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Posts Tagged ‘sarrasin’

La vache (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



    

La vache

Vieille, avec sa bouche édentée,
Les ans enroulés à ses cornes.
Sur la route qui mène aux champs,
Le vacher la brutalisait.

Son coeur est sourd à tout chahut :
Les souris grattent dans un coin.
Elle pense — son âme est triste —
Aux pattes blanches de son veau.

Plus de fils pour cette mère.
Première joie : nul profit.
Sur un pieu dessous le tremble,
Sa peau ondule à la brise.

Et dans le champ de sarrasin,
Avec son fils même destin,
On jettera un licol à son cou
Et on la conduira pour l’abattage.

Plaintive et triste et décharnée,
Cornes seront fichées en terre…
Elle rêve d’un blanc bocage,
D’un beau et riche tapis d’herbe.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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LES PARFUMS (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Malinowsky
    
LES PARFUMS

J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances,
Haleine aux soirs dormants qu’ont les chanvres rouis,
Les trèfles que l’on fauche en la brume enfouis
Et les sainfouins qu’un souffle matinal balance.
J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances.

Je connais la douceur que vos parfums renferment,
Chambres à four où le pain brûlant fume encor,
Margelle des vieux puits parés de mousse d’or
Et, pleine de fumier, cour sereine des fermes.
Je connais la douceur que vos parfums renferment.

J’ai saisi quelquefois, rêvant dans l’écurie,
Où le souffle des boeufs sortant des mufles blonds
Monte en brouillard d’azur, un peu l’âme qu’ils ont
De résignation calme et de paix fleurie.
J’aime l’odeur qui flotte aux murs de l’écurie.

J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque
Des sarrasins meurtris qu’écrasent les fléaux
Et des tiges s’entassent en pourpres monceaux,
Pendant que le grain noir jaillit et qu’on l’ensaque.
J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque,

En septembre, des fruits tombant dans l’herbe humide,
De l’estragon, des lys, des floraisons d’asters
Et des noyers livrant leurs feuillages amers,
Sous le ciel pluvieux, au vent qui les oxyde.

Et j’ai fait un linceul à mes désirs défunts,
Par les vergers d’automne et que la brume inonde,
De l’effeuillement doux des roses moribondes:
Mon âme est une amphore où dorment des parfums.

(Marie Dauguet)

 

 

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SI JE SAVAIS (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2015



 

Alexandre Séon (4)

SI JE SAVAIS

Si je savais, je vous chanterais
Les peupliers qui bruissent clair,
Le soleil du Karst
Dans le frais septembre
Les vallons blancs de sarrasin.

Oh! si je savais, je vous chanterais
Une, une jeune fille;
Je l’aime tant
Et je ne la donne
Pour rien, pour rien au monde.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Alexandre Séon

 

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