Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sang’

Dernier amour (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2021




    
Dernier amour

Oh, que l’amour, au déclin de la vie,
Se fait plus tendre et sensible aux présages…
Brille, brille, lumière à l’agonie
Du dernier amour, du couchant de notre âge !

Le ciel est à demi recouvert par la nuit,
Seule erre une lueur là-bas vers l’occident,
Ralentis, ralentis, ô soir de notre vie,
Demeure, demeure encore, enchantement.

Le sang peut bien couler dans nos veines plus froid,
Dans nos coeurs brûle encore la tendresse…
Toi, le dernier amour, tu es à la fois
Suprême bonheur et suprême tristesse.

(Fiodor Tiouttchev)

Recueil: POÈMES
Traduction: traduit du russe par Sophie Benech
Editions: Interférences

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NE ME DITES JAMAIS LE NOM (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2021



NE ME DITES JAMAIS LE NOM

Si je penche malgré mon coeur
Vers un asile sans frontières
Où je vivrais les yeux ouverts
Ne me dites jamais le nom
De ce qui n’a plus forme humaine
Ni de cette ombre sans visage
Qui flotte un instant sur ma peine
Et coule à pic comme l’orage

Ne me dites jamais le nom
Des nuits amassant leur silex
Du flot de lave qui saccage
Le front des statues bien-aimées
De la douleur tissant sa cage
Avec le sang de ses victimes
Et de tous ceux qui vont et viennent
Privés de source et les mains lourdes
D’un fret d’étoupe et de chardons

Je ne veux pas savoir qui rampe
Sur le marbre noir de la mort
Ni pourquoi vacille la lampe
Au fond d’un sombre corridor
Laissez-moi franchir pas à pas
Le chemin mouvant qui va l’amble
De son aurore à son couchant
Je porte en moi mes souvenirs
Comme un carquois vide de flèches
Comme un bouquet qui se dessèche.
Ne me dites pas : cicatrices
Mais le bourgeon qui va s’ouvrir
Et les oiseaux de l’avenir.

(Michel Manoll)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le sang m’a délaissé… (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2021


l_enfant_et_la_mer

Le sang m’a délaissé,
j’ai refermé le coeur,
l’âpre tourment.

Oubliez-moi,
vous qui passez,
belles, et de vos robes
éventez l’or du soir
avant la nuit cruelle.

Et ne gardez entre vos mains,
comme une rose et transparente flamme,
que les mots assemblés
par l’autre amour,
dans la grâce et le feu.

Innocentes,
protégez-les
de ces vents noirs qui rôdent
et du souffle de l’ogre.

Et que par vous,
en vous,
chastes, perdure,
un enfant de lumière.

(Jean Joubert)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je vais me taire (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2021


Malinowsky_Fugue-650

Je vais me taire ce soir après ce poème
ranger ma voix et mon sang
laisser venir quelques heures où tout se passe
comme si tu n’existais pas.

Je te vois encore pourtant dans la main de la nuit
scandalisé que de loin tu apparaisses
comme un pétale de rose
ou un jet de lait ou une flèche d’étoile
en forme de femme.

Femme, tu es femme
vêtue et dévêtue de peau
fraîche et chaude pleine de sang et d’os
pareille, mon ineffable,
à tout le troupeau.

Laisse laisse laisse
mon amour et mes mots
te séparer en te chantant
trier de la boue mon diamant
faire exploser ma seule foudre.

(Alain Borne)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

QUEL vent fou (Paul Gilson)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2021



 

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

QUEL vent fou pavoisant un jour de mi-carême
mêle aux fils de tramway des bouts de serpentins
Le printemps au salon l’hiver sur le jardin
il y a bal masqué dans les villes que j’aime

Un jaquemart de fer ayant jeté son coeur
pour laisser le temps mort rouiller sous son armure
éclabousse de sang parmi les épluchures
des chapeaux de conscrits aux rubans de couleur

Mon rêve se déplume au delà des baraques
c’est le garde sommeil qui s’est battu pour moi
comme la neige tombe à la fin du tournoi
sur l’arbre de Noël où couve un oeuf de Pâques

(Paul Gilson)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La mer (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2021



La mer

Le serpent des vagues
Se love sur le sable
L’eau est froide Sous ses écailles

Seins gonflés par le vent
Jambes d’écume
La mer enlace le port
Couvre la jetée
D’un manteau d’algues
Et arrache la barque
À ses rêves d’escale
La brume cache les îles

Venues du large
Les vagues se hâtent vers le rivage
Où s’affrontent l’eau et le sable
Mer pétrifiée
Dont le vent caresse le ventre
Où le soleil couchant
Verse une larme de sang
Les barques tanguent
Dans des tourbillons d’oiseaux.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LE CHANT DE LA SOURCE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2021



Illustration
    
LE CHANT DE LA SOURCE

Si quelque chose nous protège et nous oublie dans
la dispersion des oiseaux et la gravité des voix,
c’est peut-être que nous avons nos racines dans la montagne
et que nous traversons l’épaisseur avec les muscles de l’air.

La lumière cherche un nid en nos mains
et l’eau parle de la clarté de l’ombre.

Entre le désordre et le bleu se dressent des formes
au rythme de la transparence et d’un sang de silex.

Certaines perdent leur éclat auprès d’une naissance
ou d’une matière ailée. Et le regard retourne à la
source obscure sous l’arbre du chant.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CAGE D’OISEAU (Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



Sam Wolfe Connelly bbl

CAGE D’OISEAU

Je suis une cage d’oiseau
Une cage d’os
Avec un oiseau

L’oiseau dans ma cage d’os
C’est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n’arrive
On l’entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l’on cesse tout à coup
On l’entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C’est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d’os

Voudrait-il pas s’envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi
Qu’est-ce que c’est

Il ne pourra s’en aller
Qu’après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.

(Saint-Denys Garneau)

Illustration: Sam Wolfe Connelly

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VISAGE (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2021




    
VISAGE

J’ai habité le visage d’une femme
Qui habite une vague
Jetée par le flux contre un rivage
Au port perdu parmi ses coquillages

J’ai habité le visage d’une femme
qui me fait mourir
Phare éteint, elle veut rester
dans mon sang qui navigue
Jusqu’aux confins du délire

(Adonis)

 

Recueil: Mémoire du vent
Traduction: André Velter
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis juive avec eux (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2021



Illustration
    
Je suis juive avec eux

Leurs souffrances
s’inscrivent dans mon sang
et coagulent

Sur le bord de ma fenêtre
leurs cendres se posent
aujourd’hui encore

Chaque nuit j’étouffe sous les tonnes
de leurs cheveux rasés

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :