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Poésie

Posts Tagged ‘sans cesse’

FRÈRES AVEUGLES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
FRÈRES AVEUGLES

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laisser conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette
Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort
à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain
Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare
Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un oeil mélancolique
en se plaignant des moustiques
des éléphants de la colique
Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont
Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coup de cauchemars
contre scrupules et remords
Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face
Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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ARRÊT BRUSQUE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
ARRÊT BRUSQUE

Se battre contre le brouillard
les couleurs du crépuscule
Tous les parfums de l’oubli
et avancer sur ce chemin
dont on devine déjà la fin
à tâtons une canne à la main
Faut-il attendre la nuit qui tombe
ou le lever du jour le lendemain
et tous les autres lendemains
étendre sans cesse les bras
pour mieux crier ou se taire
pour se heurter une fois de plus
à ce mur qu’on nomme l’inconnu
avant d’atteindre le bord du gouffre
et le silence absolu
l’oubli de l’impossible retour
aveugle sourd muet paralytique
dont les mains sont vides comme les yeux
et la tête qui ne sait plus où se donner
pour marcher sans savoir où s’arrêter

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Sans cesse (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2020




Sans cesse
je nomme tout ce que je vois.
C’est fatigant!

(Anne Tardy)

 

 

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SEPTEMBRE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



    

SEPTEMBRE

À la fin de septembre les étoiles refroidissent
et il y a dans le pré une odeur de pommes trop mûres
J’aimerais que la mer qui voyage sans cesse
m’écrive une lettre de sel très blanc avec juste une ombre de
mélancolie
où elle me parlerait de pays très lointains et de rivages verts
une lettre pour l’automne Nous la lirions sous la lampe
parce que les journées raccourcissent au moment des vendanges
et que l’océan est loin malgré le vent qui nous en parle

J’ai monté des bûches et le petit bois pour allumer du feu
et je regarderai la flamme danser sur tes pommettes

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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La fin de Satan (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Odilon Redon
    
La fin de Satan

[…]

Oh; je monte et descends et remonte sans cesse,
De la création fouillant le souterrain,
Le bas est de l’acier, le haut est de l’airain,
A jamais, à jamais, à jamais; Je frissonne,
Et je cherche et je crie et j’appelle. Personne;
Et furieux, tremblant, désespéré, banni,
Frappant des pieds, des mains et du front l’infini,
Ainsi qu’un moucheron heurte une vitre sombre,
A l’immensité morne arrachant des pans d’ombre,
Seul, sans trouver d’issue et sans voir de clarté,
Je tâte dans la nuit ce mur, l’éternité.

[…]

(Victor Hugo)

 

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Recommencer sans cesse le voyage (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



Recommencer sans cesse le voyage, refaire
le chemin qui se perd dans la forêt
des ombres, débroussailler la piste,
les ronces tristes raccrochant la mémoire
au passé sanglant, le péril des heures
où le sommeil peuple la nuit de figures
inverses, d’avant le jour, sa moire masquée,
le temps grinçant qui glisse et qui emporte
rêves et regrets, vers l’oubli, l’abandon,
le pardon qui seul demeure.

(Jean Mambrino)

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Mon coeur est devenu semblable (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Mon coeur est devenu
semblable à ces canots
de pêcheur qui tressaillent
sans cesse et sans repos

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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ÉLÉGIE EN BORD DE MER (Corin Bianu)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019



Illustration: Oscar Bento
    
ELÉGIE EN BORD DE MER

Combien souvent le flot n’a-t-il pas inondé la plage
et n’a-t-il demandé après toi.
Dans ses yeux brillait l’éclat
et cette élégance naturelle
qui n’appartient qu’à toi.
Du coup j’étais persuadé
que vous étiez frère et sœur.

Les marées
arrivent de manière régulière
et reviennent sans cesse,
mais toi tu ne reviendras jamais plus.

***

ELEGIE LA MARGINEA MĂRII

De câte ori mareea uda țărmul,
Întreba de tine.
Avea aceeași limpezime în ochi
Și aceași grație netrucată,
Ca tine,
Încât se vedea cu certitudine,
Că sunteți rude.

Mareea
A venit dintotdeauna cu regularitate,
Și continuă încă să vină.
Tu n-ai mai venit

***

ELEGIA À BEIRA MAR

Quantas vezes a onda gigante
inundou a praia e me perguntou por ti?
Nos seus olhos brilhou o esplendor
e esta persistente elegância
que é tão peculiar em ti.
Imediatamente percebi
que sois irmãos.

As marés
sucedem-se regularmente
e voltam sempre.
Mas tu não regressas nunca.

***

ELEGÍA EN LA ORILLA DEL MAR

¿Con qué frecuencia el maremoto inundó la playa
preguntándome por ti?
En sus ojos brillaba el resplandor
y esa persistente elegancia
tan peculiar en ti.
Al instante me di cuenta,
que eran hermanos.

Las mareas
se suceden regularmente,
y siguen regresando.
Pero tú nunca regresas.

***

***

ELEGY ON THE SEASHORE

How often did the tidal wave flood the beach?
Asking me about you,
In its eyes shone the glittering
and that persistent elegance
that is peculiar to you.
Immediately, I realized
that you and her were siblings.

Tides
come and go regularly
and keep recurring
but you never will.

***

***

***

ELEGIE AAN DE OEVER VAN DE ZEE

Hoe vaak heeft de vloedgolf het strand niet overgoten
en heeft ze mij naar jou gevraagd.
In haar ogen straalde de glans
en die natuurlijke elegantie
die jou zo eigen is.
Ik was er meteen van overtuigd,
dat jullie broers en zussen waren.

Getijden
komen regelmatig voor,
en ze blijven terugkomen.
Maar jij komt nooit meer terug.

***

ELEGIE AM MEERESUFER

Wie oft begoss die Flutwelle den Strand
und fragte mich nach dir.
In ihren Augen leuchtete der Glanz
und diese unverstellte Eleganz
die dir so eigen ist.
Mir war sofort gewiss,
dass ihr Geschwister wart.

Gezeiten
treten regelmäßig ein,
und kommen immer wieder.
Doch du kehrst nie zurück.

***

***

ELEGIA DELLA COSTA

Quanto spesso la marea invade la spiaggia?
Chiedimi di te.
In quegl’occhi brillavano scintille
e quella persistente eleganza
per te così insolita.
All’improvviso ho compreso,
che siete fratelli.

Le maree
accadono con regolarità,
e ogni volta ritornano.
Ma tu mai fai ritorno.

(Corin Bianu)

 

Recueil: ITHACA 600
Traduction: Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache
Editions: POINT

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUE PENSENT LES ÉTOILES (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




Illustration: Vincent Van Gogh

    
QUE PENSENT LES ÉTOILES

Que méditent, à quoi pensent
Les étoiles dans leur transe
Lorsque les larmes qui luisent
Au fond des yeux s’y calcinent ?
Que pense donc, à quoi rêve
La triste source flétrie ?
Fulgure-t-elle, sa brève
Lueur parfois dans la vie,
L’éclair qui nous irradie?
Nous qui recherchons sans trêve
Dans les jours d’obscurité
Pour la pauvre humanité
Le chemin qu’elle perdit?

Que méditent donc, que pensent
Ceux-là sans cesse qui poussent
La brouette des souffrances ?
Est-ce qu’au moins sur leurs lèvres
Que pèlent et que calcinent
Les perpétuels soucis
Brille parfois un sourire ?
Un reflet de l’avenir,
D’un lendemain plus heureux
Qui nous ferait reconnaître
Dans les ténèbres des cieux
Toute dorée, une rive ?

À quoi pense la famine
Dans les caves faméliques ?
Le sommeil ne veut venir
Et la nuit n’est que silence,
Est-ce qu’au moins elle entend
Dans la paix l’écho de fer –

C’est le pas pesant des temps,
Générations en marche,
Est-ce que le ciel se fend
Parfois dans la main de Dieu ?
Est-ce qu’il voit le tonnerre,
Est-ce qu’il sait que c’est vrai?

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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