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Posts Tagged ‘sanglant’

Tant de coeurs ensevelis (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Tant de coeurs ensevelis
M’instruisent quand je parle
De ce long pèlerinage
Que l’âme doit cheminer,
Les pieds sanglants,
Elle qui follement perdit celui
Qu’avec sagesse amère elle doit alors chercher.

***

How many buried hearts
Instruct me when I speak
Of that long pilgrimage
The soul must walk
On bleeding feet
Who has in folly lost
One whom in bitter after-wisdom she must seek.

(Kathleen Raine)

Illustration: Brandon Olterman

 

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Saluez bas ce drapeau (Marc-Adolphe Guégan)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



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Le sabre

Une oeuvre d’art, la poignée
De ce sabre fier.
Comme on embellit le crime!

***

Le quart

Quart en forme de sébile.
Piètre insigne
Des mendiants de la gloire.

***

Progrès

On tue à distance.
Plus de mains sanglantes.
La guerre est très propre.

***

Reportage

Le moribond criait: Maman!
De l’arrière, le journaliste
A entendu: Vive la France!

***

Testament

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d’âme,
Un portrait de fillette blonde.

***

Cimetière

Petite croix. Epitaphe.
Ci-gît le soldat Gribouille.
Il mourut pour vivre libre.

***

L’emblème

Saluez bas ce drapeau.
On en fit l’emplette
L’autre jour dans mon bazar.

(Marc-Adolphe Guégan)

 

 

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Coquelicots en juillet (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Coquelicots en juillet

Petits coquelicots, petites flammes d’enfer,
Vous ne faites pas mal ?

Vous tremblez. Je ne sais pas vous toucher.
Je mets les mains dans les flammes. Rien ne brûle.

Et cela m’épuise de vous regarder
Trembler comme ça, rouge vif et froissés comme une bouche.

Une bouche que l’on vient d’ensanglanter.
Oh petites jupes sanglantes !

Il y a des vapeurs que je ne peux toucher.
Où est votre opium, où sont vos capsules écoeurantes ?

Si je pouvais saigner, ou dormir! —
Si ma bouche pouvait épouser une blessure pareille !

Ou vos sucs distiller pour moi, dans cette capsule de verre,
Une stupeur, un apaisement.

Mais pas de couleur. Pas de couleur.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ballade du dernier amour (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Nik Helbig mj-gone-too-soon

Ballade du dernier amour

Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à poursuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !…
Je me suis trop hâté de vivre.

Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir.
je me suis trop hâté de vivre.

je suis las. Plus d’amour. je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre
Pur et vrai comme ton miroir.
je me suis trop hâté de vivre.

ENVOI

Ma chanson, vapeur d’encensoir,
Chère envolée, ira te suivre.
En tes bras j’espérais pouvoir
Attendre l’heure qui délivre ;
Tu m’as pris mon tour. Au revoir.
je me suis trop hâté de vivre.

(Charles Cros)

Illustration: Nik Helbig

 

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Furieusement (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



Illustration
    
Furieusement
Vire
Sur un reflet
Tombe
En ligne droite
Blancheur
Affilée
Monte
Le bec sanglant déjà
Sel épars
A peine ligne
Quand tombe
Droit
Ton regard
Sur cette page
Dissoute

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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Après la bataille (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Après la bataille

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.

Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait : « À boire ! à boire par pitié ! »

Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit : « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant :  » Caramba ! »

Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

(Victor Hugo)


Illustration: Henri Jacquier

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Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon coeur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah! pourquoi
Ma vie et l’Univers? la Nature et la Loi ?

(Jules Laforgue)


Illustration: Pierre Paul Rubens

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CALENDRIER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

CALENDRIER

La fumée des cigares
la chaleur des maisons
la lumière des océans et des rivières
sont nos chers compagnons
Et pourtant notre ingratitude est sans bornes
comme nos regards comme notre voix
Nous passons avec notre rire
pour mieux voir les bonheurs des dames
et les paradis des enfants
Nous ne savons pas qu’il existe quelque part
une île
un désert
pour les petits
Aujourd’hui et demain
comme deux mains croisées
supportent malgré tout la chaleur des années
Nous pouvons courir
et nous pouvons mourir
la pluie sera pour nous la chère bienvenue
son visage sanglant et ses mains croisées
supportent elles aussi la chaleur des années

(Philippe Soupault)

Illustration

 

 

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LE PRÉ D’AMOUR (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
LE PRÉ D’AMOUR

Lorsque Gros-Jean se maria,
Londerira,
Avec la coquette Toinette,
En dot son père lui donna
Un pré tout blanc de pâquerettes.

Or, la Toinette le trompa,
Londerira,
Un beau soir sous les talles d’aunes
Et, par le pré, soudain leva
Un carré de boutons d’or jaunes.

Quand Gros Jean s’aperçut de ça,
Londerira,
Tua le galant et l’amante
Et, par tout le pré, ce jour-là
Fleurirent des roses sanglantes.

Maintenant oublis et frimas,
Londerira,
Ont fané les fleurs illusoires
Et, dans le pré, sur le verglas,
Rampent de grandes ronces noires.

(Gaston Couté)

 

 

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Ô PLAIGNONS-Nous (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Tip Toland
    
Ô PLAIGNONS-Nous dans le déchirement de nos amours
Ô plaignons celui qui perd et plaignons ce qui est perdu
Plaignons la perte du plus beau corps jamais à nu
Dont les étreintes ont composé musique si belle!
Plaignons ce qui doit passer sous l’arc sanglant de cette mort
Laissant ses bien-aimés pleurant et lui-même péché privé
De la dernière main du dernier baiser peints
Formant au retable des morts une dernière prédelle :
Privé de comprendre même en quoi il se jette au dehors.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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