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Poésie

Posts Tagged ‘s’arrêter’

Qu’elle soit le feu (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Qu’elle soit le feu

Que ma voix circule entre les mots,
qu’elle n’en fasse pas des idoles
mais les icônes de ce qui vient.
Qu’elle soit ce souffle comme toi
qui passe et qui jamais ne s’arrête,
qu’elle fasse entendre le silence
qui n’est pas l’envers de la parole
mais sa force. Qu’elle soit le feu
qui, comme toi, traverse la nuit.

(Jacques Ancet)


Illustration

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La route pointée vers la haute mer (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



La route pointée vers la haute mer
mais si près des premières vagues
et si près des innocentes plages
où nos pas s’arrêtent

comme un mât dans le ciel inverse
qui s’effrange
je me perds
autour de moi-même

(Robert Guiette)


Illustration: Patrice Rivoallan

 

 

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SONNET DU NOUVEL AN (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

SONNET DU NOUVEL AN

Compartiments vides… La lumière cille
Et dans le grondement sourd vacille,
La plaine muette s’étale solitaire;
Il est dur de voyager à cette heure…

Le contrôleur appuyé à la vitre regarde fixement,
Ses yeux se perdent dans la plaine obscure,
Le coeur s’arrêterait, le train se hâte;
Il est dur d’être seul à cette heure…

Le coeur s’arrêterait et plongerait
Dans ce silence muet, des vallées noires,
Le coeur s’arrêterait et se cacherait
Devant l’épouvante issue du souvenir;
Dans la maison, à la campagne, la fille éteindrait
La lumière devant la peur des lointains inconnus.

(Srecko Kosovel)

 

 

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Les empreintes de pas s’arrêtent net! (Mayuzumi Madoka)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019



Illustration: Sawaki Suushi
    
Les empreintes de pas
s’arrêtent net!
la femme des neiges?

***

(Mayuzumi Madoka)

 

Recueil: Haikus du temps présent
Traduction: Corinne Atlan
Editions: Philippe Picquier

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Le temps perdu (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2019




Illustration: Tarsila do Amaral
    
Le temps perdu

Devant la porte de l’usine
le travailleur soudain s’arrête
le beau temps l’a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l’oeil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c’est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron?

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Sans humains (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 

    
Sans humains

Château de nuées ensorcelé dans lequel nous dérivons…
Qui sait si nous n’avons pas déjà traversé ainsi
de nombreux cieux les yeux vitreux ?
Nous, bannis dans le temps
et expulsés de l’espace,
nous, aéronautes de la nuit sans fond.

Qui sait si nous n’avons pas déjà volé autour de Dieu
et, parce que nous tirions nos flèches d’écume sans le voir
en continuant de projeter notre semence
pour nous perpétuer en des lignées humaines toujours
plus obscures,
maintenant ne dérivons coupables ?

Qui sait si, depuis longtemps déjà, lentement nous ne mourons ?
Le bal de nuages avec nous aspire à s’élever toujours plus haut.
L’air raréfié aujourd’hui engourdit déjà nos mains,
et quand la voix se brisera et que notre souffle s’arrêtera… ?

Le sortilège se maintient-il dans les derniers instants ?

***

Menschenlos

Verwunschnes Wolkenschloß, in dem wir treiben…
Wer weiß, ob wir nicht schon durch viele Himmel
so ziehen mit verglasten Augen?
Wir, in die Zeit verbannt
und aus dem Raum gestoßen,
wir, Flieger durch die Nacht und Bodenlose.

Wer weiß, ob wir nicht schon um Gott geflogen,
weil wir pfeilschnell schäumten, ohne ihn zu sehen
und unsre Samen weiterschleuderten,
um in noch dunkleren Geschlechtern fortzuleben,
jetzt schuldhaft treiben?

Wer weiß, ob wir nicht lange, lang schon sterben?
Der Wolkenball mit uns strebt immer höyer.
Die dünne Luft lähmt heute schon die Hände.
Und wenn die Stimme bricht und unser Atem steht?

Bleibt die Verwunschenheit für letzte Augenblicke?

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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ÉPHÉMÉRIDE DES NUAGES (Georges Cathalo)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



ÉPHÉMÉRIDE DES NUAGES

entre deux nuages
l’éclair d’une étoile
et la nuit

voyage immobile
au creux des nuages
le jour se lève

oiseaux de passage
griffent les nuages
et disparaissent

nuage furtif
où le ciel se cache
ouvrir l’oeil

cache-toi nuage
moule roule coule
indocile et fier

aussitôt vu
aussitôt disparu
nuage fantôme

élan d’amour fou
amour de nuages
se laisser aimer

et la pluie soudain
invente des fenêtres
dans un mur de nuages

avec patience
à l’abri à l’affût
un nuage veille

plus loin plus près
visible invisible
simple nuage

dire qu’ils sont là
n’est pas innocent
innocents nuages

et la nuit se pose
et le temps s’arrête
un nuage passe

(Georges Cathalo)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LES TEMPS VÉCUS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2019


 


 

Adrian Borda 564d259e1ce62 [1280x768]

LES TEMPS VÉCUS

L’adolescent vêtu de quelques lèvres
Amène un peu de chaleur à son cou
Il entend vivre et mourir dans ses veines
Le cri d’un autre. Il jette sur les loups
Un frais manteau de vents et de lanternes.

S’il dit le mot pour délivrer la pierre
L’écho rejette et la pierre et le mot
Et s’il rejoint son ombre sur la terre
La terre écrit des lignes sur sa peau
Dans chaque paume il naît des baisers d’herbes.

Laisserez-vous cette main qui s’arrête
Ce corps peureux de fondre dans la voix
Cet arbre droit dans une vie première
Laisserez-vous se perdre un jeune roi
Qui peut mourir d’oublier ses prières.

Jetez un cri ! Sa poitrine est ouverte
A tous les sels que le vent jettera
C’est un enfant qui n’a plus de paupières
Il boit le monde et nul ne fermera
Cet oeil en nous qui garde nos tempêtes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Adrian Borda

 

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Même si tout s’arrêtait là (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Même si tout s’arrêtait là,
Au dernier souffle, à la fosse, à la cendre,
Même s’il me fallait descendre
Ces escaliers qui ne conduisent nulle part,
Cela valait la peine d’être né,
D’avoir bu à longs traits le vin de l’existence,
D’avoir connu des joies et des douleurs intenses,
D’avoir aimé, d’avoir lutté, d’avoir pleuré.

Je n’ai pourtant pas fait des étincelles,
Rien que ces choses que l’on dit très ordinaires.
Mes fautes ne sont pas des actes mais des manques.
Je confesse médiocrité.
Mais j’ai parfois marché sur l’eau, flotté dans l’air,
Je me suis vu sur la plus haute vague,
J’ai respiré un peu d’éternité.

(Liliane Wouters)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Les dés éternels (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
Les dés éternels
Pour Manuel Gonzalez Prada

Mon Dieu, je pleure sur l’être que je vis
je regrette d’avoir pris ton pain;
mais la pauvre boue pensive que je suis
n’est pas croûte fermentée dans ton flanc :
toi tu n’as pas de Maries qui s’en vont!

Mon Dieu, si tu avais été un homme,
aujourd’hui tu saurais être Dieu;
mais toi, qui as toujours été bien,
tu ne sens rien de ta création.
En fait l’homme te souffre : le Dieu c’est lui!

Aujourd’hui que dans mes yeux sorciers luisent des chandelles,
comme dans ceux d’un damné,
mon Dieu, tu vas allumer tous tes cierges,
et nous jouerons avec le vieux dé…
Peut-être que, oh joueur! sortant le chiffre
de l’univers entier
surgiront les cernes de la Mort,
comme deux funèbres as de boue.

Mon Dieu, en cette nuit sourde, obscure,
tu ne pourras plus jouer, car la Terre
est un dé rongé et désormais rond
à force de rouler à l’aventure,
qui ne peut s’arrêter que dans un trou,
le trou d’une immense sépulture.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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