]

SAINT-SEBASTIEN

Je suis inutile et je suis nuisible ;
Ma peau a les tons qu’il faut pour la cible.
Valets au pouvoir public attachés
Tirez, tirez donc, honnêtes archers !

La première flèche a blessé mon ventre,
La seconde avec férocité m’entre
Dans la gorge, aussi mon sang précieux
Jaillit, rouge clair, au regard des cieux.

Je meurs et là-haut sont dans les platanes
Des oiseaux charmeurs. En bas de bons ânes
Mêlés à des ours, brutes qu’il ne faut
Jamais occuper des choses d’en haut.

(Charles Cros)

Illustration: Alfred Courmes

 

 

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Présage (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2017



Présage

Un soleil tout nu – un soleil tout jaune
Un soleil tout nu d’aube hâtive
Verse des flots d’or sur la rive
Du fleuve tout jaune.

Un soleil tout nu – un soleil tout blanc
Un soleil tout nu et tout blanc
Verse des flots d’argent
Sur le fleuve tout blanc.

Un soleil tout nu – un soleil tout rouge
Un soleil tout nu et tout rouge
Verse des flots de sang rouge
Sur le fleuve tout rouge.

(Birago Diop)


Illustration

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Nous sommes ces chaussures (Moshe Szulsztein)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



Nous sommes ces chaussures, nous sommes les derniers témoins
Nous sommes les chaussures de petits-enfants et de grand-pères
De Prague, Paris et Amsterdam
Et parce que nous ne sommes faits que de tissu et de cuir
Et pas de chair et de sang,
Les flammes de l’enfer nous ont été épargnées

(Moshe Szulsztein)

 Illustration

 

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Pas même rien (Zoé Valdés)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Pas même rien

Ecoute il ne nous reste rien
Pas même ces bruits
Effrayants d’antan
Toi l’assassin de l’audace
Tu aurais dû explorer mon visage
Bien que j’aie tout effacé
Les traces de la soif
L’excès des vérités
Ecoute il ne reste rien
Pas même ce silence
De début de siècle
J’ai même effacé la nuit
Remplacée par une nuit plus durable
Par la douleur et le sang
C’est devenu une habitude
Même si personne ne pense à la douleur
Même si personne n’a l’audace de saigner
Ou presque de réfléchir à la mort
Ecoute il ne reste rien
Et rien de nous.

(Zoé Valdés)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

 

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Écrit sur une lamelle d’un wagon (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Écrit sur une lamelle d’un wagon

Si un jour quelqu’un doit trouver des perles
enfilées sur une ficelle de soie rouge-sang
qui, près de la gorge, courent aux plus minces des jours
comme le chemin propre de la vie jusqu’à qu’il s’en aille
quelque part dans un brouillard pour ne pas être vu,

Si quelqu’un doit trouver ces perles
Dites-lui comment –froides, distantes -elles ont illuminé
les dix-huit ans, de la danseuse de Paris,
au cœur impatient, Marie.

Maintenant, traîné à travers la Pologne inconnue –
Je lance mes perles à travers la grille.

Si un jeune homme les trouve
Que ces perles ornent sa petite amie.
Si une fille les trouve
Qu’elle les porte, elles lui appartiennent.
Et si elles sont trouvées par un vieil homme
laissez-le, pour ces perles, réciter une prière.

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Je suis un fanatique de la paix (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je suis un fanatique de la paix :
un meurtrier noir aux yeux bleus
massacre des cheveux bouclés

Des cheveux droits dévastés
détruisent des peaux noires
découpent bien ma chair
un autre parcellise mon sang.

Seuls ceux sans couleur,
seul le transparent sont bons :
ils me laissent dormir
sans terreur la nuit
et je regarde au travers d’eux
pour voir le ciel.

(Yehuda Amichai)

 Illustration: Arunas Zilys

 

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A QUELQUES PASSANTES (Louis Duchosal)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



A QUELQUES PASSANTES

Mon âme est en fleur comme au mois de mai,
Et mon rêve arbore un drapeau de joie…
O le bon rayon que le ciel m’envoie!
Ma vie est un chant, mon cœur est aimé.

Tout le désespoir qui mouille ce livre
Provenait d’un pli de rose en mon lit,
Mon cœur est oiseau dans le bois de l’oubli…
Comme l’air est doux, comme il fait bon vivre!

Bonjour grand soleil: voici mon espoir,
Voici mon orgueil, fais-leur un peu signe;
Ils voulaient la grappe, ils ont une vigne;
Je t’offre un baiser, étoile du soir.

Je suis comme un roi, je porte une épée
Et l’ambition me brûle le sang;
Je vais te conter mon âme, ô passant!
Mon cheval hennit pour une épopée.

(Louis Duchosal)

 

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Avec une clé changeante (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Avec une clé changeante

Avec une clé changeante
tu ouvres la maison, dans laquelle
tournoie la neige des choses tues
Et au gré du sang, qui sourd
des yeux ou de la bouche ou de l’oreille,
ta clé change.

Change ta clé, change le mot,
qui doit suivre le tournoiement des flocons.
Au gré du vent qui te pousse en avant,
s’enroule autour du mot la neige

(Paul Celan)

 

 

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Corona (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Edvard Munch  500 [800x600]

Corona

Du dedans de la main, l’automne dévore sa feuille : nous sommes amis
Nous libérons le temps de la coquille de noix
Et nous lui apprenons à marcher
Le temps retourne vers sa coquille
Dans le miroir c’est dimanche
Dans le rêve nous dormons
La bouche parle vérité
Mon regard descend vers le sexe de l’aimée
Nous regardons
Nous nous parlons des ténèbres
Nous nous aimons comme pavot et mémoire
Nous dormons comme vin dans les coquillages
Comme mer dans les rayons de sang de la lune
Nous nous tenons enlacés près de la fenêtre
Ils nous dévisagent de la rue
Il est grand temps que l’on sache
Il est grand temps que la pierre s’habitue à fleurir
Que le non-repos batte au cœur
Il est temps que le temps soit
Il est temps

(Paul Celan)

Illustration: Edvard Munch

 

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Lit de neige (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Lit de neige

Yeux, aveugles au monde, dans la faille du mourir : je viens,
pousse rude au cœur.
je viens.

Mur de l’abrupt, miroir de la lune. En bas.
(Lueur tachée de souffle. Sang strié.
Âme nuageuse qui encore une fois est proche d’une figure.
Ombre des dix doigts-enserrés)

Yeux, aveugles au monde
yeux dans la faille du mourir,
Yeux, yeux ;
Le lit de neige sous nous deux, le lit de neige.

Cristal sur cristal,
au temps profond emprisonné, nous tombons,
nous tombons et gisons et tombons,
et tombons :

Nous fûmes, nous sommes.
Nous sommes une chair avec la nuit,
à la lisière, à la lisière.

(Paul Celan)

Illustration

 

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