Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘s’appesantir’

Soleil rouge sombre (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Alors que je me dispose à tirer les rideaux
je vois par-dessus les toits
et les cheminées sans nombre
tandis que le brouillard nocturne
s’appesantit sur la ville
un soleil rouge sombre

(Kenneth White)


Illustration: Stefan Ampenberger

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Le cageot (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    
Le cageot

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot,
simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits
qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu’au terme de son usage
il puisse être brisé sans effort,
il ne sert pas deux fois.

Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées
fondantes ou nuageuses qu’il enferme.
A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles,
il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc.

Tout neuf encore, et légèrement ahuri
d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour,
cet objet est en somme des plus sympathiques
– sur le sort duquel il convient toutefois
de ne s’appesantir longuement.

(Francis Ponge)

 

Recueil: Le Parti pris des choses
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il neige du silence (Jacquette Reboul)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2016



Blanc, vide,
le dimanche ouvre un grand oeil
sans prunelle.
Je suis oubliée de tous.
Même le miroir ne me reflète plus.
Le ciel s’appesantit sur la ville.
Il neige du silence.
Je tricote le temps.

(Jacquette Reboul)

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L’APPROCHE DU SILENCE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2015



 

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L’APPROCHE DU SILENCE

En brèves apparitions, par la porte du jardin,
la jeune pluie subrepticement dérobe en ses voiles qu’elle déploie, la lumière qu’elle irise.
Sur ses pointes de danseuse, elle virevolte, s’arrête aux aguets,
se mire dans des boules de verre, sautille, s’esquive, s’éclipse,
mais sa présence persiste dans le jardin de gouttes constellé.

Les plantes ont pris le parti du soleil, tout brille davantage sous la lumière mouillée.
Un seul oiseau inquiet, attentif, cesse ses trilles.
Sur mon âge lourd la pluie est si légère et je sens les changements faciles.
Encore un oiseau se tait et je perçois ce peu de silence aussi.
Cet infime silence amical, pourtant parcelle d’infini, crée un cadre à tant de charmes légers, entourant ce qui s’appesantit.

(Gyula Illyès)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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L’immense abîme (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2015



L’immense abîme est sombre et transparent,
La fenêtre langoureuse blanchit.
Qu’est-ce qui fait le coeur, si lentement
Et si obstinément s’appesantir ?

Tantôt il coule vers le fond de tout son poids,
Ayant du cher limon la nostalgie,
Tantôt brin de paille manquant la profondeur,
Il fait surface sans effort.

Avec une feinte douceur, reste au chevet
Et sois toute ta vie par toi-même bercé,
Souffre de ton angoisse comme d’une fable,
Et sois tendre, mais avec un superbe ennui.

(Ossip Mandelstam)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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