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Poésie

Posts Tagged ‘s’appeler’

Tu me donnes la main (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2021



    

Tu me donnes la main
ce qui s’appelle donner
Et tu sais jusqu’où ira
la mienne
Elle entreprendra
d’abord la nuque
satinée Descendra pour
s’égarer entre monts et
vaux Puis mettra le cap
sur la perle flottante
bivouac de tes délices

(Abdellatif Laâbi)

 

Recueil: L’arbre à poèmes Anthologie personnelle 1992-2021
Traduction:
Editions: Gallimard

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MANGO (Adrien Jens)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



Illustration

    
MANGO

Je m’appelle Mango et le soir tombe sur la lagune d’Ébrié.
Il n’y a que le bruit de ma pagaie dans l’eau à peine mouvante.
Et mon frère, derrière moi, qui essaie de me rejoindre,
Déjà confondu dans la mer des ombres, et détaché de ma solitude.

Je suis Mango, le pêcheur de carpes et je vais vers ma femme,
Vers mes enfants,
Vers ma paillote. Qui m’attendent.

Quelle est mon attente ?
Les jours sont pareils, pareilles sont les nuits, pareils les visages de ma vie.

Quelle est mon attente ?
L’obscurité déjà m’enveloppe, et je ne suis plus qu’une silhouette,
Sur la lagune d’Ébrié,
Sous le ciel encore mauve avant de s’éteindre dans mon coeur au sang noir.

Je n’étais plus Mango, tantôt, au milieu de la lagune d’Ébrié,
Mais l’air humide et lourd qui couvrait mon corps nu ;
Mais l’eau qui me portait ;
J’étais tout et l’infini de mes paysages,
J’étais la forêt et la savane.

Je n’étais plus Mango, mais le chant qui sourd au fond de moi,
Âme de toutes les âmes,
Respiration secrète du fromager et du feu flamboyant.

J’étais terre et eau, et la sève de l’arbre enraciné dans la vérité de ma nature.

Maintenant, je m’approche de la rive obscure,
Et je retournerai parmi vous, mes amis :
Vous me demanderez qui je suis ?

Je serai le matin où je vous ai quittés et la nuit de mon retour.
Je serai le lieu entre deux pôles et vêtu d’univers,
Ma voix montera des origines avec le murmure des sources.

J’ai peu du poids que je porte en moi :
C’est le poids de ma vérité et le poids du monde.

Je suis Mango, le pêcheur de la lagune d’Ébrié, et vous ne me reconnaîtrez pas.

(Adrien Jens)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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Cheval et cheval (Donka)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2020



Illustration: Nisaburo Ito  
    
Cheval et cheval
se sont appelés l’un l’autre
au chant du coucou

(Donka)

 

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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Pétronille (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



Illustration: Valérie Renoux
    

Pétronille

Je suis une petite fille
Mais je mets des pantalons.
J’ai beau m’appeler Pétronille
J’aime mieux être un garçon.

Quand la crémière m’interpelle
Bonjour ma petite demoiselle »
Exprès je lui réponds
« Bonjour M’sieur Potiron. »

Quand le boucher s’écrie
« Qu’est-ce que veut aujourd’hui
Ma petite escalope ? »
Je fronce les sourcils
Et lui dis . « Du persil,
Mademoiselle Pénélope. »

Ça crée la confusion.

J’ai beaucoup d’caractère
Beaucoup de formation

Et sous mes petits airs
Se cache un grand garçon.

Je n’aime pas les filles
Aux réflexes sanguins
Moites sous les charmilles
Et pâles dans les trains.

Quand on est un garçon
On siffle dans ses doigts
On est Ali-Babas
On grimpe sur les toits.

On s’en va sur les mers
Où y’a plein de moutons.
On vole dans les airs
Avec les électrons.

Et devant ces exploits
Tout l’monde reste baba.

« Non Maman, pas ma robe, je veux mon pantalon
Ma ceinture de cuir, mon colt, mes munitions .
Je vais faire un hold-up
A Plessis-Robinson. »

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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La parole descend (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



La parole descend

Tous les coquelicots ou les lèvres des femmes
reflétées dans le ciel
Il a plu
Les enfants se noient sur le trottoir
Et le flot de la rue
La ville en entonnoir

De profil la journée glisse vers le couchant
Le pavé de descelle
Et les bêtes craintives
au bruit que fait le vent
s’en vont
Et elles s’appellent

Sur les balcons les vitres tremblent
– un moment –
La maison a la fièvre
5 heures
à part la nuit qui se mêle au tournant
Les arbres en prières

(Pierre Reverdy)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Quand le papillon lit-il (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



Quand le papillon lit-il donc
ce qui vole écrit sur ses ailes ?

Quelles lettres connaît l’abeille
pour savoir son itinéraire ?

Quels chiffres la fourmi a-t-elle
pour retrancher ses soldats morts ?

Comment s’appellent les cyclones
quand ils n’ont pas de mouvement ?

(Pablo Neruda)

Illustration: ArbreaPhotos

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Le sperme (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2020



Le sperme
Des espaces nocturnes,
Interstellaires,

S’appelle silence.

(Guillevic)

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Rondeau du potiron (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2020



Illustration
    
Rondeau du potiron

Le rondeau du potiron
S’appelle potirondo
Quarante courges en rond
Chantent derrière son dos
Ré mi fa sol la si do

Attendent-elles Godot
Pour danser avec Lord Byron
Le rondeau

Épatés sont les badauds
Chavirés les avirons
Empotés nous papotons
Tous ensemble admirons
Le rondeau du potiron

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le moment bleu (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



 

Illustration: Stéfane Gautier
    
Le moment bleu

Quand un martin-pêcheur
à ras de l’eau était passé
on s’appelait on se criait :
« Tu l’as vu ?
Il vient juste de passer. »

Mais très souvent l’un d’entre nous
n’avait rien vu
et c’était l’un – ou alors l’autre –
qui gardait seul
le moment bleu.

Ce moment bleu du grand courant
(on remontait jusqu’à la nuit
on se perdait on s’attendait)
tu l’as sur toi.

Dans tes papiers
contre ta carte d’identité
la petite plume
tu l’as glissée.

Elle est pour toi
comme mon poème :
éclair reflet présence absence
doigt sur la bouche.

Nos moments bleus
ils ont filé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Où nous en sommes ? (Jean Giraudoux)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019


 


 

ÉLECTRE.
– Où nous en sommes ?

LA FEMME NARSÈS.
– Oui, explique ! Je ne saisis jamais bien vite.
Je sens évidemment qu’il se passe quelque chose, mais je me rends mal compte.
Comment cela s’appelle-t-il,
quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché,
que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle,
que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?

ÉLECTRE.
– Demande au mendiant. Il le sait.

LE MENDIANT.
– Cela a un très beau nom, femme Narsès.
Cela s’appelle l’aurore.

(Jean Giraudoux)

Illustration

 

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