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Posts Tagged ‘sardine’

BRETAGNE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018




BRETAGNE

Elle me rappelle un bout de saucisse
Fumée dans la cheminée
Un morceau de lard bien gras
La soupe épaisse du matin
Dans la marmite noire
Une poignée de châtaignes
Et des pommes cuites sous la cendre
Une bolée de cidre bien gouleyant
Des galettes de blé noir
Baignées de beurre salé
Des sardines frites sur le gril
Elle me rappelle la pluie ravinant le granit
Le vent hurlant sur la lande
Un calvaire à la croisée des chemins
Elle me rappelle les filles
Au corsage bien garni
Qu’on roulait dans la paille
Quand majestueuse
La batteuse ronronnait dans l’ombre du soir
Et que le travail de la terre
Exaltait la fraternité des hommes
Elle me rappelle des fermes blotties derrière des haies
Des chemins creux des embuscades d’antan
Des prés minuscules
Où broutaient des vaches placides
Au museau toujours humide
Elle me rappelle dans sa chaumière
Une fille qui te ressemblait
Derrière sa machine à coudre

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

 

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Oder blues (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Oder blues

Le poisson de lune
le poisson du désespoir
l’ami des brumes
le sale petit poisson maudit
le douanier des dunes
qui file entre deux eaux
dans les herbiers du lac noir
ne doit être vu ni tard
ni tôt
par les fils de l’Oder
par les simples fils de l’Oder
marins sincères
comme le houblon.

Marika ne laisse pas Hans
pêcher les ondines qui dansent
quand est tombé le soir
sous la lune.
S’il en voit une
Hans ne t’aimerait plus
Hans se moquerait de toi.
Les poissons de lune
se changent en ondines.
Quand il a plu
les ondines dînent
sur la dune
– en robe d’écaille et de soie
pour cacher leur queue –
d’une soupe de poisson
avec des sardines
et des oeufs
de saumon.

Les ondines de fortune
volent les maris aux filles
pour les faire mourir dans l’année
quand la feuille du bouleau est fanée.
Les ondines pillent
leurs soeurs de la terre
en les torturant une à une
au bord de l’Oder.

Le vent du sud le vent bulgare
le vent frôleur de jarres
endort Marika aux berges du lac noir.
Hans se baigne. Une écaille luit
sous la lune
à minuit.
-J’en ai vu une!
-Hans ferme les yeux !
Hans ne te retourne pas !
Hans les anciens dieux
du Walhalla
ne pardonnent pas !
Hans hélas Hans hélas…
Dans la nuit hanséatique
les pieds dans les sables baltiques
semés d’ambre
devant Marika si lasse
et qui tremble
Hans est un roi de pierre déjà
roi surpris
tiré de l’onde
par les sirènes blondes
comme un grand esturgeon
de granit gris.

Tous les soirs
et tous les matins
image facile du destin
dans le port de Stettin
l’Oder où nagent les ondines
l’Oder meurt dans la haute mer.

(Armand Lanoux)


Illustration

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Sardines à l’huile (Georges Fourest)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



Sardines à l’huile

Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareil aux guillotinés
là-bas au champ de navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentés
la Mer du Nord enchantée…
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nuée
leur pauvre âmette ingénue
dit sa suave chanson
au Paradis-des-Poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans ou les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons !…
Sans voix, sans mains, sans genoux
sardines, priez pour nous !…

(Georges Fourest)

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CHANSON DES SARDINES (Haruo Satô)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018


 


 

CHANSON DES SARDINES
SANMA NO UTA

Ah, ah,
Vent d’automne!
Si tu as un coeur, va leur dire
Qu’il y a un homme
Aujourd’hui qui dine seul ;
Il mange des sardines
Et il rêve.

Sardines, sardines,
Au pays de cet homme on vous mange
En pressant le jus amer d’un petit citron vert.
Elle qui trouvait cela étrange et familier
Combien de fois a-t-elle cueilli un petit citron vert pour la table de nos dîners?
Ah! Il y avait là une femme qu’on allait abandonner
Un homme que sa femme avait fui
Et une petite fille au père sans grand amour
Empêtrée dans ses baguettes d’enfant
Et qui voulait donner un peu de ses sardines à un homme qui n’était pas son père!

Ah, ah,
Vent d’automne!
T’en souvient-il? Tu regardais
Cette rencontre unique.
Oh,
Vent d’automne!
Je t’en supplie,
Sois-en témoin!
Cette rencontre, ces instants n’étaient donc pas un rêve.

Ah, ah,
Vent d’automne!
Si tu as un coeur, va dire,
Va dire à cette femme qui n’a pas perdu son mari
A cette enfant qui n’a pas perdu son père
Qu’il y a un homme
Aujourd’hui qui dîne seul :
Il mange des sardines
Et il pleure.

Sardines, sardines,
Sardines, êtes-vous amères? salées?
Dans quel pays vous mange-t-on
En versant sur vous des larmes chaudes?
Ah, ah,
Question étrange!

(Haruo Satô)

 

 

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L’homme de trois ans (Carlos Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018



L’homme de trois ans
M’a donné
Une leçon de poésie.
D’une clé de boîte à sardines,
Il a tiré:
Un violon,
Un marteau,
Le portrait de son grand-père,
L’hélice d’un aéroplane,
Des lunettes
Et une fleur.

(Carlos Larronde)

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Tout est exceptionnel (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
C’est drôle, les gens croient que faire un lit,
c’est toujours faire un lit ;
que donner la main, c’est toujours donner la main ;
qu’ouvrir une boite de sardines,
c’est ouvrir indéfiniment la même boite de sardines.

« Tout est exceptionnel au contraire »

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Les Armes secrètes
Traduction: Laure Bataillon
Editions: Folio

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Réveil (Malcolm Lowry)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Réveil

L’homme ressemble à un homme qui se lève tard
Contemple l’assiette sale de son dîner
Aussi les bouteilles vides
Toutes lampées dans les larges comment vas-tu d’une nuit
Un verre pourtant contenant encore
Un fond comme sinistre appât
Combien l’Homme ressemble à celui-là
Titubant parmi les arbres rouillés
Allant chercher un déjeuner de pois de sardines
Et de rhum éventé.

***

Eye-Opener

How like a man, is Man, who rises late
And gazes on his unwashed dinner plate
And gazes on the bottles, empty too,
All gulphed in last night’s loud long how-do-you-do,
—Although one glass yet holds a gruesome bait—
How like to Man is this man and his fate—
Still drunk and stumbling through the rusty trees
To breakfast on stale rum sardines and peas.

(Malcolm Lowry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Au phare Borg’ Djellidj (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Au phare Borg’ Djellidj (coordonnées 33° 53′ 3″ N et 10° 44′ 51″ E)
rien à signaler la mer est tiède le ciel bleu
la radio est allumée sur une page d’informations
le speaker cache mal son irritation
toujours rien en vue
une bouteille de Celtia vidée hier soir par un barbu
passe près d’un bateau où l’on grille des sardines
le gardien du phare se reconnaît dans cette bouteille
une bouteille de bière sans message
jetée à la mer comme une ordure
qui ira se briser contre un rocher

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES BOUEUX SONT EN GRÈVE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 


    
 
LES BOUEUX SONT EN GRÈVE

C’est jour de grève des boueux
on a la chance de pouvoir ce jour-là
jouer au chiffonnier au chineur
au brocanteur qui sait même à l’antiquaire
il y a un peu de tout
le choix est difficile
entre la poupée sans yeux sans bras sans nez
la boîte de sardines qui a perdu en chemin toutes ses sardines
la boîte de petits pois qui a perdu en chemin tous ses petits pois
le devoir déchiré qui a décroché non sans mal un zéro
le tube de pâte dentifrice qui a passé sous plusieurs compresseurs rouleaux
l’os l’arête le coton hydrophile
oui le choix est difficile

les poubelles bâillent au soleil de midi
toutes pleines de choses bonnes à cueillir
pour celui qui sait

tout à coup on aperçoit là… là… là…
une oeuvre d’art… d’art.. d’art…
abandonnée là… là… là…
par un philistin ignare
et sur laquelle on saute dare-dare
parfois c’est la Joconde que l’on retrouve ainsi
parfois c’est la Ronde de Nuit
parfois la Vénus de Milo
parfois le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault

mais ce n’est pas tous les jours grève
jour de grève des boueux

(Raymond Queneau)

 

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Complaisance (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Complaisance

Des sardines qui se baignent dans une mer d’huile,
un veau qui se laisse rôtir au soleil,
une poule qui pond des oeufs sur le plat,
un pigeon qui se dore dans les petits pois,
des fruits qui poussent sur les arbres en Macédoine,
des anguilles qui se mettent au vert:
Ils poussent la complaisance un peu trop loin.

(Liliane Wouters)


Illustration

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